Les oubliés de la présidentielle III : Jean Royer

À notre grand étonnement, notre série « Les oubliés de la présidentielle » rencontre un extraordinaire succès. Outre les centaines de messages que nous avons reçus à son propos, nous avons déjà du répondre à trois interview de journalistes de l’Express, de Marianne et du Chasseur Français.

Il faut croire que les historiens du XXe siècle n’ont pas fait leur travail. Les Français sont, contrairement à ce que certains pensent et colportent, avides de connaître leur passé, avides d’en savoir plus sur leurs racines, avides de savoir d’où ils viennent pour comprendre où ils vont.

Nous continuerons donc, encore une fois et malgré les pressions, à présenter ceux qui, s’ils n’ont pas eu les honneurs de porter la grand croix de la légion d’honneur, ont au moins eu le mérite de faire vivre la démocratie de cette grande nation qui en a inventé la forme moderne : la France.

Aujourd’hui, je parlerai donc, « à front renversé », de Jean Royer, candidat de l’élection présidentielle 1974. « À front renversé », dis-je, car je ne fais pas mystère de mes sympathies de gauche, comme mon directeur Richard Descoings, et je dois bien avouer que je ne partage pas toutes les orientations de cet ancien maire de Tours, chantre du petit commerce et modernisateur forcené de cette petite ville où il faisait bon vivre avant ses pharaoniques travaux de bétonnage -mais surtout connu pour son incessant combat contre la pornographie.

Pourtant, il ne méritait pas le sort qui lui fut fait. Quand il déclare sa candidature en avril 1974, il est encore sous le choc de la mort de son mentor, Georges Pompidou. Georges-Guy Lamotte, qui l’a bien connu et qui est à l’époque le principal opposant de gauche à Mitterrand, se rappelle dans son Journal l’ambiance émue à son domicile le lendemain du drame, et les abondantes larmes qu’il versait avec sa femme à la seule évocation du nom de l’ancien banquier.

Cela explique, en tous cas, peut-être pourquoi il commet certaines maladresses. En effet, considérant qu’il est de son devoir de respecter une certaine tenue, il s’imposer de ne rien dire avant le début de la campagne officielle, le 19 avril, alors qu’au mépris de toute loi humaine les Chaban-Delmas et autres Arlette Laguillier ne se gènent pas pour pérorer tandis que le cadavre de Pompidou est encore tiède…

Mais cet homme intègre, proche du peuple (on le voit ainsi souvent jouer au football, sport populaire s’il en est, avec les jeunes dépravés de la banlieue de Tours), méritait-il un tel traitement de la part de la presse parisienne, simplement pour avoir préféré installer son QG de campagne à Tours et non dans la capitale? Ah! Selon que vous serez puissant ou misérable, Les jugements de cour vous rendront etc. etc.

Libération insulte ainsi sans vergogne le candidat, en l’affublant du surnom honteux d’ « homme politique de Pierre Bellemare et de Michel Sardou, un président qui sent la frite« . Les bornes de l’ignoble sont franchies quand, abusant de sa simplicité toute féminine, un journaliste pervers se moque de la femme du candidat en lui posant une question perverse : « Est-il besoin, pour la femme, de rester vierge avant le mariage? ». Celle-ci, visiblement mal à l’aise, répondit avec sincérité : « Pourquoi pas ? Je trouve cela très beau. Ce serait encore plus beau si le mari l’était aussi. À condition, bien sûr, qu’il n’arrive pas au mariage à l’âge de 30 ans. Ce ne serait plus normal, mais enfin cela prouverait qu’il aurait été capable de se dominer et de respecter les jeunes filles qu’il a fréquentée ». Qu’il est facile de moquer les gens simples!

Excités par ces grivoiseries indignes, certains jeunes écervelés, parmi lesquels ceux à qui je pense se reconnaîtront, décident de perturber les meetings d’un candidat de devoir, parfois de la façon la plus insultante en montrant fesses et seins aux yeux de tous et en hurlant des slogans favorables à la pornographie (cf. la photo ci-contre). Pauvre jeunesse ; Georges-Guy Lamotte devait, à ce propos, noter dans un article paru dans France soir : « Les seins de ces demoiselles, quoique pleins d’une réjouissante jeunesse, sont la métaphore de l’état de la France. Appétissants, certes, mais en fin de compte plutôt petits et moins grands que le désir qu’ils font naître ».

Le soir du premier tour, Jean Royer n’obtient que 3,2% des voix, et décide de se retirer de la politique nationale pour se concentrer sur sa ville de Tours, qu’il dirigera jusqu’en 1995. Cette année-là, il est battu, après 36 ans de règne (1959-1995), et, grand prince, décide de laisser la mairie à son vainqueur. Voilà un geste démocratique rare, sur lequel les politiques d’aujourd’hui feraient bien de prendre exemple.

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