Proposition n°24 (éducation): Pour la création d’un Diplôme Semi-Professionnel d’Enseignant

Lors de son meeting de Vincennes, François Hollande a redit sa volonté de résoudre le problème du manque de personnel dans le secondaire en y créant 60000 postes. Cependant, il n’est pas sûr que, sans une prise en compte plus sérieuse des questions en présence, cette annonce soit suivie d’effets.

Le leader du Parti Socialiste semble en effet oublier que cette mesure coûtera beaucoup d’argent (sans doute plusieurs millions d’euros). Il semble oublier également que les professeurs du secondaire, routiniers et jaloux de leurs privilèges, verront sans doute d’un mauvais œil l’arrivée de nouveaux « collègues » susceptibles de les priver d’heures supplémentaires et donc de revenus.

Dans ces conditions, on imagine mal comment les mesures qui se profilent pourraient jamais voir le jour. En effet, pour s’y opposer, et avec les beaux jours qui s’annoncent, les enseignants auront sans doute à cœur de multiplier les grèves et les manifestations en tous genres. En un mot, le candidat socialiste a surestimé les vertus d’un corps professionnel dont la principale motivation est, le plus souvent, la quantité de vacances…

Il y a pourtant, dans nos lycées, des gens qui veulent que les choses changent : les élèves. Contrairement à leurs professeurs, ils sont, en effet, vraiment soucieux de leur avenir. Ce souci de l’avenir, cette volonté de se dépasser, vaut plus d’un CAPES ou d’une agrégation, concours mal formatés où ne réussissent que les étudiants les plus dociles et les plus adaptés à leur future vie de fonctionnaires.

Aussi nous proposons une mesure qui saura allier la mise à profit cette belle énergie lycéenne et le respect de contraintes budgétaires de plus en plus lourdes : nous demandons que soit créé un Diplôme Semi-Professionnel d’Enseignant, auquel pourraient concourir les meilleurs élèves de terminale. Ce DSPE autoriserait ces élèves à faire cours dans une matière en collège, pour un salaire correspondant à un pourcentage du SMIC calculé en fonction de leur classement à l’examen d’obtention du diplôme.

Nous avons précisé que ce concours serait réservé aux meilleurs élèves. Ceux-ci auraient en effet passé dès la seconde un premier examen de sélection (Diplôme d’Aptitude Générale) ouvrant droit à un second volet de tri dans une matière donnée (exemple : Diplôme d’Aptitude Spéciale à la Physique) avant de pouvoir concourir au DSPE. Ils bénéficieraient, pour pouvoir assurer leur service au collège (qui ne devrait de toute façon jamais excéder un mi-temps, soit 9 heures hebdomadaires), d’un allègement de cours décidé par le conseil de classe de premier trimestre.

Par une telle mesure, le secondaire retrouverait une partie de son dynamisme : les élèves de terminale trouveraient là une première expérience professionnelle (sans que le coût de leur service soit exorbitant), les professeurs titulaires verraient leurs classes allégées, et les collégiens reprendraient plaisir à apprendre, au contact de professeurs jeunes (nous proposons de les appeler ainsi) qui, eux, seraient réellement motivés par leur métier.

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13 Commentaires

Classé dans 30 propositions, politique

13 réponses à “Proposition n°24 (éducation): Pour la création d’un Diplôme Semi-Professionnel d’Enseignant

  1. chantal

    en cas de problème (en classe), qui sera responsable?: les parents de ces profs’jeunes au rabais?: c’est pas vraiment brillant comme idée, de plus les 9 heures ils faut les préparer, vu que 18 h de cours représentent en moyenne 39h de travail hebdomadaires (au total), cela fera bosser ces chers petits « jeunprof » 18h !!!!!
    ceci dit les heures d’absences des autres salariés sont-ils remplacés? et comment?
    par des petits jeunes qui doivent faire de études?

    • Toutes vos questions sont très pertinentes.
      La responsabilité engagée sera bien sûr la leur : bien que mineurs, pour certains, ils devront évidemment répondre de leurs erreurs et de leurs manquements.
      « 9h, il faut les préparer » : à qui le dites-vous ! En tant qu’enseignant, je connais suffisamment la corvée que représente la préparation d’un cours. Mais on pourrait imaginer, pour ces jeunes têtes bien faites mais rarement bien pleines, des bases de données dans lesquelles ils puissent piocher des éléments de cours déjà préparés, comme c’est le cas en 1e année de médecine, par exemple. Au bout d’un moment, il faudra sans doute songer à les rémunérer. Mais on pourrait rétribuer par de meilleures notes les meilleurs semi-enseignants, ou encore leur accorder des points-euros : voyez ma proposition n°5.
      « Les heures d’absence des autres salariés sont-ils remplacés » : la question se pose, il faut imaginer un système comparable au niveau de chaque entreprise. Georges-Guy Lamotte avait, en son temps, essayé de le faire dans les mines de Lorraine, notamment en remplaçant les 3×8 par les 3×48.

  2. memona

    J’imagine bien des jeunes collégiens chahuteurs face à ces grands ados qui leur feront cour….C’est un coup à traumatiser ces excellents terminales à tout jamais! C’est déjà tellement difficile pour un prof de 25 ans de s’imposer face à une classe.Comment réagiront ces jeunes si cela se passe mal? Vous êtes enseignant.En collège? Si c’est le cas ,depuis combien d’années n’avez -vous pas fait classe? En tout cas ,je ne pousserai jamais un de mes enfants à faire le pseudo -prof sous payé ,au détriment de ses études et de son équilibre psychologique.

    • Mieux vaut, en premier lieu, qu’ils évitent de leur faire « cour », comme vous dites. Faire « cours »serait plus judicieux.
      Je suis enseignant à Sciences-Po (cf. la page « à propos de moi » de ce blog). J’y assure très régulièrement mon service. Je demande simplement que quelques jeunes gens compétents et courageux prennent des responsabilités, et affrontent le monde du travail dès leur plus jeune âge. Préféreriez-vous les envoyer en usine ? Allons donc.

  3. LM

    Enfin c’est tout de même incroyable qu’avec le nombre de maîtrises de lettres, de bio, de math, d’histoire,.. qui ont été délivrées à des gens qui sont au chômage, l’EN ne soit pas fichue de leur proposer des conditions d’emploi satisfaisantes.

    Il est évident que si il n’y a pas de candidats, c’est parce qu’être affecté avec un salaire minimal (1er échelon, 1er niveau sans avancement possible) comme remplaçant pour une courte période dans des lieux éloignés qui supposent souvent une voiture et de longs temps de transports, mais sans indemnités de déplacement, c’est parce que c’est une travail très difficile, peu valorisant et très mal payé.

    Les établissements où il faut des suppléances fréquentes ont souvent des gros problèmes de discipline ou de discorde, quand on arrive après une longue période de carence les parents et les élèves sont mécontents, il faut très rapidement comprendre où en est resté l’ancien professeur, évaluer le niveau et les capacités des élèves, adapter les cours pour terminer le programme dans un temps réduit, faire connaissance rapidement avec élèves, avec les collègues, déjouer tous les pièges et toutes les ruses, s’imposer et se faire aimer.

    C’est un travail extrêmement qualifié et beaucoup plus difficile que celui de professeur titulaire. Les remplaçants ne sont d’ailleurs absolument pas aidé: on ne leur donne même pas les manuels scolaires, aucune information.

    En plus les remplaçants ont des missions courtes, il faut tout recommencer à chaque fois, il ne sont plus payés entre deux suppléances, et il leur est interdit de refuser une mission sans donner leur démission, donc être privé de chômage.

    L’EN devrait augmenter le corps des titulaires remplaçants jusqu’au niveau des besoins, et donner une gratification suffisante qui correspond au surcroît de difficulté, de frais et de fatigue par rapport à des postes fixes.

    Les rectorats importants pourraient aussi monter une société d’intérim pour employer des contractuels: cela permettrait de gérer professionnellement les effectifs disponibles, de porter les salaires entre les missions rapprochées, de limiter le nombre de contrats de travail et d’actes de licenciements. Mais ils ne le feront pas pour ne pas payer les primes de précarité et de fin de contrat dues aux intérimaires.

    La solution retenue, qu’on peut qualifier de négrière, consistant à créer un nouveau sous-statut, encore inférieur à celui des maîtres auxiliaires qui ne trouve plus de candidats, est très choquante venant d’un gouvernement socialiste.

    Le problème est un problème de rémunération et de soutien des personnels affectés à ces missions très ingrates, mais indispensables.

    Pour le moment, il est moins fatigants, moins ruineux et moins nuisible à la santé pour les titulaires d’une maîtrise d’enseignement, de tenir une caisse de supermarché, que de faire des suppléances pour l’Éducation nationale.

    • Enilda

      Vous soulevez là un problème essentiel, je suis moi même professeur contractuel, je viens de signer mon 12è CDD en 9 mois. J’ai rencontré de gros problèmes d’argent en novembre dernier car le rectorat dont je dépends a mis deux mois à me payer. Je fais 1h30 de route par jour sans recevoir la moindre indemnité, je suis titulaire d’un master 2 enseignement mais malgré tous ces problèmes, je dois avouer que j’aime beaucoup le travail que je fais et que je n’imagine pas faire autre chose … Je suis aujourd’hui déterminée même si cela me semble difficilement réalisable de passer le CAPES afin de stabiliser l’exercice de mon métier. Parce qu’il s’agit bien d’un métier.

      Votre idée de mettre en place des sociétés d’interim pour contractuels me semble pertinente. Cela pourra sans doute stabiliser nos situations en attendant l’obtention du concours que nous espérons avoir à l’usure.

      Je rejoins également votre article sur le fait que j’ai moi même travaillé à l’usine quelques mois, j’étais bien moins fatiguée, souvent mieux payée et beaucoup plus disponible pour d’éventuels loisirs sur lesquels j’ai tiré un trait aujourd’hui.

  4. Daghari

    « les collégiens reprendraient plaisir à apprendre, au contact de professeurs jeunes ». Cette proposition teintée de jeunisme est tout à fait irresponsable. Hormis cette incise tout à fait inconséquente, vous ne semblez pas vous soucier à aucun moment de la seule chose qui compte, l’intérêt de l’élève (ah si, pour nous asséner que  » la volonté de se dépasser vaut plus d’un CAPES ou d’une agrégation »: mais que veut dire cette phrase ? Absolument rien, ces deux choses n’ont rien à voir. Autant nous dire tout de suite que les professeurs sont responsables du chômage, et qu’en embauchant des lyceens qui n’en veulent à 400 € par mois, les choses rentreront naturellement dans l’ordre, poussés dans le droit chemin, sait-on jamais, par une « main invisible » qui doit vous être chère…). Venez donc faire un tour dans les universités pour voir le désarroi des étudiants en masterisation, et vous aurez peut-être des arguments plus affûtés à nous opposer. Le problème central est celui de la formation des enseignants, non leur âge. Les jeunes « compétents et courageux » n’existent tout simplement pas sans formation digne de ce nom. C’est avec ce genre de raisonnement téléologique qu’on aboutit à des solutions préfabriquées à la finalité bien connue: discréditer les enseignants, et si possible, faire pression sur leurs effectifs et leurs salaires, ils sont tellement privilégiés ma bonne dame. En clair, le pire du privé dans le public, pour le meilleur des mondes. Et vous dites enseigner ? Je plains vos collègues… et vos élèves.

  5. Vladimir

    Oo’

    Mon Dieu, mais vous n’avez jamais mis les pieds dans un collège, pour balancer tant d’absurdités à la ligne !

    Je suis vacataire, avec un master (et en prépa concours… je me suis tapé en direct toutes les réformes des trois dernières années, un véritable plaisir…), je n’ose même pas imaginer ce que j’aurais fait en sortant du bac… La motivation et la bonne volonté ne suffisent pas, les compétences, c’est aussi utile. Compétences qu’on acquiert… en faisant des études. Dingue, non ? Un lycéen ne sait rien. Quant aux collègues titulaires… heureusement qu’ils sont là, et solidaires des p’tits jeunes précaires qu’on envoie dans l’arène, sinon je serais mort depuis longtemps. Alors vos clichés à deux balles sur les profs corpos et toujours en vacances… sérieux, mettez les pieds cinq minutes dans un collège plutôt que dans le bistrot du coin, avant de vous mêler d’éducation. Ces dernières années ont été un massacre, heureusement qu’il y a les profs pour maintenir le système à flot envers et contre tout.

    Ça fait quelques années que les concours embauchent moins et qu’on colmate avec des précaires, c’est juste catastrophique, autant pour les gamins que pour les étudiants qu’on envoie au casse-pipe… je n’ai pas vu un seul prof content de cette situation, tous demandent qu’on ouvre plus de postes aux concours.

    • Enilda

      Comment je vous soutiens ! Je suis dans le même cas que vous, étant moi même contractuel avec un master 2 enseignement. J’ai vécu de plein fouet les dernières réformes concernant notre formation et j’ai moi même éprouvé beaucoup de plaisir à subir pendant deux ans des idées et des actions aussi inconcevables et contradictoires les unes que les autres.

      J’ai donc bondi moi aussi quand j’ai lu que les enseignants étaient avant tout préoccupés par leurs vacances … Je constate au quotidien à quel point mes collègues sont investis, attentifs, déterminés à faire « tourner la machine » malgré des difficultés grandissantes depuis trois années.

  6. bobzogu

    Quand je lis de tels clichés sur le métier d’enseignant de la part de quelqu’un qui prétend vouloir donner des conseils en matière d’enseignement…j’hésite entre exploser de rire ou pleurer devant autant de bêtises.
    Vous pensez vraiment que les profs ne pensent qu’à leurs vacances et leurs heures supp ? ? ? ? Vous croyez réellement qu’envoyer des gamins de 17-18 ans dans les collèges remotivera les collégiens en détresse ? ? ?
    Vous êtes déjà allés dans un collège ? ? ? Vous avez déjà vu des gamins de 13 ans vous regarder droit dans les yeux et dire « vous êtes qu’une bande de co…ards » ou « va te faire f…. sale pd » ou marcher à quatre pattes à travers la classe en grognant ? ? ?
    Vous croyez qu’un élève sortant de terminal aura le recul, l’aplomb, la retenue de ne pas envoyer son poing dans la figure du petit sauvageon ? ? ?
    Pour supporter cela, il faut une sacré dose d’expérience et avoir connu autre chose de sa vie que les jupes de sa maman.
    En conclusion, taisez-vous et allez vous occuper d’autre chose que de l’enseignement.

  7. Picard

    Bonjour (enfin, … comme une formule de politesse).
    Je ne m’attarderai pas à rappeler ce que mes prédécesseurs vous ont déjà dit. J’ajouterai que deux petites remarques.
    Robert Badinter, en tant que président du conseil constitutionnel, eu un jour l’occasion, pendant deux heures, d’expliquer à des élèves de quatrième d’un collège la constitution, … Au sortir de cette expérience, il en tira cette remarque que vous feriez bien de prendre pour vous: faire un cours à des élèves de collège est beaucoup plus difficile que faire un cours à des élèves de l’école normale supérieure ! Vous ne savez tout simplement pas de quoi vous parlez. Une seconde remarque qui vaut cependant son pesant de cacahuètes: les enseignants ne sont jamais des privilégiés concernant les vacances.Parce qu’ils ne sont pas payés pendant les vacances d’été ! En effet, leur paye est calculée sur 10 mois et répartie sur 12.

    Claude Picard

  8. madame prof

    non, je pense que Mr Bloch-Ladurie plaisante. Un second degré assez maladroit. Mais comment rire du « mammouth » avec légèreté par les temps qui courent….

  9. Un passant

    Bretons, enseignants, deux peuples incompris et susceptibles…

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