Débat Hollande-Sarkozy : le triomphe de la raison sur l’émotion

Hier soir, comme 20 millions de Français, j’étais devant la télévision, pour suivre le débat de l’entre-deux-tours. J’ai fini par accepter l’invitation d’une de mes étudiantes, qui a su me persuader que le spectacle valait la peine d’être vu, et qu’elle pourrait profiter de l’occasion pour travailler en ma compagnie sur son mémoire de master1. Pourtant, je l’avoue, j’avais d’abord envisagé de rester tranquillement à la maison, pour travailler à un compte-rendu du dernier Guillaume Musso, dans Theory and Society.

Pourquoi ce désintérêt soudain, se demanderont mes lecteurs réguliers, chez un homme aussi avide d’actualité politique ? Eh bien, chers lecteurs, je suis pris d’une grande lassitude face à cette campagne qui, à gauche comme à droite, manque de hauteur de vue et de véritables idéaux. Quelle société veut construire François Hollande ? Nul ne le sait. Quel avenir Nicolas Sarkozy envisage-t-il pour la France ? Idem.

Or donc, devant la TV, l’affrontement entre les deux impétrants a fait naître en moi une idée nette, frappante et limpide, que je m’empressai de dicter à Vanessa pour qu’elle en fasse la conclusion de son master : ce à quoi nous assistons, dans l’arène politique actuelle, c’est à une victoire de la compétence sur l’émotivité. Une victoire de la raison sur la passion.

Naturellement, François Hollande incarne cette rigueur intellectuelle, qui l’a parfois desservi, d’ailleurs : on se souvient d’Alain Juppé le traitant de « technocrate insensible », ou encore des insultes de Nadine Morano (« Holande est un peti calculatteur sens envergurt », écrivait-elle hier soir sur Twitter). Le prochain président – je le lui souhaite – ne « promet que ce qu’[il] peut promettre », et refuse les envolées lyriques, sauf lorsqu’il parle de lui-même.

Mais en certain sens, le président sortant a également fait montre de compétence, et de droiture intellectuelle, hier soir. Il s’est montré soucieux de ce que la France pouvait raisonnablement faire, alors qu’elle croûle sous la dette, les musulmans et les délégués du personnel. Il a voulu expliquer son bilan désastreux en montrant que la responsabilité en incombait à la crise européenne, et en particulier aux socialistes espagnols. Il a pris soin, enfin, de n’avancer aucun élément de programme (se contentant de débusquer les failles dans celui de son adversaire), conscient de l’étroitesse des marges de manœuvre qui sont les siennes.

Les vrais hommes d’Etat appartiennent sans doute au passé. Les De Gaulle, Staline, Rocard, qui conduisaient toute une nation vers un idéal commun, sont bien morts et enterrés. Mais faut-il s’en plaindre ? L’avenir – l’avenir tout proche – nous le dira. Si François Hollande est élu ce dimanche, il faudra en finir avec les passions politiques, et adopter enfin cette devise collectiste : « Pas de gouvernance sans compétence. »

1V. Duhamel, Stature présidentielle et discours présidential : valeurs et stratégies dans l’élection présidentielle sous la Ve République.

Publicités

2 Commentaires

Classé dans politique

2 réponses à “Débat Hollande-Sarkozy : le triomphe de la raison sur l’émotion

  1. Un de la légion

    Bloch Ladurie, tu me déçois. Je te tutoie à la romaine, et ils sont légions ceux qui comme toi recherchent la compétence avant la connivence. Mais il faut bien l’avouer, lé déception a été immense hier au soir. Nul (el le mot pourrait s’écrire au pluriel) n’a rendu hommage à ces deux journalistes perdus sur ce plateau trop grand pour eux (surtout PUJADAS qui est petit tout petit) . Aucun des deux candidats n’a félicité Laurence FERRARI pour son merveilleux décolleté, et dieu sait bien que si DSK avait été candidat, il en aurait été autrement, et les efforts de la damoiselle auraient reçus leur récompense. Et aucun des deux n’a évoqué les sujets majeurs, ceux qui vont commander à la vie du pays pendant des années, je veux parler ici des programmes du samedi soir à la télévision. The Voice est bientôt terminé, Patrick Sébastien est sur un siège éjectable, et Michel POLLACK est mort. Alors quoi ? Qui répondra à cette angoisse des futurs chomeurs non délocalisés ? Que vont ils regarder à la télévision le samedi soir après le bistrot et avant de donner une trempe à maman ? Y pense t’on seulement parmi ces élites de gauche ou de droite, ceux des beaux quartiers ? Evidemment non ! et on nous laisse ainsi reclus dans notre angoisse insupportable… Je pensais que tu en aurais touché deux mots. Rien, pas ça !!! Alors SAROZY mais,… HOLLANDE mais… the Voice mais… Sébastien mais…. Ca fait beaucoup ce moi de mais !

  2. Vous avez absolument raison, ou plutôt: tu as absolument raison, camarade de tranchée! D’ailleurs la réforme du programme télévisuel faisait partie d’une des propositions que j’avais envisagée, avant de l’écarter tant les 30 autres étaient -si c’est possible- encore plus urgentes. Mais je crois qu’il est effectivement possible d’imaginer un programme éducatif et divertissant à la fois, où l’on saurait tirer partie des atouts de Mme Ferrari et de ma propre aisance rhétorique. J’ai écris à cette Mme Ferrari il y a quelques jours, j’attends encore sa réponse pour être formel, mais je pense pouvoir annoncer que nous formerons un duo de charme à la rentrée prochaine…

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s