Georges-Guy Lamotte : un parcours (4. L’invention du collectisme)

Quatrième épisode de la courte notice sur Georges-Guy Lamotte. Aujourd’hui, les années 70-80.

Après l’échec de Mitterrand en 1974, Georges-Guy Lamotte comprend que l’heure n’est plus aux fadaises de l’union de la gauche, de la révolution et autres réformes économiques. Seul de son temps, phare dans la nuit, il estime qu’il faut, d’abord et avant tout, refonder la pensée même du socialisme, qui s’appuie encore, en cette fin de XXe siècle, sur des idées élaborées par un certain Marx plus de 100 ans auparavant.

La pensée de Lamotte a un nom: le collectisme. Que n’a-t-on dit sur le collectisme ! L’un de ses plus fervents adversaires, Emmanuel Lévinas, y a vu ressurgir la « bête immonde que l’on croyait endormie »[1], quand, au contraire, le jeune Redecker y a identifié « une bougnoulerie de plus »[2] ! Il faut dire que l’accumulation des commentaires et des commentateurs, l’intégration du collectisme dans les programmes scolaires du secondaire dans la nouvelle réforme promue par Richard Descoings, et la republication récente d’extraits dans Femme actuelle[3] n’ont pas contribué à dépassionner le débat.

Soyons synthétiques. À la base de toute la philosophie collectiste, une idée révolutionnaire : l’homme est fait pour être heureux. De cette fondation découlent toutes les démonstrations contenues dans le véritable manifeste paru en 1975 et intitulé Le collectisme : vers un nouveau contrat social[4]. En premier lieu, Lamotte affirme sans ambages qu’il faut faire « cesser les guerres », et notamment condamner « sans appel » celles dans lesquelles sont impliquées des enfants, qui, souvent, ne l’ont pas voulu. D’un point de vue économique, le collectisme dénonce le scandale de la pauvreté et estime qu’il n’est, la plupart du temps, pas normal que des gens meurent de faim, et soutient l’idée selon laquelle plus personne ne doit mourir de froid. Cependant il n’accuse pas unilatéralement l’un ou l’autre, et en appelle à la responsabilité de tous. Pour ce qui est des questions de société, Lamotte propose une nouvelle solidarité, basée sur le respect des aînés mais aussi des plus jeunes, inventant à cette occasion le slogan « Ne touche pas à mon ami », une société dans laquelle la politesse est respectée, les vols fermement punis et le crime abhorré.

La philosophie collectiste fait, on le comprend, grand bruit. Un jeune philosophe, Bernard Henry-Lévy, fait alors des pieds et des mains pour rencontrer son idole, ce qui finit par se produire en mai 1977, une photo très célèbre immortalisant l’instant (ci-contre). Mais Lamotte ne se contente pas de fréquenter les milieux intellectuels de Saint-Germain des Prés: la même année, en septembre 1977, il devient, à 48 ans, le plus jeune sénateur de France, grâce à l’appui et à l’admiration de tous les élus socialistes. Lors de son mandat, il s’attaque violemment à Giscard d’Estaing « le diamantaire », et propose une loi, appelée Loi Lamotte (1978) proposant l’abolition de la peine de mort -et son remplacement par des châtiments corporels.

Pourtant, il est déçu par Mitterrand, et refuse de faire la campagne de 1981. Et, lorsque ce perdant professionnel finit par gagner l’élection, Lamotte a déjà d’autres préoccupations: il s’est lancé dans les affaires.

 

La suite : 5. De Tapie à l’Académie (1981-2000)

 


[1]             Emmanuel Lévinas, Différemment de soi : les enfants d’Hitler ou le complexe de l’autoroute, Paris, Allia, 1994.

[2]             Cf. Le sport est-il inhumain ?, 2008, éd. du Panama, Paris, p. 138.

[3]   Cf. la série de dossiers spéciaux publiés dans Femme actuelle en mai 1999-décembre 2001.

[4]             Georges-Guy Lamotte, Le collectisme : vers un nouveau contrat social, Paris, Le Seuil, 1975.

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8 Commentaires

Classé dans Collectisme, Georges-Guy Lamotte, politique

8 réponses à “Georges-Guy Lamotte : un parcours (4. L’invention du collectisme)

  1. Qu’il est sympathique et visionnaire, ce G-G.L. !

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