Georges-Guy Lamotte : un parcours (5. De Tapie à l’Académie)

Le parti socialiste, parvenu au pouvoir, laisse complètement tomber Georges-Guy Lamotte. Après avoir tenté plusieurs mesures de rétorsion (sabotage de l’accord PS-PCF, publication d’un journal satirique, fondation du Parti Démocrate), il finit par se rendre compte que les années 80 verront bientôt la fin de l’histoire, et que l’avenir est au business. Il crée donc la société Lamotte conseil, pour faire fructifier son réseau de relations au plus haut de l’Etat. C’est d’ailleurs grâce à lui qu’un jeune écervelé plein d’énergie, Bernard Tapie, réalise ses plus belles opérations. Lamotte est en effet devenu son mentor, et ne tarde pas à enseigner dans les « écoles Bernard Tapie » que l’affairiste marseillais ouvre partout en France. Il excelle dans les cours de leadership et de proactivité – la photo ci-contre le montre en pleine séance de TD sur les « value-adding opportunities ».

Les deux hommes se brouillent pourtant à l’occasion d’une dispute sur leurs goûts musicaux respectifs. Retournant aux valeurs sûres, Lamotte décide alors de racheter une mine de Lorraine : « en France, on n’a pas de pétrole, mais on a du charbon ! ». C’est, il faut le dire, un échec cuisant : l’application des principes collectistes se heurte à l’incompréhension des mineurs. Le remplacement des 3×8 par le 2×72 (2 jours de repos, 72h de travail en continu) est vivement contesté, d’autant plus que quelques accidents regrettables endeuillent la mine, au même moment. Lamotte arrête là une aventure trop coûteuse, et revient à la lutte politique.

En effet, l’histoire, une fois de plus, le prend par la main : il est entraîné par sa fille dans le mouvement étudiant contre le CIP. À 64 ans, il en est le doyen, et respecté comme tel. Profitant de son nouveau magistère sur la jeunesse française, il fonde l’association « GGL attitude », qui ouvre dans les quartiers déshérités des « GGL Houses », lieux de vie et de rencontres socio-culturelles. Un article diffamant du New York Times, et les accusations infondées du groupe de rap NTM, finissent pourtant par venir à bout de cette belle initiative. L’histoire retiendra que, malgré quelques dérives (trafic de drogue, détournements de fonds), une fois de plus, ceux qui se bougent pour la banlieue furent défaits.

Définitivement dégoûté de ses contemporains, Lamotte se retire dans sa propriété berrichonne, et se consacre à l’écriture, après avoir fait le deuil de sa femme, qui meurt d’un cancer en août 2000. Son œuvre, déjà prolifique, est jusque là restée en-deçà de la véritable littérature. C’est à elle qu’il songe en écrivant, en compagnie de sa muse, Samantha (sa petite fille), Le grand-père et la mulâtresse. Un roman-fleuve (1953 pages) voit alors le jour. Les quelques lignes qui suivent donneront l’occasion au lecteur de mesurer à quel point le style de Lamotte n’a rien à envier aux plus grands auteurs français :

« Pluies. Vents. Chaleurs. Ton corps. Le soleil. Sables. Mouvants. Émouvants. Et. Mouvants. Mous. Vents. Moues. Ventes ? Moites. Chaleurs. Peaux. Effleure. Fleur. Ta fleur. Mes fleurs. Gonfle. L’ardeur. Des odeurs. Désirs. Je meure. » (p. 236)

« Elle est là elle est plus loin dans ma tête juste après ça tourne pourquoi ici-bas j’ai trop chaud ça coule dans ma tête comme la sueur sur ma joue c’est humide l’eau qui coule ça a un goût de sel pas le goût de la mort mais c’est comme la nuit la nuit c’est beau toutes les lumières qui brillent là moi j’aime les petits points qui brillent ça me rappelle Noël elle me touche la jambe j’ai chaud je jouis je suis sur la lune et je me regarde d’en haut je suis tout petit un point dans la nuit ça coule sur ma jambe. » (p. 1456)

« Et pourtant je me rendais compte que son absence même, alliée à la douce odeur des lentilles vertes et à la saine présence de sa mère, sa mère qui sous couvert d’une juste colère, gardait une sensuelle distance mais restait prête à l’amour, cet amour bien loin de me contenter et de satisfaire mes sens tendus, exacerbés, punis de leur vigueur, son absence, donc, excitait un irascible désir que je ne pouvais que, dans le cas où je pensais que, à sa différence, c’était vrai, contenir non sans une pénible et délectable souffrance, et me poussait à me recoucher. » (p. 2)

Ne reste plus à Lamotte qu’un pas à franchir pour rejoindre la postérité : prendre place parmi les Immortels, à l’Académie.

La suite : 6. Le crépuscule (2000-2007)

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