Les oubliés de la présidentielle, IV : Gaston Defferre

Marseille, années soixante : les Pieds-Noirs, les plages du Prado, les nouveaux HLM des quartiers Nord, la French Connection, l’insouciance provençale d’une ville à son apogée. À la tête de ce vaisseau amiral du socialisme municipal : Gaston Defferre.

Il est des hommes politiques qui, on ne sait pourquoi, ne passent à la postérité que pour leurs errements et leurs fautes. Certes, Gastounet (comme le surnommait affectueusement Georges-Guy Lamotte, à la suite de Mitterrand) n’a jamais été un enfant de choeur. Fils d’une famille pauvre et protestante, formé à la rude école de la Résistance, Defferre a capitalisé toute sa vie sur ses premiers succès, et étouffé ses adversaires dès qu’il le pouvait. Propriétaire des deux grands quotidiens provençaux (l’un de droite, l’autre de gauche), maire pendant 35 ans au total, il est souvent accusé de s’être lié avec la mafia et d’avoir favorisé le clientélisme. Réponse de J.-N. Guérini : « Et alors ? Ça marche, non ? »1

Promoteur d’un socialisme de terrain, très à l’aise auprès de ses administrés, dont il prend soin personnellement en leur offrant quelques postes à la mairie, notamment, il est pourtant boudé par la prétendue intelligentsia parisienne, sûrement en raison de son accent. C’est pourtant lui qui porte les couleurs du socialisme à presque deux reprises aux élections présidentielles, avec un sens du sacrifice qui lui fait honneur.

En 1965, il est « Monsieur X », héros anonyme d’une campagne de communication novatrice, qui se refuse à avouer le nom du futur candidat progressiste soutenu par l’Express, sur le modèle de Kennedy. Las, les négociations entre SFIO et MRP achoppent, et Mitterrand finit par porter l’étendard de la gauche aux élections, sans succès. Defferre avoue alors : « Nous aurions dû continuer dans l’anonymat. »2

En 1969, il retourne courageusement au combat, malgré la rude concurrence de Michel Rocard qui, à l’époque, n’avait pas encore été exilé dans le grand Nord. Il forme avec Mendès-France un « ticket » à l’américaine, qui peine, une fois encore, à convaincre un corps électoral rétrograde et frileux.

C’est donc fourbu et désavoué que, dans les années 70 et 80, l’empereur de la canebière se retire dans ses terres pour n’en plus bouger.

Pourquoi un homme qui voulut tout donner à la France, embellir sa cité, et contenter ses amis, échoua-t-il si lamentablement ? Probablement en raison du retard français par rapport aux Etats-Unis, dont Gaston Defferre regrettait sans cesse les effets, aussi bien sur la doctrine politique des « progressistes » que sur les livraisons de Lucky Luciano. De profundis, il observe sans doute avec une ironie narquoise ce décalage persistant, en se demandant quand la France aura l’audace de se donner un Noir pour président…

1Communication personnelle.

2Cité par Georges-Guy Lamotte, Journal, 3 juillet 1965.

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4 Commentaires

Classé dans Collectisme, politique

4 réponses à “Les oubliés de la présidentielle, IV : Gaston Defferre

  1. Cher Fernand, j’attends avec une impatience que vous comprendrez votre analyse de ces passages que Georges-Guy Lamotte consacre dans son journal à la candidature de Jean-Louis Tixier-Vignancourt.

  2. J’y viendrai, mais je m’explique dans un blog aujourd’hui sur la mise entre parenthèse de mon blog

  3. Pingback: Conseils pour un gouvernement de combat (1) : Jean-Noël Guérini à Bercy | L'actualité selon Bloch-Ladurie : Réflexions collectistes

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