Nicolas Sarkozy et le fundraising libyen : quelques éclaircissements

Suite à mon précédent post, quelques militants PS m’ont fait remarquer avec insistance que je consacrais beaucoup (trop, à leur goût) de billets à l’histoire de la gauche, et (trop) peu à celle de la droite. Je répare aujourd’hui cette erreur, en vous parlant de Nicolas Sarkozy.

Oh, pas le Sarko triomphant de 2007, pleurant d’émotion en écoutant Mireille Mathieu place de la concorde. Pas le Sarkozy de 2012, épuisé par cinq ans d’une présidence terrible, et auquel certains accordent encore du crédit malgré tout. Non, le petit Nicolas qui organise les grands meetings de campagne de Jacques Chirac, en 1988. À l’époque, le futur chef de l’Etat est un quasi-inconnu sur la scène politique nationale. Maire de Neuilly, ami de Charles Pasqua et d’Edouard Balladur, il appartient à la génération qui monte au RPR, celle que Raymond Barre baptise « les jeunes cons ». Chirac lui donne alors un poste au ministère de l’intérieur et, de là, lui demande de participer à sa campagne présidentielle.

Nicolas Sarkozy va alors mettre en œuvre son plus grand talent, qui lui vaut à l’heure actuelle quelques ennuis médiatiques : le fundraising. Il fait appel à plusieurs donateurs privés dont la trace s’est perdue : capitaines d’industrie libanais, tycoons du gaz en Azerbaïdjan, et magnats du pétrole arabes. Un seul d’entre eux, ‘Abdel Oualid bin al-Khadâffî bin Oumar al-Mutakkawwil wa Malik al-Mutaffad bi-llâh, prince héritier du royaume d’Arabie Saoudite, est resté dans l’histoire, non pas grâce à sa générosité avec le RPR, mais grâce à sa largesse avec quelques élus socialistes, dont Georges-Guy Lamotte. Celui-ci, on le sait (et si on ne le sait pas, on ferait bien de commander dès maintenant ma biographie de Lamotte), lui revend en 1983 le siège du Parti Démocrate, qu’il avait créé au lendemain de la victoire de la gauche, après l’échec de cette formation politique éphémère. Les archives Lamotte montrent que cette transaction inaugure une collaboration régulière entre les deux hommes, le prince héritier rendant souvent visite à son partenaire commercial et ami, dans sa propriété berrichonne.

Or, en avril 1988, l’une de ces visites est l’occasion, comme Lamotte le note dans son Journal, d’une conversation à bâtons rompus, lors de laquelle ‘Abdel Oualid bin al-Khadâffî bin Oumar al-Mutakkawwil wa Malik al-Mutaffad bi-llâh avoue à son ami et partenaire commercial qu’il a essayé de « mettre plusieurs fers au feu », en participant à la fois à la campagne du PS et à celle du RPR. Cette initiative est un demi-échec : le prince arabe tente de mettre en contact les financiers du RPR avec quelques intermédiaires sulfureux, dont plusieurs dirigeants d’exploitations pétrolières libyennes, mais aucune transaction n’est finalement conclue. Si l’on en croit ‘Abdel Oualid bin al-Khadâffî bin Oumar al-Mutakkawwil wa Malik al-Mutaffad bi-llâh (dont Lamotte rapporte les propos à son ami Francis Artois, le 24 avril 1988), « Un jeune type agité voulait à tout prix être le seul négociateur entre les libyens et Chirac. » La négociation aurait achoppé au moment où l’un des exploitants pétroliers, au détour de la conversation, moqua « les talonettes » de son interlocuteur, qui perdit son sang froid et lui lança pour finir : « Ben alors casse-toi, pauv’con ! ».

Il semble donc établi qu’en 1988, Nicolas Sarkozy n’est pas parvenu à faire financer la campagne du RPR par la Libye. Et en 2007 ? Seule la justice pourra l’affirmer. Pour ma part, considérant le témoignage de ‘Abdel Oualid bin al-Khadâffî bin Oumar al-Mutakkawwil wa Malik al-Mutaffad bi-llâh, j’en doute.

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3 Commentaires

Classé dans politique

3 réponses à “Nicolas Sarkozy et le fundraising libyen : quelques éclaircissements

  1. Hanoun Im

    M. Bloch-Ladurie

    vous semblez oublier de rappeler dans votre article que Abdel Oualid bin al-Khadâffî bin Oumar al-Mutakkawwil wa Malik al-Mutaffad bi-llâh n’était autre que le professeur de maltais et de maïeutique de SAS le Prince Albert II de Monaco, Grimaldi de son patronyme… Encore un complot contre les intérêts français ?

  2. D’où tirez-vous cette affirmation ? Je ne l’ai pas remarqué dans les sources dont je dispose. Mais si vous dites vrai, il y a là une pièce encore plus intéressante à verser au dossier. J’ai toujours été persuadé de la nocivité des dirigeants monégasques.

  3. Matthias Etiemble

    Vous oubliez de mentionner que lors de ses premiers contacts avec Abdel Oualid bin al-Khadâffî bin Oumar al-Mutakkawwil wa Malik al-Mutaffad bi-llâh, M. Sarkozy avait négocié son entrée au capital de Rehausse, l’entreprise belge de fabrication de talonnettes qui délocalisait justement, en 83-84, sa production à Zouara, sur la côte libyenne. Les naïfs y verront un hasard. Les autres approfondiront l’enquête.

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