Que faire du NPA ?

Enseignant passionné, chercheur enthousiaste, je prends, comme chacun le sait, mon métier très à cœur, et je sors rarement des locaux de la rue Saint-Guillaume. Il m’arrive pourtant de délaisser le VIIe arrondissement, notamment lorsque je suis invité à un grand colloque international par d’éminents collègues. C’était encore le cas, il y a quelques jours : le professeur François Bourdon m’avait convié à une journée d’étude de sociologues, dont l’objet exact m’a échappé, depuis – quelque chose comme « déclassement et délinquance : la (re)production étatique de(s) souffrance(s) sociale(s) ».

Je m’y rendis de bonne grâce et, sans écouter toutes les communications, je passai un moment au buffet qui concluait la journée. Toutes les institutions d’enseignement supérieur ne sont pas aussi richement dotées que Sciences-Po : il n’y avait là que quelques bouteilles de jus d’orange et des olives Leader Price. Pour passer le temps, je cherchai à faire connaissance avec quelques participant(e)s : la plupart d’entre eux (elles) étaient sympathiques et chaleureux(ses), malgré leur teint pâle, leurs vêtements défraîchis, et leur calvitie naissante. Ce qui me frappa surtout, dès que la conversation délaissait le terrain scientifique et venait sur celui de la politique, c’était leur forte propension à rejeter en doute tout progrès depuis l’élection de François Hollande. L’une d’entre elles déclara par exemple que « Pour les crédits à l’enseignement supérieur, on peut toujours se brosser » ; un autre affirma péremptoirement que « de toute façon, on va bien se faire enculer par l’ANR ». Heureusement, une chercheuse en études de genre lui cloua le bec, en lui faisant remarquer le caractère homophobe de sa remarque, et en lui assénant un coup de genou dans les testicules « pour l’exemple ».

Revenu chez moi, le ventre vide et la gorge sèche, je réfléchis à l’étroitesse d’esprit de mes collègues sociologues, et finis par appeler un ami chargé de mission à la DCRI. Après quelques minutes de conversation, il m’envoya le listing des adhérents du Nouveau Parti Anticapitaliste à jour de cotisation. Il me fallut à peine une demi-heure de recherches Google pour me rendre compte que, parmi les 230 noms, plus de la moitié étaient chercheurs en sociologie. Tout s’expliquait.

À l’heure où le NPA connaît crise sur crise, et risque de perdre la base militante qui lui reste, quel enseignement tirer de cette constatation ? Il paraît à peu près certain que le mouvement de Philippe Poutou et Olivier Besancenot ne parviendra jamais à être à la hauteur de ses ambitions initiales : créer un « large parti anticapitaliste ». En revanche, les discussions doctrinaires et stratégiques très animées qui y ont cours – on sait que les gauchistes sont toujours enclins à rédiger d’interminables manifestes pour se démarquer les uns des autres – pourraient facilement être converties en projets de recherches de sociologie politique. C’est à peu près ce à quoi travaillent des maisons d’édition comme Agone ou des journaux comme Le Monde Diplomatique, d’ailleurs.

Il est donc temps, chers collègues, d’en finir avec la forme partidaire, et de convertir le NPA en « Nouveau Projet Académique ». Cela vous permettra à la fois de récolter quelques deniers publics pour mener à bien des recherches fructueuses (à n’en pas douter) en sociologie politique, et de recueillir une audience plus large qu’à l’heure actuelle. Plutôt que des meetings, faites des colloques : vous aurez les mêmes participants, mais en plus grand nombre. Et achetez au moins une autre marque d’olives, la prochaine fois.

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3 Commentaires

Classé dans politique

3 réponses à “Que faire du NPA ?

  1. stefz

    Waho, vraiment la grande classe :
    « Revenu chez moi, le ventre vide et la gorge sèche, je réfléchis à l’étroitesse d’esprit de mes collègues sociologues, et finis par appeler un ami chargé de mission à la DCRI. Après quelques minutes de conversation, il m’envoya le listing des adhérents du Nouveau Parti Anticapitaliste à jour de cotisation.  »
    Alors comme ça, vous connaissez quelqu’un à la DCRI, et il vous communique des infos nominatives, comme ça ?
    Et vous les prenez comme ça, sans questionnement ?
    Vous êtes sociologue ?
    Ou bien travaillez-vous pour cette officine d’Etat ?
    Je vous conseille de lire le dernier bookin de David Dufresne, Tarnac magasin général : vous y apprendrez ce à quoi jouent votre « ami » et ses collègues : manipulations à tous les étages.

  2. Citizen Kohn.

    Imaginez la souffrance de tous les esprits assoiffés d’absolu
    lorsqu’à la source divine où ils s’abreuvent, une tranche d’ambiguïté
    voile le ciel limpide de leur confiance aveugle !
    S’il semble bien y avoir convergence (aux dires de « l’ami » qui dispose
    plutôt légèrement à des fins détournées des moyens réservés
    à l’accomplissement de sa mission de service public)
    entre l’obscur colloque sociologisant – mal avitaillé qui plus est ! –
    et la liste de ses participants à l’appartenance double et trouble
    en ce qu’elle mêle une science, enfin, une science « humaine »,
    et un groupuscule apparemment politisé (bien que désintéressé
    d’accéder à l’exercice de quelque pouvoir que ce soit…),
    cela entraîne-t-il pour autant que l’effectif du groupuscule politique
    est aussi teinté de culture sociologique ?
    Quel est le mot déjà pour clouer au pilori de l’agilité intellectuelle
    l’erreur, quand elle n’est pas tromperie, de conclure parce que A
    est lié à B et que B est lié à C, que A est lié à C et plus encore,
    que C est lié à A ?

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