Proposition n°28 (santé): Pour recruter enfin de bons médecins, faisons-le à l’étranger

Les déserts médicaux sont, on le sait, l’une des plaies de notre système de santé, qui n’a jamais vraiment tranché entre le modèle libéral (médecine de ville) et la socialisation des soins (sécurité sociale). On découvre donc en 2012 des régions entières sinistrées, où il est impossible de se soigner sans parcourir plus de 100 km, alors que plusieurs centaines de gériâtres se concentrent sur la Côte d’Azur. On n’en finit plus, par ailleurs, de déplorer l’état lamentable de nos hôpitaux.

Pendant ce temps, des milliers de spécialistes sont formés chaque année en Afrique subsaharienne, dans le Maghreb et à la Réunion, bref, dans nos anciennes colonies, pour parler clair. Or, ils ne trouvent chez eux qu’une patientèle bien en-deçà de leurs compétences et de leurs aspirations : qui se ferait mettre une prothèse de genou au Cameroun ? On ampute à la machette, dans ces pays-là. Qui accepterait de payer une consultation d’ophtalmologiste 80€, à Tanger ? On paye encore son toubib en nature, là-bas.

Il y a là un déséquilibre manifeste, et facile à corriger. D’ores et déjà, on recrute dans nos hôpitaux des « FFI » africains – non pas des résistants, mais des « faisant fonction d’internes ». Que ne pousse-t-on cette logique un peu plus loin, en instaurant une totale liberté de circulation des médecins entre nos deux continents ? Mieux encore, que n’envoie-t-on les moins habiles de nos chirurgiens réparer à la va-vite les lépreux du tiers-monde, en les échangeant contre les plus compétents de leurs praticiens ?

On me dira que c’est déjà le cas : de même que nos églises recrutent leurs prêtres en Afrique (où les séminaires ne sont pas désertés, à l’inverse de l’Europe, où l’acharnement aveugle du Vatican contre la pédophilie a fait tant de dégâts), de même nos hôpitaux font de plus en plus appel à des immigrés, qui coûtent moins cher, se plaignent moins, et triment dur sous la menace de l’expulsion. Il faut pourtant franchir une nouvelle étape, en instaurant des contrats de coopération avec des pays sous-développés, et des permis de travail temporaires pour les médecins français, qui pourraient d’un jour à l’autre y être envoyés en mission. Dès lors, nous pourrons commencer à repeupler nos campagnes et nos petites villes de médecins compétents et pleins d’entrain.

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5 Commentaires

Classé dans 30 propositions, politique

5 réponses à “Proposition n°28 (santé): Pour recruter enfin de bons médecins, faisons-le à l’étranger

  1. marcel

    tout à fait d’accord avec votre brillante analyse. Pour les infirmières, les meilleures sont les bulgares et les russes… elles ne rechignent pas à la tâche et donnent aux hopitaux un air un tantinet plus glamour, qui plait généralement aux patients et à leurs familles.

  2. Vous avez tout à fait raison. J’ai évoqué nos anciennes colonies, mais effectivement pour l’embellissement de la France il faudrait aussi aller chercher du côté des pays de l’Est… Merci de votre suggestion

  3. Coco Bandicoot

    gériatres… et non gériâtres tout d’abord.

    Ensuite, vous dites, « on découvre » alors même que votre référence cite un lien de plus d’un an et que le problème est évoqué depuis de nombreuses années (environ une bonne dizaine…) tant par les professionnels de santé, que la sécurité sociale en passant par les patients. De nombreux très bons articles ont déjà fait la une de l’actualité… On dirait que vous découvrez le phénomène !

    En ce qui concerne les causes et les conséquences de la dégradation du système de santé français, sachez qu’il ne se simplifie pas à cette simple désertification (qui d’ailleurs elle-même découle directement de nombreux facteurs liés à la politique faite sous la présidence de M. Mittérand ; à commencer par l’abaissement du « numerus clausus »). N’oublions pas non plus à qui advient de faire les SROS et le reste…

    Les « FFI » (faisant fonction d’interne – sans s -) ne sont pas embauchés que pour ça et surtout s’ils ont ce statut ce sont pour des raisons bien particulières… Ce sont également des médecins qui doivent et avant tout faire reconnaître leur(s) diplôme(s) et leurs expériences (ainsi que s’adapter à la médecine pratiquée dans nos hôpitaux, cliniques ou en ville) : quid du système de l’Education Nationale et de la Reconnaissance des diplômes étrangers ?!… Et cela ne concerne en aucun cas, les seuls africains ou maghrébins…

    Et heureusement, qu’il y a la case « FFI » et « interne » pour pallier de nombreux manques…

    Autre point, renseignez-vous sur les inconvénients sur le terrain lors de la venue des IDE bulgares ou espagnoles justement il y a quelques années (là encore),et quand le gouvernement s’est aperçu que nous manquions d’IDE (là aussi numerus clausus ?!, réforme du concours d’entrée ?!… etc…). Outre le barrière de la langue, il y a eu aussi la pratique du terrain et des outils (notamment informatiques)… Sachez à ce sujet si vous en doutez que je l’ai vécu personnellement à l’hôpital dans différents services avec lesquels j’ai été amenée à travailler.

    Croyez-vous qu’on pratique la même médecine en France et au Tiers-Monde ?!

    Nous avons de très bons médecins en France tout comme il peut y en avoir à l’étranger ou sur nos colonies… Donc au lieu de refaire le système de santé sur le papier et la théorie, je vous invite vivement à vous confronter à la réalité du terrain dans ce domaine comme dans d’autres d’ailleurs. Vos raccourcis ne confortent que les  » formateurs et/ou bien pensants ».

    Par ailleurs, pour votre information, là aussi, sachez que si les gériatres se tournent vers la région PACA c’est également lié au fait que la population y est plus âgée. Les grandes agglomérations comme la région parisienne regroupant essentiellement des « actifs ».

    Comment on peut dire ou sous-entendre encore aujourd’hui (à part avec une non connaissance des réalités du terrain ou au travers des reportages de bas étages à sensation qui permettent de faire d’un cas une généralité) que les médecins rechignent à la tâche… C’est une honte !
    Savez-vous l’accumulation des heures effectuées et toutes les exigences qu’impliquent de tels métiers ?!… Elles sont loin des 35h…
    Connaissez-vous toutes les démarches et les aides financières (ou pas d’ailleurs) qui doivent être faites pour ouvrir un cabinet en ville et les exigences logistiques (ainsi que leurs coûts) qu’il implique ?!

    Pour ma part, votre billet pourrait être une bonne analyse s’il était toutefois un minimum construit sans entrer dans de quelconques clichés facilitant un certain discours politique de plus de 30 ans et qui conduit à faire pourrir une situation qui aujourd’hui atteint un point de non retour…

    Enfin, si je ne retiens que votre titre est à contresens littéral et très réducteur dans le sens où si je vous suis bien la France n’a pas de bons médecins donc on a de quoi s’inquiéter un peu partout sur le territoire… Et que les bons médecins ne se trouvent qu’à l’étranger… Or savez-vous que de nombreux médecins français sont d’éminents médecins à l’étranger….

    Voilà ma petite contribution d’empêcheuse de tourner en rond ^^

    • Je n’ai pas le temps de répondre à toutes vos remarques, qui sont sans doute très judicieuses. Il me semble cependant que nous sommes d’accord sur l’essentiel : si nous recrutions davantage de médecins dans nos anciennes colonies, nous pourrions régler bien des problèmes de notre système de santé.
      Je me permets simplement, à votre exemple, de corriger une faute d’orthographe : Mitterrand, et non Mittérand.

  4. Dr LE LANN jacques

    avant de nous tourner vers l’étranger pour recruter des médecins, réfléchissons un peu; en France il y a environ un médecin pour 1 000 habitants, en Grande Bretagne un pour deux mille habitants, et leur système de santé est nettement plus performant que le nôtre, après quelques décennies de cafouillage.
    Il y a en vérité une mauvaise répartition des médecins, une mauvaise éducation médicale des Français, donc nous consommons bêtement des consultations inutiles, des molécules inutiles, chères, mais dangereuses, et l’on s’étonne que nous ayons un système de protection sociale qui est à bout de souffle alors qu’il coûte 30 % plus que celui d’autres pays (Suède, Canada, Grande Bretagne)
    Je remplacerais votre proposition n° 28 par: obligation pour un médecin d’exercer là ou le besoin existe (on ne demande pas à un enseignant d’enseigner là ou il n’y a aucun collège, lycée, école, car enfin la formation d’un médecin comme tout universitaire est assurée gratuitement par l’État, donc le contribuable, pourquoi laisser encore en 2012 les médecins s’installer ou ils veulent et bénéficier en plus d’une rémunération (par le biais de la sécurité sociale), s’ils souhaitent rester libéraux alors qu’ils ne bénéficient plus d’aucuns avantages, tant en remboursement de leurs honoraires que de leur retraite complémentaires.

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