Dépénalisons la cocaïne

Il m’est arrivé de fumer du cannabis. Car, oui, au risque de surprendre mes lecteurs, qui m’imaginent sans doute mener une vie d’ascète, uniquement occupée à compulser des archives et à écrire tard dans la nuit, je dois avouer qu’il m’arrive de m’amuser: souvent, avec quelques amis, je n’hésite pas à rencontrer le peuple et à  sortir le soir dans des bouges interlopes (Le Balto, Le Sporting, ou encore le Bar des Sports).

Or, un soir de 1999, du temps où il était encore permis de fumer dans les lieux publics, j’étais accoudé au comptoir d’un de ces lieux de débauche en compagnie de quelques amis, vidant des pintes de bière tiède. Lancé dans une explication magistrale de ce qu’allait être le bug de l’an 2000, et des conséquences géopolitiques qu’il ne manquerait pas d’avoir, je ne remarquai pas que le plus facétieux de mes compères avait remplacé l’une de mes cigarettes roulées par une toute autre substance. Après quelques bouffées, je perdis le fil de mon argumentation. Quelques minutes plus tard, je m’endormis pesamment sur le comptoir, et je ne me réveillai que le lendemain, vers 15h, une grosse bosse au front. Mais je ne suis pas de ceux qui se laissent si facilement abattre : après quelques heures de réflexion, j’appelai un de mes amis consultants sur son bi-bop, et lui demandai de m’apporter quelque médicament qui puisse faire passer mon engourdissement. Il arriva vers 22h, avec une bouteille de whisky.

« – Ecarte ça de ma vue, Jean-Jérôme ! J’ai déjà trop mal au crâne.

– Non, ça, c’est pour ma consommation perso. Toi, prends plutôt ça. »

Et il me tendit un sachet de poudre blanche que je dus absorber par les narines. Dans le quart d’heure suivant, j’étais debout, lavé, habillé, et prêt à faire la fête toute la nuit – ce que nous fîmes, en vidant quelques bouteilles dans un rade de Pigalle où il avait ses habitudes, et où la tenancière tolérait qu’un client (probablement diabétique) se fasse en public des piqûres dans le bras et le pied.

Quelle leçon tirer de cet épisode ? Le cannabis est un dangereux ennemi pour l’homme entreprenant et travailleur, qui refuse de s’abrutir le cerveau en fumant je ne sais quel mélange coupé au goudron. Il suffit de corriger des copies de première année de licence – une population parmi lequel cette drogue fait des ravages – pour en constater les effets délétères.

En revanche, la cocaïne, qui – soyons honnêtes – est déjà largement répandue dans les segments les plus productifs du marché du travail (banque d’affaire, conseil, cabinets ministériels, show-biz), doit être dès maintenant dépénalisée. Elle rend en effet de fiers services à ceux qui travaillent dur et ne rechignent pas à la tâche.

Je mesure ce que la proposition de Cécile Duflot a de démagogique : elle compte s’attirer les faveurs des jeunes. Je sais ce qu’il en coûterait au gouvernement de promouvoir un changement radical de politique, qui en l’occurence, ne satisferait qu’une clientèle électorale plutôt droitière. Mais il faut faire le choix de l’avenir : s’il y a une drogue à dépénaliser, c’est d’abord la cocaïne.

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9 Commentaires

Classé dans Divers, politique

9 réponses à “Dépénalisons la cocaïne

  1. Citizen Kohn.

    Un avis éclairé ?
    Quoi que vous consommiez, par quelque voie que ce soit,
    y compris celle que la décence interdit de nommer ici,
    comme disait si bien le Sâr Rabindranath Duval,
    avatar du regretté Pierre Dac, il importe déjà
    de ne rien sacrifier à la qualité du produit !
    Après, non seulement la dose fait le poison
    mais, la vie étant injuste (le mage Hardi Sonn),
    chacun(e) est inégalement exposé(e) aux effets
    de ses drogues. Il ne faudra donc pas se plaindre
    des yeux rouges aux drôles de pupilles ni, pour l’adepte
    de l’extrait végétal ici vanté, de miter ses cloisons nasales
    jusqu’à ressembler à ce chanteur et danseur au nom de pain
    en tranches, qui a beaucoup popularisé la culture zombie.

  2. trop con, trop nul un danger pour la civilisation

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  6. c’est de la folie que ce laxisme…ainsi les drogués se drogueront à l’extérieur et ensuite ils iront dans ces maisons de shoot…Abêtir au maximum les gens? Enfermés dans leurs délires est-ce qu’ils seront aptes à avoir un jugement logique vis à vis des politiques? Non! est-ce voulu?

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  8. jphy

    on voit tout de suite que vous n y avez pas touché, on prescrit des antidépresseurs a outrance qui font de la populations des personnes ou les sentiments ne sont présent qu a moitie mais comme c le médecin qui vous le prescrit c correct pour vous, mais ces médicaments sont aussi pire voir plus néfaste sur certain point que la coke, arrêter de parler de ce que vous ne savez pas.

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