Pour réguler le marché du logement, instaurons la location en nature

Je reprends le fil de ce blog après quelques jours de silence. Que mes lecteurs se rassurent : la soirée de lancement de mon dernier ouvrage, le 28 juin dernier, a été un franc succès. Le cocktail qui l’a conclu a également été un grand moment de convivialité, et je me suis laissé griser, un peu trop peut-être, par le champagne et la compagnie de mes nombreuses admiratrices. Après quelques jours de dégrisement, je reprends le cours normal de mes activités intellectuelles.

Ce matin, ouvrant un journal qui est distribué gratuitement dans les établissements d’enseignement supérieur, je découvre cette annonce : les loyers seront encadrés dans 43 communes. Comme tous les enseignants parisiens, je ne sais que trop, d’après les témoignages concordants de mes étudiants, combien le prix du m² obère les budgets des ménages les plus modestes. Par curiosité, j’ai posé directement cette question, le semestre dernier, à l’un de mes groupes de TD : envisagez-vous d’acheter un appartement dans Paris, dans l’année qui vient ? (J’étais alors sur le point de vendre ma garçonnière dans le VIIe arrondissement.) Pas un étudiant ne répondit par l’affirmative. Pourtant j’étais prêt à consentir une légère baisse sur le prix de vente de mon appartement, moyennant un arrangement en nature avec celle de mes étudiantes à qui je le destinais. C’est alors qu’une idée de génie me frappa, dont je ne comprends pas qu’elle n’ait pas encore traversé l’esprit ingénieux de notre nouvelle ministre du logement. Je la lui soumets sans plus attendre, et j’imagine que vous saurez, chers lecteurs, étayer et affiner cette proposition par vos commentaires toujours pertinents.

Il s’agirait d’offrir aux accédants à la propriété, souvent jeunes et célibataires, la jouissance d’un appartement, en échange de quelques services rendus à son actuel propriétaire. Au bout de quelques années, les « locataires en nature » pourraient racheter, à un prix inférieur à celui du marché, le bien qu’ils occuperaient déjà. On pourrait imaginer par exemple que quelques vieilles dames esseulées, ne possédant rien d’autre que leur deux-pièces et une maigre retraite, profitent de la compagnie de jeunes gens qui feraient leurs courses pour elles. On imagine également sans peine le cas d’un homme d’affaires couronné de succès, ne sachant quoi faire de ses multiples propriétés, qui y installerait quelques protégé(e)s. Ou encore, pourquoi pas, un couple aux mœurs libres, disposant d’un grand appartement place des Vosges, dont les nombreuses chambres accueilleraient des partenaires de logement au gré de leurs envies.

On voit que les déclinaisons d’une telle proposition sont multiples, et qu’elle pourrait rendre service à beaucoup de monde. Une fois de plus, je m’étonne d’être le seul à défendre cette idée de bon sens.

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1 commentaire

Classé dans Divers, politique

Une réponse à “Pour réguler le marché du logement, instaurons la location en nature

  1. Citizen Kohn.

    D’abord, il suffit de se déplacer à contre-courant dans notre beau pays
    pour avoir du mal à compter les volets fermés de maisons campagnardes,
    d’appartements dans les stations balnéaires, voire de gites de montagne.
    Qu’autant d’habitations soient, la plupart du temps, laissées à l’abandon,
    le mot n’est pas trop fort, devrait réorganiser les priorités. En outre, la question
    n’est pas sans incidence sur les statistiques de la délinquance contre les biens :
    une demeure inoccupée est un appel non déguisé au moins à la visiter,
    sinon à la cambrioler ! A ce sujet, le rôle des compagnies d’assurances
    dans l’affaire n’est pas des plus transparents : entre racket et organisation
    du recel à grande échelle mais sans doute leur dossier sera-t-il abordé
    à son heure dans ces colonnes…
    Après avoir donc suggéré un redéploiement plus spatial du marché
    du logement plutôt qu’une simple mutation de la monnaie d’échange
    vers des services à la personne plus humains et sympathiques – au passage,
    pourquoi ces derniers ne seraient-ils pas développés plus généralement,
    et pas seulement conditionnés par la contrepartie immobilière ? -,
    n’est-il pas judicieux de rappeler l’existence d’un droit au logement opposable
    en face de toute mesquine petite objection du marché de l’immobilier ?
    Le moment n’est-il pas venu d’étendre le vieux principe de Droit : « en fait de meuble,
    possession vaut titre » ainsi : « en fait d’immeuble, occupation vaut acte (de propriété) » ?
    Autrement dit, Proudhon aurait-il sa place dans l’interprétation libertaire
    du collectisme ?

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