Le cumul des mandats, une nécessité démocratique

François Rebsamen a été bien inspiré de s’opposer ouvertement à Martine Aubry : non, cent fois non, il ne faut pas renoncer à cumuler des mandats électifs lorsque l’on est sénateur. J’oserais même affirmer que, quelle que soit la fonction dont on a été investi par une élection, on se doit de la conserver le plus longtemps possible.

Le non-cumul des mandats, comme le fait remarquer à juste titre un commentateur de l’article de Rue89, « est une crème montée en Chantilly par les minables qui n’ont jamais réussi à se faire élire ». On poursuit injustement les parlementaires et les ministres, au motif qu’ils ont, eux, remporté des succès qui en rendent jaloux plus d’un. On leur reproche l’addition de leurs indemnités, entre les mandats locaux et les mandats nationaux. Mauvais procès : reproche-t-on aux footballeurs de cumuler les revenus de leur club et ceux des campagnes de publicité auxquelles ils prêtent leur concours ? (Je m’étonne au passage que l’on ne voit pas davantage de ministres vanter les produits de telle ou telle marque : Najat Vallaud-Belkacem, par exemple, pourrait sans problème devenir la nouvelle égérie de Dior) On réclame des élus « présents », « connaissant leurs dossiers », « proches de leurs électeurs » et « compétents » à la fois, comme s’il était possible de concilier miraculeusement toutes ces exigences.

Chacun le sait pourtant : les hommes (et quelques femmes) capables de récolter les suffrages du peuple ne sont pas si nombreux. Pour ne prendre que l’exemple de la députation, il faut à la fois

  • réussir à être parachuté dans une circonscription vacante,
  • couper l’herbe sous le pied des autres prétendants,
  • intriguer auprès des notables locaux pour profiter de leurs réseaux,
  • serrer des centaines de mains sur les marchés,
  • entraîner le MJS local à faire la claque dans les meetings (en promettant des postes de chargés de mission ou d’attachés aux leaders),
  • visiter toutes les maisons de retraite en s’assurant que le personnel ira faire voter les petites vieilles le jour J,
  • et surtout promettre des dizaines de choses à propos de la route départementale 235, du soutien au cours de la betterave, ou encore de la réfection de la salle des fêtes intercommunales.

Imagine-t-on que ce précieux capital militant, comme disent mes collègues bourdieusiens, soit constitué en vain, et qu’il ne profite pas à la même personne lors de la prochaine campagne des européennes, des régionales ou que sais-je encore ? Imagine-t-on qu’il faille, à chaque fois, se mettre en quête d’un nouveau champion, sans doute moins talentueux, certainement moins expérimenté ?

Un seul argument devrait achever de convaincre le lecteur le plus rétif au cumul des mandats : l’histoire. Celle-ci nous enseigne qu’il n’y a jamais eu de grands hommes sans qu’ils cumulent de multiples mandats électifs. C’est ainsi que Lamotte – encore lui – a préféré saborder le mouvement politique qu’il avait créé, la PSPS (La partie socialiste, la patrie socialiste), au moment où il lui a fallu faire alliance avec la SFIO, pour être certain de se faire élire conseiller général, et conquérir ensuite le Sénat. D’autres, moins scrupuleux, auraient sans doute renoncé à ce coup audacieux. Mais auraient-ils été élus ? Sans doute pas. Et auraient-ils brillé au firmament des élus dont l’histoire se rappellera toujours ? Assurément non. En définitive, on le voit, le cumul des mandats doit être non seulement autorisé, mais encouragé : c’est une nécessité démocratique.

 

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1 commentaire

Classé dans Georges-Guy Lamotte, politique

Une réponse à “Le cumul des mandats, une nécessité démocratique

  1. Citizen Kohn.

    Que celui ou celle qui n’a jamais accumulé de points de fidélité sur sa carte du même nom leur jette la première pierre électorale !

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