Mon analyse de la victoire de François Hollande:le poids des régions

Il y a plusieurs manière d’analyser un résultat électoral: l’analyse sociologique, qui s’intéresse aux catégories socio-professionnelles des votants; l’analyse spatiale, qui regarde les différentes régions et leur décision; l’analyse gérontologique, qui postule un lien entre l’âge des électeurs et leur choix dans l’urne; l’analyse collectiste, enfin, qui combine toutes ces analyses en y ajoutant un élément essentiel : l’intelligence.

Menons donc, ensemble, l’analyse collectiste de la victoire de François Hollande, comme nous l’avions déjà fait pour le premier tour. Plusieurs commentateurs à la petite semaine s’y sont déjà essayé, avec de piètres résultats je dois dire. Il faut dire que, pour la plupart d’entre eux, ils ont choisi de se limiter à des catégories dépassées au XXIe siècle, comme celle de la profession (un ouvrier voterait plus à gauche qu’un agriculteur: moi, j’en doute) ou de l’âge (un vieillard aux portes de la mort serait plus porté au vote conservateur qu’un jeune plein de fougue: à prouver). On consultera à cette occasion l’étude de l’institut de sondage IFOP. Mais, pour avoir travaillé dans ce même institut dans ma jeunesse, je peux attester que leurs méthodes sont loin d’être infaillibles.

Bien plus intéressante est la carte des votes en France, que je reproduis ici même (à consulter sur le site d’un journal qui refuse régulièrement mes tribunes, mais a quand même un intérêt pour son indépendance)

Il suffit, je crois, de la regarder pour comprendre ce qui a fait à la fois la victoire de François Hollande et la défaite de Nicolas Sarkozy. En effet, malgré les efforts de ce dernier cachant sa petite taille derrière une marée de drapeaux bleu-blanc-rouge, François Hollande est parvenu à incarner la continuité républicaine, l’unité nationale dans la tempête, la preuve vivante que l’adage « la République est une et indivisible » est toujours vivace. De son côté, Nicolas Sarkozy n’est parvenu à séduire que la frange de l’électorat la plus rétive à toute idée de nation, et la plus contaminée par les thèses séparatistes et dislocatrices de la société française.

Vous vous demandez ce qui me permet d’affirmer cela avec certitude? Et bien, c’est simple. Il suffit de regarder la carte ci-dessus: on se rend compte que TOUTES les régions dans lesquelles les langues régionales sont importantes ont voté massivement pour Nicolas Sarkozy. Les exemples peuvent être multipliés: en Alsace, où l’on parle l’alsacien comme chacun sait, Nicolas Sarkozy atteint 63,4%! En Corse, où le français n’est connu que d’une minorité d’habitants, 55,9% des votants ont choisi le président sortant! En Polynésie française et en Nouvelle Calédonie, où l’usage même d’une langue fait débat entre les spécialistes, Hollande ne dépasse pas les 40%!

On m’objectera peut-être, avec malice et mauvaise foi, quelques cas contraires à mon analyse. Ainsi la Bretagne, qui vote à 56,3% pour François Hollande, ou le Pays Basque (soyons plus précis: les Pyrénées atlantiques) qui a choisi Hollande à 57,1%. Mais ce sont là des cas très différents de ce qui précède. En effet, dans ces deux régions (pays basque et Bretagne), le français est tellement peu maîtrisé qu’on peut aisément imaginer que les électeurs, ne sachant lire le nom inscrit sur le papier, et ignorants des véritables enjeux de la campagne, aient mis dans l’enveloppe un des deux bulletins, au hasard -d’où les résultats incohérents que l’on relève aujourd’hui.

Quoi qu’il en soit, les choses sont désormais claires: l’usage d’une langue régionale entraine, presque mécaniquement, un vote pour la droite. Je crois qu’il y a là matière à réflexion pour le président nouvellement élu. En effet, on sait que les campagnes de réélection sont toujours difficiles. Si le nouveau président veut donc durer plus d’un mandat, il aura tout intérêt à renforcer l’enseignement de la langue française en primaire, en particulier dans les régions reculées mais, également, partout en France.

François Hollande a dit vouloir faire de la jeunesse et de l’éducation la priorité de son mandat: l’analyse du vote du second tour lui donne, rétrospectivement, totalement raison.

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14 Commentaires

Classé dans Collectisme, politique

14 réponses à “Mon analyse de la victoire de François Hollande:le poids des régions

  1. Aude

    Tu vis au XIXeme siècle ? L’électricité, le TGV ou le français sont déjà arrivés en Bretagne et au Pays Basque. Il faut d’ailleurs noter que la Bretagne est l’académie où les résultats scolaires sont les meilleurs du primaire à l’université.
    Quand aux régions reculées ??? affligeant !

    • On se tutoie ? Soit, Aude. Tu ne m’en voudras pas de te rendre la pareille.
      « L’électricité, le TGV ou le français sont déjà arrivés en Bretagne et au Pays Basque. » Oui, et alors ? Au Sénégal aussi, que je sache (à part le TGV), et l’illettrisme y est désastreux.
      « la Bretagne est l’académie où les résultats scolaires sont les meilleurs du primaire à l’université. » Cela démontre simplement le niveau catastrophique des enseignants, en sus des élèves. Pas de quoi être fier : le bac est bradé dans les DOM-TOM (tu devrais assister à un de mes TD pour entendre le niveau de français de mes élèves antillais), il doit certainement l’être en Bretagne.

      • Francis Artois

        Maître Bloch-Ladurie, je crois que vous vous emportez et que vous généralisez un peu : certes le niveau scolaire est globalement plus faible dans les DOM-TOM, mais de là à dire que tous les antillais sont nuls, vous allez trop loin. En revanche, je vous suis sur la Bretagne: très franchement, j’ai beaucoup de mal à comprendre ce qu’ils disent, surtout quand il utilisent leur patois

  2. gluten

    Monsieur vous avez une méconnaissance du monde en général qui me sidère …
    Quand à la maîtrise du français .. vous m’expliquerez peut être en quoi un gentilé peut être associé à une langue , surtout lorsqu’elle utilise le même alphabet … mauricio utrillo se lit de la même manière en suédois , allemand , breton, basque ou turc .

    • « Maurice Utrillo, né Maurice Valadon le 26 décembre 1883 à Paris 18e et mort le 5 novembre 1955 à Dax, est un peintre français », comme le dit une encyclopédie célèbre que les lois du copyright m’interdisent de citer in extenso. Il se lit donc Maurice en suédois, allemand, breton, basque et turc, et non pas Mauricio. Ravi d’avoir pu dissiper un tout petit peu ce malentendu entre nous.

  3. Benoît Henry

    Cher Mr Bloch-Ladurie,
    j’adhère sans réserve à vos propos sur les dégénérés peuplant nos provinces. Je propose, tels les hygiènistes du XIXeme siècle, d’effectuer des mesures anthropométriques à large échelle pour déceler les individus suspects (front bas, trop faible écartement des sourcils… signes indubitables de débilité mentale), ceux-ci devant être impitoyablement rayés des listes électorales, pour ne garder que les citoyens éclairés. Fin du suffrage universel, m’objecterez-vous, certes, mais pour le bien de la Nation.

    • Votre proposition est sans doute excessive – comment discerner le « trop faible écartement des sourcils » d’un authentique attardé mental, et celui d’un journaliste talentueux comme Emmanuel Chain ? Elle a néanmoins le mérite de poser à nouveaux frais une question toujours pertinente : peut-on donner le droit de vote à ceux dont le patrimoine génétique est bien trop faible ? Comment se fait-il que les trisomiques 21, ou les enfants de Nadine Morano, puissent être inscrits sur les listes électorales ?

  4. Robbie

    Non mais dis donc espèce de sale con, tu te prends pour qui pour insulter ainsi les Basques et les Bretons?
    les Français, surtout ceux comme toi, sont bien connus partout dans le monde pour se prendre pour bien plus qu’ils ne sont, et il n’y a que vous pour vous croire supérieurs aux autres, le reste du monde n’a rien à battre de la france.
    Nous, les Basques et les Celtes, on était là avant votre civilisation latino décadente, comme les Berbères, avant Dieu et les religions, et on sera toujours là quand vous aurez disparu, bande de crétins infatués, compris espèce de curé républicain de mes deux?
    Bientôt tu obéiras à tes maîtres asiatiques (qui sont bien plus intéressants que les nazes d’européens), nous nous avons toujours su nous adapter.

    Espèce de nazillon socialo traître à la manque

    • Cher monsieur
      je vous trouve un petit peu excessif dans votre jugement, et pour tout dire un tout petit peu grossier -excusez moi de vous le dire.
      Tout d’abord, parler de Celtes pour la Bretagne est fort excessif, puisque cette région comporte d’autres ethnies (quelques normands, des francophones dégénérés) qui ont leur propre patois. Quant aux Basques, rien ne dit qu’ils étaient là avant l’arrivée des latins. En bon historien, je vous dirais: quelles sont vos sources?
      Enfin, je ne vois pas très bien le rapport avec les Asiatiques : suggérez vous que le vote asiatique a pesé dans la balance pour la victoire de Hollande? Ce serait une suggestion très intéressante. Je vais regarder de près les résultats du 13e arrondissement de Paris (le « Chinatown » de la capitale) et je vous ferai part de mes conclusions
      bien à vous
      F. Bloch-Ladurie

  5. Mon cher Albert

    Et bien, dites moi, quel régal cet article!!! Tout d’abord les mathématiques… Selon vous « on se rend compte que TOUTES les régions dans lesquelles les langues régionales sont importantes ont voté massivement pour Nicolas Sarkozy. » pour finalement en citer 2 en métropole qui on voté à droite et deux autres qui on voté à gauche… L’outremer me direz vous!!! Oui, effectivement, Mayotte, St Barthélémy (vous les aviez oublié!), la Nouvelle Calédonie et la Polynésie on majoritairement choisi l’UMP. Les 7 autres territoires ou départements on choisi le PS (source http://www.rciparis.fm/Presidentielle-2012-le-vote-Outre.html ). Si le niveau de Français en Bretagne ou au pays Basque laisse à désirer, que dire de celui de mathématiques dans votre région de naissance…
    Pour finir, votre maîtrise de l’esquive et élevée au rang d’art. Je vous en félicite! En effet, vous éludez les remarque qui vous son faites en ne relevant que, ici, la petite inexactitude, là la faute d’orthographe, procédé si habile que les plus grands orateurs l’utilisent depuis l’antiquité.
    Ne voulant vous flatter outre mesure, j’achève donc ma modeste contribution en vous disant combien ma liste de favoris s’illumine de l’ajout de votre blog. Soyez en sûr, je reviendrai sourire à votre lecture.

    • Mon cher Albert,
      Merci de votre commentaire qui, contrairement aux autres, ne donne pas dans l’invective. Il est vrai que mon analyse comporte certaines imprécisions mineures, c’est pourquoi j’ai préféré ne pas la soumettre au comité de rédaction de la Revue française de science politique, et la publier sur ce blog. Elle est destinée à susciter le débat : voilà qui est fait ! Par ailleurs, ne m’en voulez pas de corriger certaines fautes de français de mes commentateurs : je considère qu’il s’agit là d’une des tâches de l’enseignant que je suis. Bien cordialement,
      FBL.

  6. Mon cher Albert

    Aïe, l’heure tardive a du avoir raison de quelques troisièmes personnes du pluriel…
    Vous m’en voyez contrit.

  7. Une Honte !
    Comment aujourd’hui penser cela de la Bretagne et du pays basque. Je suis breton donc je vais prendre cet exemple. Je n’ai peut être que 16 ans, mais je suis fier de mes racines comme tant d’autres.
    Mais pour preuve que le français est parlé, avec aisance en Bretagne je pourrais vous citez des noms de personnalités connues, comprises par toutes et tous, nés en Bretagne :
    Tout d’abord les ministres :
    Jean-Yves Le Drian : ex-maire de Lorient, ancien président de la région Bretagne actuellement ministre de la défense
    Marylise Lebranchu : député de Morlaix, ministre en charge de la décentralisation et des collectivités territoriales
    Benoit Hamon : ministre délégué à l’économie sociale et solidaire.
    Parlons aussi d’artistes :
    François-René de chateaubriand : écrivain
    Yann Tiersen : musicien
    Et j’en passe !
    On pourrait tout aussi bien parler de personnalités influentes :
    PPDA : journaliste
    Michel-Edouard Leclerc (PDG du groupe Leclerc)
    On peut tout aussi parler d’entreprises qui ont placé leur siège social en Bretagne :
    Les hôtels B&B
    Le Groupe Bolloré
    Le Groupe Yves Rocher
    Ou encore dans le secteur alimentaire (Doux, Entremont, …)
    Peut-on parlé de région arriérée ?
    Enfin parlons économie, la Bretagne est la 7ème région la plus riche de France. Rennes, capitale de région, était en 2011 la première ville de province, et troisième de France, pour la production de richesse par habitant.
    Je pourrais continuer …

    Enfin je tiens à signaler que le Breton n’est parlé que par 206 000 habitants sur les cinq départements de la Bretagne historique (y compris Loire-Atlantique dont le siège départemental ce situe à Nantes), Bretagne historique où vivent plus de 4 millions d’hommes et de femmes. 16 000 habitants d’IDF parlent le breton. Sachez que nous sommes fiers de cette langue, car elle est un gage de culture.

    Face à une image de région dépassée, véhiculée par certains médias, la Bretagne recèle de talents, de richesses, de cultures. Je l’admets la distance en Paris-brest est conséquente puisqu’elle est de 5h en TGV et d’un peu plus de 600km alors que la distance Paris-Toulon s’effectue en un peu plus de 2h30 alors que la distance est de 840 km.

    Je pensais que votre statut de professeur à Sciences Po vous permettrai d’éviter de tomber dans les clichés les plus stupides, mais non! Dommage pour vous !

    Pour en finir avec l’insulte que vous nous faites, il est dans la tradition bretonne de voter pour le social, autrefois attachés aux valeurs sociales de Charles De Gaulle, les bretons votaient massivement pour cette « droite sociale et humaniste ». Or, face à la tentative de droitisation de l’UMP, le PS à réussit à récupérer cet électorat et cela depuis plusieurs années.
    Monsieur, face aux propos que vous tenez, je ne peux que désapprouver !

    • Cher Quentin,
      Votre ironie et votre second degré ne parviendront pas à masquer les faits : peuplée d’alcooliques et de paysans, la Bretagne est bel et bien l’une des régions les plus arriérées de France, n’en déplaise à Michel-Edouard Leclerc et à Benoît Hamon. Je vous donne rdv à la terrasse du café de Flore, dès que vous aurez quitté votre province, pour en discuter plus longuement. Cordialement,
      FBL

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