Faut-il faire confiance au patriotisme des patrons ?

David Cameron a récemment déclaré, en marge du sommet du G20, que lorsque la France mettra en place la dernière tranche d’imposition sur le revenu à 75%, le Royaume-Uni « [déroulera] le tapis rouge et [accueillera] plus d’entreprises françaises ». On voit le raisonnement : si les chefs d’entreprise sont victimes d’un impôt confiscatoire (du moins, qu’ils estimeraient comme tel), ils s’exileront. Et Bernard Cazeneuve de répondre en affirmant que les patrons français sont des « patriotes », qui préféreront donc l’intérêt de la nation à celui de leur portefeuille.

Jean-Marc Ayrault avait déjà eu recours à cet argument à propos des salaires des dirigeants d’entreprises publiques : pour justifier l’échelle de 1 à 20 entre le salaire le plus faible et le le plus élevé, le Premier Ministre avait alors fait appel « au patriotisme des dirigeants, qui peuvent comprendre que la crise suppose l’exemplarité des élites politiques et économiques »

On pourra se gausser de ces belles intentions, qui font fi de la cupidité sans bornes des capitaines d’industrie. On ironisera, sans doute, sur la faiblesse des marges de manœuvre dont disposent les politiques face aux chasseurs de têtes qui recrutent les dirigeants les plus capés à prix d’or. Pourtant, deux arguments méritent d’être pris en compte.

En premier lieu, si les salaires sont plus élevés à Londres qu’à Paris, du moins les conditions de travail sont rarement les mêmes. Sans parler des 35 heures ou des pauses-cafés (beaucoup plus fréquentes et plus longues en France qu’au Royaume-Uni, selon l’OCDE), on peut s’en rapporter au témoignage des étudiants qui vont effectuer quelques mois de stage dans la perfide Albion : ils en retiennent, avant tout, l’état déplorable des cantines inter-entreprises, ainsi que l’obligation absurde de fêter chaque résultat commercial par de longues séances de binge drinking, dès 17h, dans des pubs sordides qui diffusent une musique barbare. Quelles perspectives alléchantes pour les dirigeants français, dont on connaît le bon goût et les bonnes manières…

En second lieu, observons les performances des entreprises du CAC 40, et les bonus que touchent leurs P-DG, sur les 10 dernières années. Une tendance nette se dégage : ceux qui touchent les rémunérations les plus élevées sont les patrons des entreprises qui dégagent le moins de marges. Autrement dit : les moins compétents sont les plus cupides ! Nous pouvons donc envisager sans problème qu’ils s’installent dans un cottage pluvieux à Manchester ou à Sheffield, et confier leur poste à leur n-1.

Plutôt que de faire confiance au sens de l’intérêt général, que les patrons ignorent, il faut donc continuer de mettre en œuvre une fiscalité réellement redistributive, et améliorer encore les conditions de travail au sein des entreprises françaises. La relance est à ce prix.

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