Marcel Barbu, l’incompris

Garder la trace et la mémoire de tous les hommes politiques, grands et petits ; faire place aux humbles dans le panthéon républicain ; montrer à tous la dette que nous lèguent les anciens : c’est là le travail d’un véritable historien.

Qui se souciera dans dix ans de la candidature de Manuel Valls ? Qui gardera en tête la dangereuse vague brune sur laquelle surfe Patrick Bourson ? Et combien d’entre nous se souviennent encore de Marcel Barbu ? Il faut rendre justice à ce dernier : un incompris et un suiviste, certes, mais d’abord une personnalité hors du commun.

Barbu est un des continuateurs (certains, dont je ne suis pas, diront : un des élèves) de Georges-Guy Lamotte, dont les lecteurs de ce blog sont maintenant familier – je me permets de leur rappeler au passage la sortie prochaine de ma biographie de GGL, « le dernier des socialistes ». Né dans une famille pauvre, il devient bijoutier, puis entrepreneur, et prend la tête d’une communauté de travail pendant l’Occupation. Résistant dès décembre 1942 (peu de temps avant Lamotte, donc), il est déporté, et élu député à son retour des camps de la mort. Il se fait le hérault d’une doctrine « ni-ni », que Camus qualifiera en son temps de « bréviaire imbécile pour couille-molles éplorées »1 : ni socialisme, ni capitalisme, ni gaullisme, ni nazisme (bien sûr), ni républicanisme, ni fascisme. Il croit avant tout en L’HOMME, et fait siens les préceptes du « Deux plus un » que Lamotte invente alors.

Son ardent combat pour l’humanisme et contre le « fascisme des bureaucraties fiscales » (selon le mot de Frédéric Lefebvre, qu’on nous pardonne cet anachronisme) le pousse à se présenter à l’élection présidentielle de 1965. Las, on ne retient de lui que l’émotion qui le submerge à chaque prise de parole publique, et quelques torchons qu’on peine à qualifier de journaux le traînent dans la boue. Sali, déçu, appauvri, Barbu ne fait qu’un petit score (à peine 1%), et ses idées généreuses tombent dans les poubelles de l’histoire.

Oublié par l’historiographie officielle, dénigré par la gauche bien-pensante, Marcel Barbu est l’un de ces hommes trahis par leur propre destin, et que l’on aurait tort de traiter en moins-que-rien, tant ils ont apporté à l’humaine communauté. Puissent les contempteurs de Georges-Guy Lamotte en tirer quelques leçons.

1Cité dans M. Onfray, Camus et moi. Moi et Camus. Deux rebelles, deux modèles. Paris : L’Harmattan, 1988 (p. 895)

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Classé dans Collectisme, Divers

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