Pourquoi il faut nationaliser facebook

Il y a deux jours, averti par un article de blog, je constatai avec surprise que d’anciens messages privés apparaissaient publiquement sur mon compte facebook. Peut-être, chers lecteurs, avez-vous eu le temps de consulter les archives de ma privée, qui s’étalèrent au grand jour pendant plusieurs heures : « Merci Fernand pour cette nuit sublime » (Natacha P., janvier 2011), « Vous penserez à me rendre les clés de la salle 11 » (Jean-Claude C., mai 2010), « Fernand, que devenez-vous, je rêve souvent de vous » (Natacha P., février 2011), « Mon mari sait tout, c’est fini » (Natacha P., avril 2011), j’en passe et des meilleures. Naturellement, je m’empressai de supprimer ces messages avant que de mauvais plaisants les diffusent au grand jour. J’écrivis, dans la foulée, une lettre d’injures bien sentie à Mark Zuckerberg, que je connais un peu pour l’avoir croisé dans un cocktail à Stanford. Puis, je pris le temps d’analyser, froidement et en prenant le recul nécessaire, la place que facebook a pris dans nos vies à tous.

Il va sans dire que, sans les réseaux sociaux, la plupart de nos contemporains seraient complètement perdus. Voilà quelques années encore, personne ne songeait à raconter sa vie publiquement à tous ses « amis » virtuels, à les inviter à jouer à des jeux en ligne ou à partager avec eux des photos et des liens. Nous avons vécu, en très peu de temps, une véritable « révolution numérique ». C’est le nom que je propose de donner à ce grand basculement, comparable, à mes yeux, à la première révolution industrielle. Peu d’analystes s’y sont intéressés, pour l’instant. Et pourtant, de très nombreuses entreprises ne pourraient pas se passer de facebook. D’innombrables utilisateurs auraient le sentiment d’être amputés d’une partie de leur vie, si leur compte disparaissait. Moi-même, si je devais me contenter de ce blog pour vous livrer chaque jour quelques échantillons de mon immense culture et de mon insondable profondeur, j’aurais le sentiment pénible de prêcher dans le désert (dieu merci, les commentaires de ce blog m’épargnent déjà cette impression).

Facebook rend donc un service(gratuit) à ses utilisateurs, qui s’apparente à un service public. Aucun autre réseau social n’est en mesure de le concurrencer, et à vrai dire, plus les utilisateurs sont nombreux, mieux il remplit sa fonction. C’est, à tous points de vue, une situation de « monopole naturel« , comme le disent mes collègues économistes. La conséquence est claire : il faut nationaliser facebook, et en faire une entreprise publique. Sans recherche de profit, pas de publicité intrusive pour des « JF [qui] cherchent petit ami ». Sans la course effrénée à la rentabilité, la maintenance du site serait bien meilleure, et les bugs seraient plus facilement corrigés.

Des esprits chagrins feront sans doute remarquer que, pour l’instant, facebook est une entreprise américaine, et qu’il serait donc délicat de la nationaliser. Qu’à cela ne tienne : on commencera par une négociation avec le gouvernement américain pour faire passer l’entreprise en droit français. De là, passées quelques subtilités juridiques et techniques, il suffira d’exproprier les actionnaires et de saisir les actifs de l’entreprise, pour les restituer au peuple, par le biais de la tutelle publique. C’est un premier pas vers la construction d’un véritable internet français.

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5 Commentaires

Classé dans Divers, politique

5 réponses à “Pourquoi il faut nationaliser facebook

  1. Citizen Kohn.

    Et pourquoi ne pas le rebaptiser alors Première Toile Technologique ou PTT pour satisfaire les dingos des sigles et abréviations ?

  2. Walter Fernandez

    Pour parvenir à nationaliser Facebook, il existe un moyen très simple, et dont je m’étonne que personne ne parle : annexer les États-Unis. On me dira que ce ne serait pas très gentil, vu que ce sont les Américains qui nous ont tirés du pétrin en 1917 et en 1944 (cf. Il faut sauver le soldat Ryan).

    Seulement, je n’envisage aucunement une annexion agressive du territoire américain. Certes, une telle possibilité existe. Malgré sa supériorité quantitative, l’armée américaine succomberait probablement au bout de quelques semaines au courage et au génie stratégique des Français. Seulement, pourquoi attaquer les États-Unis alors qu’il sont sur le point de tomber dans notre escarcelle comme un fruit mûr ? Épuisés par deux guerres extrêmement coûteuses, ruinés par une nouvelle Grande Dépression, ils ne demanderaient pas mieux que d’être dirigés par un homme d’État intelligent et responsable : François Hollande.

    Par ailleurs, il existe des liens étroits entre la France et les États-Unis. Rappelons que la Louisiane était un territoire beaucoup plus vaste que l’État du même nom, puisqu’il allait du delta du Mississippi jusqu’aux Grands Lacs (cf. cet article de Wikipédia : http://fr.wikipedia.org/wiki/Louisiane_%28Nouvelle-France%29). A coup sûr, bon nombre d’Américains d’origine française se réjouiraient de l’annexion des États-Unis par le pays de leurs ancêtres. Ce serait pour eux comme un retour au bercail après une longue absence.

    Enfin, rappelons que les élites américaines sont extrêmement francophiles. Woody Allen va régulièrement dans notre beau pays, où ses films ont d’ailleurs plus de succès qu’ailleurs. Pour la musique de son dernier film, Moonrise Kingdom, Wes Anderson a choisi trois compositeurs français : Saint-Saëns, Françoise Hardy et Alexandre Desplat. Quant à Mitt Romney, on sait qu’il est francophone et qu’il a même participé – à son modeste niveau – aux événements de mai 68 lorsqu’il était missionnaire à Paris. Mais il est inutile de multiplier les exemples. Il faudrait une énorme dose de mauvaise foi pour ne pas voir l’attachement des Américains à la France.

    Si quelqu’un prétend réfuter ma démonstration, je lirai ses arguments avec bienveillance. Qu’il sache tout de même qu’il risque fort de s’y casser les dents !

  3. Fesse Bouc est une mode, tout comme l’ont été en leur temps d’autres réseaux sociaux aujourd’hui désertés.
    Son puritanisme et l’inondation publicitaire le condamnant à cour terme au profit d’autres réseaux moins coincés et au modèle économique mieux pensé.
    Pourquoi donc suggérer le projet irréalisable de nationaliser ce « tigre de papier » au lieu de proposer tout simplement un produit plus attractif?
    Ne serait-ce que pour la simple raison que nombre d’utilisateurs ne demanderaient pas mieux que de pouvoir migrer vers des territoires plus ouverts à tous point de vue à fin de cesser de devoir constamment s’auto censurer sous peine de se voire bannie de toute vie sociale, fut-elle numérique?

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