Laurent Hénart: l’avocat du diable?

Depuis quelques jours, une polémique agite le petit monde judiciaire français. En effet, Laurent Hénart, 44 ans, ancien secrétaire d’État chargé de la pénétration professionnelle des jeunes, ancien député, a obtenu le droit d’exercer la profession d’avocat. La bonne affaire, dites-vous ! C’est aussi ce que j’ai pensé, avant de prendre connaissance des tenants et des aboutissants de l’affaire via quelques contacts locaux.

Le problème est le suivant : M. Hénart, par ailleurs titulaire d’une maîtrise de droit dans une université périphérique, n’a pas passé le traditionnel concours d’avocats, le CAPA. Il a bénéficé d’un décret publié en avril dernier, juste avant l’élection présidentielle, permettant à tout ancien député de devenir avocat sans aucun examen ni épreuve, du moment qu’il a passé 8 ans au moins sur les bancs du palais Bourbon.

Depuis, les avocats se déchainent : Ami, entends tu les robes noires des corbeaux sur la plaine ? « Voilà une nouvelle passerelle permettant aux ratés de la politique de se trouver un point de chute » ! « Voilà une dévalorisation de la profession d’avocat, qui s’obtient normalement –disent-ils- après de longues études et un difficile concours » !

Il n’y a rien là, vous le concèderez, que quelques considérations corporatistes sans importance. Mais certains vont plus loin, trop loin : car ils vont jusqu’à affirmer que l’on se trouve face à véritable « décret infâme ». Mais, pourtant, M. Hénart n’est même pas juif !

Il est donc temps de rétablir un peu de dignité dans ce débat, et de le ramener à ses justes proportions. Car, que reproche-t-on exactement à un tel décret ? Que quelques parlementaires, qui ont bien mérité de la France, puissent exercer une profession dont les revenus s’accordent avec le train de vie qu’ils ont pris l’habitude de mener ?

Et, du reste, que craint-on ? Qu’ils fassent de mauvais avocats, sans déontologie et corrompus ? Mais cela n’est pas prouvé, et du reste tant d’avocats sont déjà si mauvais qu’ils ne sauraient que se fondent dans la masse. Enfin, ce n’est pas comme si l’on parlait de pilotes de ligne, d’ingénieurs nucléaires ou de chirurgiens cardiaques : quel mal peut en effet faire un mauvais avocat ? Au pire, quelques criminels resteront un peu plus longtemps derrière les barreaux, ce qui, selon moi, serait plutôt une bonne chose…

On l’aura compris, cette histoire ne mérite pas que l’on s’y attarde. Il y a, certainement, beaucoup de beaux combats judiciaires à mener : mais le barreau actuel, qui regorge de Dantons, manque cruellement d’Isorni.

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1 commentaire

Classé dans Divers, politique

Une réponse à “Laurent Hénart: l’avocat du diable?

  1. Citizen Kohn.

    Pour démonter le fameux « vous aviez le choix entre la guerre
    et le déshonneur ; vous avez choisi le déshonneur ;
    vous aurez la guerre et le déshonneur ! » :
    pourquoi choisir entre le beurre et l’argent du beurre,
    lorsqu’il est possible d’avoir les deux, dans une logique
    parfaitement libéralitaire et décomplexée ?
    Et il faudrait à nouveau s’embêter avec des cours de morale laïque ? Quelle bonne blague à destination de toute la valetaille qui est loin
    de l’accès aux pantouflages, conflits d’intérêts et autres abus de biens publics !
    Fixons donc tout simplement les prix des diplômes, comme ceux des titres,
    boursiers ou pas, et des médailles et décorations de toutes sortes !
    Ainsi, leur valeur vraie sera en accord avec la plus-value
    qu’il est décidément bien légitime d’en attendre !

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