Comment faire plier Angela Merkel

Les développements récents de la crise de la dette menacent l’existence même de l’Europe. Comme je l’ai déjà expliqué à de nombreuses reprises, le sauvetage public des institutions privées gorgées de « junk bonds » et autres crédits douteux, n’a eu qu’un résultat : menacer la zone euro en confiant le fardeau de la dette aux Etats. Depuis, la spéculation fait rage, et les gouvernements européens sont engagés dans une dangereuse course à l’austérité, qui menace de faire entrer toute l’Union européenne en récession. Il faut donc, comme François Hollande a fini par le comprendre, après que de nombreux amis communs lui aient adressé mon message, favoriser les conditions d’une reprise de la croissance. Mais sans perdre de vue l’objectif de réduction des dépenses publiques. Or, les marges de manœuvre du gouvernement sont d’autant plus étroites que l’Allemagne refuse avec insistance tout fédéralisme budgétaire européen : « Moi vivante, il n’y aura pas d’eurobonds », a déclaré Angela Merkel. Dans ces conditions, que faire ?

Passé un premier mouvement d’humeur, aisément compréhensible, il faut écarter la première solution envisageable : se débarasser de la chancelière allemande en la faisant assassiner par les services secrets. Cela pourrait porter atteinte aux relations diplomatiques entre nos deux pays, voire – horrresco referens – encourager la multiplication d’actes similaires à l’endroit d’autres dirigeants européens. À l’intérieur de la zone euro, la violence armée n’est pas une solution – à l’extérieur, c’est l’une des meilleures.

Reste à convaincre Mme Merkel de changer d’orientation et, le cas échéant, à faire pression sur elle. Ici, un peu d’histoire s’impose. Angela Merkel a contribué, en 2000, à un ouvrage collectif de réflexions politiques que l’un de mes étudiants de Sciences-Po a eu l’obligeance de me traduire : Europa und die deutsche Einheit. Zehn Jahre Wiedervereinigung: Bilanz und Ausblick (L’Europe que nous voulons. De la réunification à la domination allemande sur le reste du monde). On y apprend notamment qu’en 1990, celle qui n’était alors qu’une obscure ministre du gouvernement Kohl redoutait que la réunification allemande n’aboutisse à un désastre, et que la RDA ne recouvre son indépendance. On y lit notamment : « Die DDR ist der Bundesrepublik am 3. Oktober 1990 als Demokratie und Rechtsstaat und nicht als eine in Auflösung befindliche Diktatur beigetreten », autrement dit : « la RDA est, historiquement, une dictature, qui ne rentrera dans le giron de la République fédérale que par la force. » Ce que redoute Angela Merkel, plus que tout, c’est donc une sécession de l’Allemagne de l’Est, qui déclarerait à nouveau son indépendance.

La conclusion est claire et nette : une sortie de crise possible, pour François Hollande, consiste à encourager les séparatistes est-allemands, de manière à menacer la souveraineté de la chancellerie sur son propre territoire. On me répondra que, depuis 1989, peu d’Allemands de l’Est sont tentés par un retour à la RDA. C’est ici qu’il faut se montrer offensif : proposer, par exemple, des fonds européens à destination des seuls Länder d’Allemagne de l’Est, à l’exclusion de ceux de l’ancienne RFA. Ou encore, organiser à Berlin une université d’été des partis politiques séparatistes européens (Vlaams Blok, Ligue du Nord italienne, UDB), qui porterait sur les fonts baptismaux une formation politique similaire en Allemagne.

Une fois l’Allemagne séparée en deux, la dirigeante de la néo-RFA, amputée d’un tiers de son territoire, prêtera très certainement une oreille plus complaisante aux propositions qui pour l’instant lui semblent irréalistes. Comme disait Lamotte : « la politique, c’est la guerre, mais en plus soft. »

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7 Commentaires

Classé dans politique

7 réponses à “Comment faire plier Angela Merkel

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  2. Citizen Kohn.

    Ah, vous ne manquez pas d’air mais vous êtes quand même très daté, bien que vous distanciez nettement toutes les propositions déjà entendues et les débuts de solutions appliquées en vain ! Manquerait plus qu’il soit question de réoccuper la rive droite du Rhin ! Non ! Personne ne pense donc à envoyer un chevalier Siegfried à la chancelière Loreleï ? Il faut plus d’amour et d’implication personnelle dans « le couple franco-allemand ». Sans mata-hariser pour autant la liaison : foin des soupçons, des trahisons qui nourrissent la méfiance ! La jalousie n’est déjà que trop présente dans des sphères pourtant privilégiées, qui devraient se montrer exemplaires en temps de crise. Nous avons, semble-t-il, sous la main le profil de choix, désoeuvré depuis son retrait tactique d’une compétition à l’un des postes les plus prestigieux en vogue, économiste hors pair, porté sur la chose et précédé d’une solide réputation donjuanesque, sa mission cadrerait en plus avec l’étiquette romantique attachée à la France. A en croire les milieux informés, une chaîne d’hôtels de tout premier ordre est disposée à prêter son concours et ses suites pour garantir l’intimité qui convient aux premières rencontres. Il n’est que le culte de la discrétion de l’intéressé pressenti et de son entourage qui oppose le dernier obstacle à ce plan audacieux et potentiellement fertile.
    Conjointement.

  3. Votre sens des nuances dans vos traductions de la langue de Goethe est proprement stupéfiant. Vous êtes le digne héritier de cet idéal d’amitié franco-allemande pour 1000 ans porté par le grand disciple de Fernand: Adolf Rathenau von Bismarck zu Stresemann.

  4. gfafet2

    Etant citoyenne de la RDA, comment aurait-elle pu être ministre du gouvernement Kohl avant la réunification?

    • Je vous renvoie à l’article de Wikipedia : « Après la dernière élection à la Chambre du peuple de la RDA, en 1990, Angela Merkel devient porte-parole adjointe du dernier gouvernement de la RDA, dirigé par Lothar de Maizière. En août, du fait de la fusion de DA avec la CDU, elle devient membre de la formation chrétienne-démocrate de RDA. En décembre, elle est élue en mandat direct au Bundestag, dans la circonscription 267. Dans le cabinet Kohl IV, elle est nommée ministre fédéral des Femmes et de la Jeunesse. »
      Cordialement,
      FBL

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