L’ombre de Guy Mollet

Certains personnages traversent l’histoire trop vite, en brillant d’une éphémère gloire avant que l’on perde toute trace de leur passage. Étoiles filantes de la politique, ils éclairent trop brièvement nos vies et s’en vont à jamais. Tel était Guy Mollet. Celui qui, pour toute une génération de socialistes, a été à la fois un mentor, un père et un espoir, a fini sa trop courte vie délaissé de tous et couvert d’ordure (Lamotte le raconte mieux que personne dans son journal dont j’aurai, en février, l’occasion de publier quelques passages).

Et pourtant, même à notre triste époque, celle que j’ai proposé d’appeler « l’ère des médiocres », quelques militants portent encore le flambeau que le vieux Guy a légué au socialisme, jusqu’à troquer leur nom pour le sien. C’est ainsi qu’on apprend, au détour d’un article par ailleurs tissé de calomnies gratuites, qu’un acteur central de la collecte de fonds socialistes en Nord-Pas-de-Calais n’est autre que… Guy Mollet lui-même. Qu’on en juge :

« Cette bombe politique n’aurait peutêtre jamais explosé sans l’existence de Guy Mollet, l’entrepreneur ami dont le journal local, installé dans la mairie, vendait très cher l’espace publicitaire aux entreprises. […] Sur la commune, plusieurs chefs d’entreprise décrivent un costaud de 62 ans au bagout d’ancien organisateur de courses cyclistes. Ce “flambeur” au carnet d’adresses impressionnant, condamné pour violence contre un agent des impôts, interdit de gestion pendant dix ans en 1996, roulait en BMW immatriculée au Luxembourg et claquait de belles sommes au PMU. Il était comme chez lui dans la mairie de Dalongeville, qui le payait comme “intermédiaire” entre la Ville et des entreprises. »

Bien évidemment – l’historien se doit de rappeler les faits – l’âge de ce prétendu Guy Mollet interdit de conclure à l’identité des deux hommes. Et pourtant, ce portrait ressemble en tout point à celui que l’on aurait pu faire (en forçant le trait, à la manière des journalistes) de l’ancien premier secrétaire de la SFIO. Contentons-nous d’admirer l’à-propos de ces humbles militants, tout dévoués à la cause, qui portent en étendard le nom d’un des plus grand socialistes, lorsqu’ils oeuvrent pour le financement du parti. Et ne nous perdons pas en vaines criailleries sur leurs méthodes de travail, musclées il est vrai, mais qui proclament haut et fort un principe molletiste qui garde toute son actualité : garder le pouvoir, coûte que coûte.

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