Georges-Guy Lamotte : un parcours (3. Vers l’union de la gauche)

Je poursuis le « digest » de mon dernier ouvrage, pour ceux d’entre vous qui se demanderaient encore pourquoi la vie de Lamotte doit passer à la postérité. Après « Naissance d’un destin politique », voici le troisième épisode. Je vous rappelle tout de même que vous êtes priés de courir à la librairie la plus proche acheter l’ouvrage complet.

Lamotte coule avec Jacqueline Laval – dite Jackie en raison de sa ressemblance avec la femme de J.F. Kennedy – des jours heureux, entre Paris et Limoges. Son activité de conseiller général l’occupe sans relâche jusqu’à ce funeste mois de mai 68. Funeste, car pour Lamotte, il se déroule entre les murs d’une chambre d’hôpital, après qu’il a reçu un pavé sur le crâne au début des « évènements ». Poursuivi par les sicaires gaullistes, qui reconnaissent en lui un (futur) dirigeant de la gauche, Lamotte prend la fuite et saute dans un avion pour le Portugal. Il y restera quelque temps, goûtant un repos mérité dans la torpeur lusitanienne, et écrivant, toujours. De cette époque date son fabuleux projet de tragédie-ballet en 9 actes, Antigone et Salazar. Hélas, la maladie de son père le rappelle en France, et celui-ci meurt dans les bras de son fils éploré.

S’ouvre alors une période d’abandon, en pleine « année érotique », durant laquelle il découvre des plaisirs insoupçonnés de l’amour libre. Par une ironie de l’histoire dont il devient coutumier, le militantisme politique revient à lui : il est contacté par la Gauche Prolétarienne, dont il devient l’une des éminences grises, pour infiltrer la Convention des Institutions Républicaines de Mitterrand. Fin politique, Lamotte parvient à ses fins tout en délaissant les maoïstes, qu’il dénonce aux autorités dès la promulgation des lois Marcellin.

Dans les années qui suivent, Georges-Guy Lamotte est le principal – sinon le seul – artisan de l’union de la gauche. Laissant de côté les questions de doctrine, qui aboutissent toujours à d’inutiles blocages, il entreprend notamment de rassembler Marchais, Mitterrand et leurs conseillers respectifs, le temps d’un week-end dans un Relais & Chateaux. À cette « petite sauterie » sont conviées une cinquantaine de personnes. Outre Lamotte, Mitterrand et Marchais, on note la présence de quelques figures de la vie parisienne : Régine, Henri Krasucki, Waldeck Rochet, Michel Sardou qui s’occupe de l’animation musicale, Charles Hernu, Dalida, Pierre Joxe, Henri Emmanuelli, Fernande Grudet (dite Madame Claude) et ses trente danseuses… Jamais avare en petites attentions, Lamotte a pensé à déposer dans chacune des chambres des invités politiques (surtout les communistes) une enveloppe kraft demi-format contenant un « per diem » pour les rembourser de leurs faux frais. Hélas, tous ces efforts sont dépensés en vain : sur le moment, Mitterrand se montre peu enclin à négocier, et les communistes crient au scandale lorsque les danseuses de Mme Claude entreprennent de les dérider.

Le programme commun est adopté après plusieurs mois de négociations laborieuses, et Lamotte se retire en Haute-Vienne où, devenu président de conseil général, il fait de son département un laboratoire politique : « bouclier bestial » pour les éleveurs bovins, « taxe azote » sur les cultivateurs… Son talent s’emploie comme il peut, mais il manque fort à François Mitterrand, en 1974, lorsque celui-ci est lamentablement battu par Valéry Giscard d’Estaing. Sept ans d’opposition commencent pour la gauche. C’est le moment que Lamotte choisit pour une reconstruction de longue haleine de la pensée socialiste. Ce sera : le collectisme.

La suite : 4. L’invention du collectisme (1974-1981)

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Classé dans Collectisme, Georges-Guy Lamotte, politique

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