Comment enseigner l’histoire ?

Ce week-end, en villégiature chez un ami dentiste, j’ouvre un magazine qui traînait sur un canapé, et tombe sur un article long et polémique, consacré l’enseignement de l’histoire. Son auteur reproche ouvertement aux programmes actuels de favoriser un enseignement anti-français, gangréné par le multiculturalisme et la repentance. Il donne la parole à plusieurs essayistes, « empêcheurs d’enseigner en rond », et rappelle, en illustration, que Pétain fut avant tout le héros de Verdun, avant de devenir « l’enfoiré de Rethondes » (selon le mot de Lamotte). Les professeurs d’histoire-géographie seraient-ils asservis au politiquement correct et à la pensée unique ?

Il faut reconnaître un mérite à cet article : ouvrir un débat salutaire. L’histoire souffre en effet d’être une discipline mal enseignée, et fait l’objet de réappropriations toujours suspectes idéologiquement. On se souvient de l’affaire Deutsch : l’ouvrage de ce comédien volubile et barbichu, consacré à l’histoire de France vue à travers le métro, avait soulevé de nombreuses protestations, en raison notamment de ses nombreuses inexactitudes. J’en ai moi-même relevé deux : la ligne 3 ne passe pas à Abbesses, et Alesia est dans le XIVe arrondissement. On voit le peu de sérieux avec lequel est (mal)traitée notre histoire commune.

Pourtant, on ne peut jusqu’au bout adopter une position semblable à celle de l’auteur de cet article, Jean Sévillia. La critique de la « pensée unique », quoique fondée, est insuffisante. En réalité, ce dont souffre l’histoire « officielle » enseignée du primaire au lycée, c’est avant tout du très grand manque de professionnalisme des enseignants. Coupés du monde de la recherche, intéressés avant tout par leurs (trop nombreuses) semaines de vacances et leurs primes indues, ces derniers rabâchent constamment les mêmes sornettes, et jamais ils ne se soucient de la vérité. C’est ainsi qu’on a pu ignorer, des années durant, des œuvres aussi considérables que celles de Jean Sévillia (Historiquement correct. Pour en finir avec le passé unique, Grand prix catholique de littérature 2003), ou de Fernand Bloch-Ladurie (Georges-Guy Lamotte, le dernier des socialistes, « Livre de l’année 2012 » pour Les cahiers collectistes). De même que Michel Onfray, maintenu dans un silence assourdissant par la « philosophie officielle » qu’on enseigne en France, est obligé de multiplier les interventions médiatiques pour que sa parole soit enfin entendue et que la vérité triomphe de l’erreur (Anti-anti-Oedipe : pour un narcissisme éclairé, Prix des lecteurs de GQ, 2011), de même, quelques chercheurs en histoire essaient à grand peine d’instruire et de guider leurs collègues moins savants. Hélas, le plus souvent, il n’est pire sourd que celui qui ne veut entendre, et il faut crier bien fort.

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3 Commentaires

Classé dans Collectisme, Divers

3 réponses à “Comment enseigner l’histoire ?

  1. Citizen Kohn.

    Enseigner ou raconter ? Combien de jours et demi par semaine ?
    Et enfin, à quand une Histoire décimale dont les dates-clés,
    toutes multiples de dix, seront mémorisables sans être
    champion de sudoku et autres performances
    à la limite de l’autisme façon surdoué ?

  2. JPP

    Et vous avez bien fait de relever ces erreurs historiques majeures. C’est d’autant plus condamnable qu’une des plus belles pages de la littérature française ne laisse aucune ambigüité à ce sujet : « Le quatorzième arrondissement / C’est mon quartier d’puis vingt-cinq berges / C’est dans ses rues que j’passe mon temps / Dans ses bistrots que je gamberge / Quand je m’balade au long d’ses rues / J’peux pas oublier qu’autrefois / Vercingétorix s’est battu / Tout près du métro Alésia. »

  3. Pingback: Des enseignants-chercheurs au service de l’économie réelle | L'actualité selon Bloch-Ladurie : Réflexions collectistes

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