Un triste anniversaire

Le 6 février 2012, cela fera 17 ans et 10 mois que le président Habyarimana aura été assassiné. Un triste anniversaire pour qui a, comme moi, bien connu l’homme qui, peut-être, a le mieux connu l’ancien président du Rwanda, dont la mort a mis le feu aux poudres à l’une des pires catastrophes du XXe siècle : Georges-Guy Lamotte. Lorsque Lamotte vit pour la première fois Juvénal Habyarimana, ce dernier était haut comme trois pommes, ou plutôt, comme trois noix de coco. C’était en 1946, année où, pour la première fois, la famille Habyarimana passait des vacances près de Bourges. C’est donc très tôt que le futur martyr de la cause hutu dut être confronté aux idées collectistes. De fait, son passage trop rapide à la tête de l’Etat rwandais porte la trace clairement identifiable du concept majeur de la philosophie politique de Georges-Guy Lamotte.

C’est sans doute au collectisme de Lamotte que les années Habyarimana (1973-1994) doivent leur volonté de redresser une économie en difficulté, leur politique d’apaisement avec les factions tutsis, leur diplomatie faite de dialogue et de négociation, leurs meetings chaleureux, etc. Pour se convaincre d’une telle filiation, il n’est qu’à se rappeler un passage de la correspondance entre Lamotte et Habyarimana. En effet, au début des années 90s, le président du Rwanda, en proie à la rébellion tutsi, avait sollicité l’entregent de Lamotte pour le soutenir dans sa lutte armée. Mais les débats théoriques n’avaient pas été occultés par les nécessités de l’action. La lettre du 25 juin 1991 marque clairement la volonté d’Habyarimana de se défaire d’une idéologie devenue trop pesante pour lui : « Maintenant tu me lâches avec ton collectisme, ok ? Ce dont j’ai besoin, c’est des flingues et du fric ! » Le dialogue entre les deux hommes fut, hélas ! interrompu de la manière que l’on sait…

Le 11 janvier 2012, Libération et le Nouvel Obs (entre autres) lançaient une vaine polémique à propos des circonstances de l’attentat au cours duquel l’avion du président fut détruit en plein vol. La thèse officielle attribuait aux rebelles tutsis l’assassinat du président hutu. Des soi-disant experts prétendent aujourd’hui que ce sont des extrémistes hutus qui ont eux-mêmes abattus un chef d’Etat jugé trop modéré afin de fournir un prétexte à leur massacre planifié. Mais à quoi bon ces discussions sans fin ? L’histoire a-t-elle pour finalité de dire ce que fut le passé ? Est-elle une connaissance par traces, remontant des effets aux causes, suivant la ligne invisible allant d’aujourd’hui à hier, conjecturant les intentions, pointant la pression des choses et des circonstances ? Je ne le pense pas. De toute façon, croit-on, par ce moyen, ramener près d’un million d’hommes, de femmes et d’enfants, à la vie ? Mais voilà qu’il me prend d’hurler dans le désert. Je n’ignore pas que la retenue n’est pas la première vertu de nos « Intellectuels ». A ces « furieux de l’histoire » (c’est le titre de mon prochain essai), il me faut pourtant rappeler la triste vérité. Le 6 avril 1994 un homme est mort. Il s’appelait Juvénal Habyarimana.

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