Faudra-t-il bientôt s’excuser d’être blanc ?

Ce matin, la « une » de Libération dénonce « les cabinets blancs de la République ». Surpris par cet étrange jeu de mots, je me penche par-dessus l’épaule de mon voisin de métro, parcourt l’article en pages 2-3, et découvre le procès que Libé intente au gouvernement Ayrault : certes, quelques ministres « issus de la diversité » ont été recrutés, et les femmes ne sont plus minoritaires, mais dans les cabinets ministériels, le profil dominant reste le même :masculin, haut fonctionnaire, et blanc.

Accordons à Libé le bénéfice du doute : cet article part très certainement d’une bonne intention. Comment, en effet, ne pas se scandaliser de la très faible présence transsexuelle parmi les élus de la République, comme je l’avais déjà remarqué ? Pourquoi nos gouvernants ne sont-ils conseillés que par des technocrates interchangeables ? Voilà des questions raisonnables, auxquelles des réponses raisonnables peuvent être apportées : recruter davantage d’universitaires en science politique au sein des cabinets ministériels, par exemple (à la place des énarques).

Mais il y a tout de même un problème majeur dans cette logique : faudra-t-il bientôt s’excuser d’être blanc, lorsqu’on a du pouvoir ? Faudra-t-il se faire pardonner d’être un homme, lorsqu’on occupe une position institutionnelle prestigieuse ? Devrai-je renoncer, moi qui suis à la fois homme, blanc, et quarantenaire, à mon poste de professeur à Sciences-Po au nom de la promotion de la diversité ? Et quoi encore ? Introduire des quotas pour les Noirs à l’université et dans les administrations, tant que nous y sommes ! Et intenter des procès aux employeurs qui ne recrutent que des hommes, pourquoi pas ! Ou encore : retirer leur autorisation administrative aux boîtes de nuit qui refusent de laisser entrer les Arabes ! Devant un tel déchaînement de violence, on comprend les réactions outrées d’un Zemmour, cherchant à protéger les « hommes blancs » d’une guerre ethnique larvée qui ne dit pas son nom.

On le voit : le problème des discriminations ethniques mérite mieux. Commençons par agir sur les leviers qui sont à notre portée : offrir aux femmes un accès privilégié aux cabinets ministériels, via des emplois d’assistantes, par exemple. Ou encore recruter des chargés de mission issus de l’immigration dans des domaines qui les intéressent : intégration, délinquance, pratiques culturelles alternatives. La République évolue doucement et sûrement vers davantage de diversité. Mais, comme le disait Lamotte : encore faut-il laisser du temps au temps.

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