Proposition n°23 (enseignement supérieur): La sélection en entonnoir à l’université

Depuis cinq ans, la droite au pouvoir s’est acharnée contre l’enseignement supérieur et la recherche. Sous couvert de prétendues « réformes » et de modernisation, c’est bien à une véritable régression que nous avons assisté. Je lis aujourd’hui que de prétendus « intellectuels » de droite comme Eric Zemmour font amende honorable, en présentant un catalogue de mesures  à prendre d’urgence pour lutter contre les inégalités. Certains se réjouiront de cette soudaine prise de conscience ; pas moi.

Il est trop tard, en effet. Trop tard pour espérer faire de l’université une filière d’excellence réservée aux meilleurs élèves des lycées (c’était le cas jusque dans les années soixante), trop tard pour lui donner les moyens de devenir une université de masse (le fardeau de la dette interdit d’y consacrer les sommes nécessaires). Il faut donc se résoudre à une solution de bon sens, et de bonne gestion. N’importe qui peut actuellement entrer en première année de fac (licence 1), et c’est une bonne chose. En revanche, on ne peut trimballer ces cohortes d’ « apprenants » de sous-diplôme en voie de garage, pas plus qu’on ne peut espérer former à la philosophie allemande ou à l’algèbre linéaire des milliers de bac pro destinées à devenir secrétaires. Il faut donc sélectionner, au fur et à mesure de la licence. J’estime (suivant les calculs de certains collègues sociologues, qui préfèrent garder l’anonymat, m’ont-ils dit) qu’il faudrait fixer les quotas suivant : 50% de réussite maximum en fin de L1, 50% en fin de L2, 80% en fin de L3. C’est ce que j’appelle « l’entonnoir démocratique » : une masse de nuls décroissante d’année en année. De 300 étudiants en amphi en L1, on passerait à 60 en fin de L3. Le bénéfice pour les meilleurs étudiants serait immédiat : finis, les amphis surchargés et les résidences universitaires surpeuplées. Disparus, les fainéants qui passent plus de temps à rouler des cigarettes de drogue qu’à écouter leurs professeurs. Quant au profit qu’en tireraient les enseignants, il serait également appréciable – croyez-en un homme habitué à corriger 50 copies en une heure.

Par quel moyen assurer cette sélection de manière équitable ? A l’évidence, il faut encourager ceux qui obtiennent les meilleurs résultats aux examens ; mais si ces derniers s’avéraient trop nombreux, il ne faudrait pas hésiter à favoriser une compétition sur d’autres bases : devoirs supplémentaires, travaux d’intérêt général dans l’enceinte de l’Université (qui rappelleraient les « corvées » de l’ancien service militaire, toujours utiles pour stimuler le sens civique), ou encore aide apportée aux laboratoires de recherche en échange de quelques bons points (saisie de données , entretien des paillasses, réparation des ordinateurs, massages, etc.).

Il faudra également évoquer la nécessaire concentration des établissements universitaires : qu’a-t-on besoin d’une université à Corte, ou à Rennes ? Mais j’ai déjà l’intuition qu’il manque à nos gouvernants le courage nécessaire pour  soutenir la proposition décrite plus haut, en raison de son impopularité auprès des syndicats étudiants irresponsables, qui mettent à feu et à sang les universités pour un oui ou pour un non, et auprès des parents d’étudiants sans avenir.  Comme le disait D. de Villepin : gouverner, c’est combattre contre tout un pays.

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11 Commentaires

Classé dans 30 propositions, politique

11 réponses à “Proposition n°23 (enseignement supérieur): La sélection en entonnoir à l’université

  1. Bonjour,
    Si, en tant qu’ancien universitaire, je partage l’idée qu’une sélection est nécessaire à l’université, je voudrais remarquer un raccourci malheureux dans votre raisonnement.
    L’état de la dette n’interdit pas un effort budgétaire massif en faveur de l’enseignement supérieur de masse. Bien au contraire, à en lire les rapports sur l’état de la France (S&P, Moody’s, The Economist), c’est bien plutôt l’absence d’un tel investissement, avec ce qu’il emporte comme retard en matière d’innovation et de productivité, qui inquiète les créanciers de la France.
    Il me semble donc qu’il faut bien se garder de ne penser qu’en termes de formation d’une élite : l’intégration dans la division internationale du travail passe par la formation massive d’une main-d’oeuvre de haut niveau.

  2. Mathieu, comme je viens de vous le répondre sur fb, vous avez en raison en théorie. En pratique, un tel investissement est affaire de courage politique… dont manquent cruellement nos actuels et futurs gouvernants, avouez-le.

    • Je partage l’avis qu’un tel investissement est peu plausible. Je dirais que c’est moins une affaire de courage qu’une méconnaissance de l’université, couplée avec la conviction qu’il suffit d’avoir une élite bien formée pour s’en sortir.

  3. Arthur

    Et depuis quand il faudrait pénaliser ceux qui vont à la fac? Ce ne sont pas les étudiants qui sont responsable des amphis bondés…quand je pense que à la sortie du lycée la selection est quasi-faite…on va rajouter une couche aux jeunes qui découvrent avec surprise un univers fait de privation (par exemple, les toilettes jamais réparées, les amphis dégoûtants, enfin j’en passe.
    Je crois que la reflexion doit être globale et non juste axée sur la comptabilité et la culpabilisation des étudiants. Quand on prive un chien de nourriture, c’est normal qu’il finisse par la voler…et de qui est-ce la faute?

    • Vous avez raison sur un point : l’état déplorable des toilettes dans la plupart des universités. Cependant je ne propose pas de pénaliser les étudiants, bien au contraire : il s’agit de leur offrir un enseignement de qualité, ce qui suppose naturellement un peu de sélection.

    • Raphaël G.

      « quand je pense que à la sortie du lycée la selection est quasi-faite »
      Vous voulez parler du baccalauréat je présume. La bonne blague…

  4. Circé

    « qu’a-t-on besoin d’une université à Corte, ou à Rennes ? » Euh… On a pas tous les moyens de vivre à Paris…

    « devoirs supplémentaires, travaux d’intérêt général dans l’enceinte de l’Université (qui rappelleraient les « corvées » de l’ancien service militaire) »
    C’est bien ce que je pensais, vous êtes complètement déconnecté de la réalité, et probablement un peu cinglé. Les corvées dont vous parlez, on y passe tout notre temps libre, soir, week end, parfois heures de cours, tout simplement pour survivre…Et oui, c’est nous qui nettoyons les toilettes que vous utilisez, c’est nous qui livrons la pizza que vous mangez… Ceux qui n’ont pas à travailler ont bien plus de chances de terminer parmi les « 60 élèves de L3 », facile lorsque l’on dispose de tout son temps libre pour le travail universitaire…Quant aux autres, ils n’ont cas oublier de dormir et de manger pour réussir c’est ça? C’est déjà le cas en fait.

    On fait tout ça en poursuivant un objectif professionnel. La réussite, au bout du chemin, c’est un emploi qui nous plait et pour lequel nous sommes fait. Concrètement, pour le vivre, c’est une alternance de période de CDD payés au smic (bac +5) et de chômage. Mais mon travail me plait, je n’y vais pas à reculons, même si j’espère avoir plus pour vivre, un jour, mais c’est sans doute trop demander. « Les nuls », comme vous les appelez, où les mettriez vous? Là où ils n’ont pas spécialement envie d’aller? Ma question doit vous faire plaisir, visiblement vous aimez déplacer les petits pions.

    • Vous mettez sans le vouloir le doigt sur un travers du système universitaire français que notre hôte n’a pas relevé : ce système n’est pas conçu pour les étudiants qui travaillent. Les programmes sont conçus pour des étudiants à plein temps.
      Ce n’est pas en soi une spécificité française, mais il me semble que dans les autres pays où c’est le cas, il est parfaitement accepté de travailler deux ou trois ans après la fin du secondaire afin de faire les économies nécessaires à financer des études à plein temps. Ce qui a aussi le mérite de donner des étudiants de premier cycle un peu plus mûrs et qui se sont posé plus de questions sur ce qu’ils veulent faire de leur vie.

  5. Gerard

    Sacrilège!!! Comment osez vous parler de sélection? Quel vilain mot!!!!
    Et pourtant…
    Je suis ingénieur diplômé d’Etat comme ils disent (1967, Toulouse)
    A cette époque les résultats de la fac étaient déjà calamiteux. Les élèves de ces écoles d’ingénieur étaient également inscrits dans les cours de fac correspondant à leur spécialités. Les résultats aux examens faisaient apparaitre des différences consternantes. Les élèves ingénieurs obtenaient le plus souvent une mention, alors que plus de la moitié des élèves de la fac échouaient à ces examens…
    La différence? Ou plutôt les différences, en fait.
    – La sélection impitoyable des élèves des écoles d’ingénieurs qui ne retenait que ceux qui avaient démontré à la fois un niveau de connaissance suffisant et une capacité de travail non négligeable…
    – La qualité de l’enseignement. Les profs de ces écoles étaient soumis à de revues annuelles par les élèves. Ils n’étaient pas des mandarins qui venaient pondre vite fait des cours insipides. Il ne faut pas généraliser certes, mais il ne faut pas se voiler la face non plus: Ils existent et nous pouvons tous en citer!
    – L’atmosphère qui règne dans les facs est sordide. Les syndicats étudiants, j’allais dire les mafias étudiantes, sont une source de distractions permanentes et ne justifient pas leur cout.

    En bref?
    Rétablissez un bac dont le niveau corresponde à celui qui est nécessaire à la poursuite d’études universitaires.
    Rétablissez une sélection après la première ou la seconde année. La première est parfois difficile en raison de difficultés d’adaptation à un environnement différent.
    Dispensez un enseignement de qualité dans une ambiance studieuse. ( Je sais: on peut rêver…)

  6. Edmond

    On vous lit avec intérêt… jusqu’à ce que vous proposiez d’évaluer les étudiants aussi sur leur coup de balais, et que vous laissiez entendre que la présence d’une université à Rennes (vraie ville universitaire, la première en Bretagne, qui est un région qui compte quand même 4 départements – et même 5 en réalité) n’est pas plus légitime que celle d’une université à Corte. NB. Je ne suis pas rennais mais strasbourgeois.

  7. excellencia2013

    Dans une promo, nous avons tous les mêmes cours, les mêmes exercices. Si trop d’étudiant sont motivés et apprennent tous ça à la virgule près votre belle idée va tourner cours comme en médecine. Pour pouvoir réussir il faut payer une écurie à 6000 euros l’année en parallèle de la fac ou prendre un fac privé. C’est vraiment la sélection par l’argent que vous cherchez? Car nous pouvons tous être motivés mais nos parents ne sont pas tous riches et les bourses ne sont pas assez nombreuses. Dans mon école il faut atteindre un certain niveau pour passer. C’est la solution la plus égalitaire qu’il soit. Peut-être faudrait-il relever le niveau de la licence? Faire des partiels plus dur? Ce serait mieux.

    Faire des travaux pour la fac? Et nos cours nous les revoyons quand? Comment payerons-nous nos loyer? Ou placerons-nous nos petits-boulots? Encore une sélection par l’argent.

    Non, il faut se révolter, virer les assez riches des fac publiques, virer ceux qui ont des armes pour s’en sortir.

    Néanmoins, si vous connaissez un moyen pour se démarquer en fac (ou de bonnes collection pour les scientifiques) j’ouvre oreille. 😉

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