Un renversement historique

Aujourd’hui, en ce lundi 26 septembre, la France n’est plus la même. Pour la première fois sous la Ve république, le Sénat, lieu de réflexion autant que de proposition et d’action, espace de liberté démocratique au sein de la démocratie même, le Sénat, donc, est passé à gauche.

Presque tout a déjà été dit sur l’événement, sur son mode de scrutin, qualifié par les uns de baroque, par les autres d’anomalie démocratique, sur la mainmise exercée depuis des années par la droite, sur les causes profondes de ce changement (réforme territoriale, suppression de la taxe professionnelle, interdiction du niqab, entre autres). Notre but n’est pas d’ajouter ici notre voix à celle de nos brillants confrères, qui ont déjà expliqué avec talent tout ce qu’il y avait à dire de l’affaire.

Non, nous voulons ici évoquer une figure bien connue de tous les étudiants de Science politique, à savoir le sénateur G. G. Lamotte. Car, si la victoire de ce dimanche est celle d’un homme, c’est sans aucun doute à lui qu’elle revient. Personne, plus que lui, ne s’est autant battu pour faire de cette auguste assemblée le contre-pouvoir qu’elle devrait naturellement être; personne, autant que lui, n’a proposé des lois par la suite validées par l’exécutif (je pense bien sûr aux célèbres lois Lamotte I et Lamotte II), montrant la force de proposition de cette seconde chambre si souvent décriée.

Lorsque je le rencontrais, au crépuscule de sa carrière politique et de sa vie, je demandais souvent à Lamotte pourquoi il ne s’était jamais présenté au « plateau », c’est à dire à la présidence du Sénat. Car si le Sénat n’était, dans les années 70 où il y siégeait, pas de gauche, l’aura intellectuelle et politique de Lamotte lui aurait sans doute permis de rassembler sur sa personne une majorité de sénateurs. Alors, à chaque fois, Lamotte restait quelques instants pensif, semblait chercher quelque chose dans ses poches puis, avec le petit sourire en coin qui ne le quittait pas même en ces années de vieillesse et de maladie, il me disait : « j’aurai eu trop peur de tomber dans l’escalier en montant au perchoir, comme ce bon vieux Dédé Bedel, mon mentor ». Et Lamotte de partir d’un grand rire…

Gageons que, des cieux desquels il contemple une gauche qui lui doit tant reconquérir, peu à peu, sa légitimité démocratique, G. G. Lamotte rit toujours, à la vue d’une assemble pour la première fois rose!

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