Pour un ministère délégué à l’égalité d’opinion

La gravité des événements qui ont entouré la diffusion d’un film anti-islam me pousse à revenir une nouvelle fois sur ce qui a rendu possible ces débordements. Certes, ce triste chapitre de notre Histoire semble s’être clôt au moment où le producteur de ce film, Salman Rushdie, a été mis en prison. Mais tout de meure en place pour qu’un autre drame de cet ampleur se reproduise en France. « Le ventre est encore fécond, d’où a surgi la bête immonde » (Brecht).

Or, depuis l’article où je prônais la défense d’une liberté d’expression absolue, de l’eau a coulé sous les ponts. Certains événements survenus dans ma vie personnelle m’ont poussé à tempérer, tout en le maintenant pour l’essentiel, mon point de vue J’ai en effet été victime de racisme anti-blanc samedi 29 septembre, en me faisant traiter de « sale con» par deux jeunes maghrébins à scooter à qui j’avais grillé une priorité. Une déconvenue qui me pousse à mettre un peu d’eau dans mon vin (n’en déplaise à mes deux agresseurs).

Il s’agit au fond de tenir ensemble l’exigence de liberté et la possibilité pour chacun de répondre aux offenses, qui, selon moi, doit être assurée par les pouvoirs publics. Lors de mon cours sur Romain Rolland que je donnerai la semaine prochaine, je proposerai à la sagacité de mes étudiants la considération d’un nouveau concept que j’ai intitulé « l’égalité d’opinion ». Je la définis comme suit :

« J’appelle égalité d’opinion le fait que, dans une démocratie, chacun puisse s’exprimer en son nom propre ou au nom de la communauté à laquelle il appartient de façon objective sur tout sujet afférant à ses préoccupations ou à celles de ladite communauté » (Fernand Bloch-Ladurie, cours à Sciences-po du 08 au 10.10.2012).

Sous des apparences badines, ce nouveau concept constitue une véritable révolution. Il s’agit ni plus ni moins que d’accorder à chacun un accès égal à ce que je nomme des « parcelles d’opinions » :

« J’appelle parcelle d’opinion (opiniatum ; pluriel : opiniata) la juste quantité de parole dont doit disposer, pour une année, chaque citoyen d’un pays donné. Un opiniatum correspond à la surface médiatique dudit pays (le nombre de temps de téléspectateurs possibles, de lecteurs possible de journaux ou de livres, etc.) divisé par le produit du nombre d’habitants du pays et de la durée d’une année calculée en secondes (soit 31536000). Nous proposons que soit le plus rapidement possible votée et soumise au référendum la loi : Un citoyen/un opiniatum. » (ibid.)

Ainsi, si je suis publiquement insulté, je dois pouvoir répondre à un agresseur dont l’accès au média doit être absolument égal au mien. Les musulmans de France qui se sont sentis insultés par l’Innocence des musulmans auraient dû avoir le droit de réaliser un film insultant pour les coptes (l’Innocence des coptes, ou mieux : La culpabilité des coptes) de même durée et diffusé à la même échelle. S’il m’est à nouveau permis de faire au lecteur l’injure de parler de moi, j’aurais voulu pouvoir répondre directement aux nombreuses allusions que Jean-Marc Ayrault s’est permis de faire contre moi lors de son passage télévisé du jeudi 27 septembre, au lieu, comme j’ai eu à le faire, de faire subir à ma femme et à mes enfants les foudres de ma colère. La rédaction du livre-réponse que j’ai entamé aujourd’hui même sous forme de pièce de théâtre (Réservé ? Mon cul !) ne saurait en effet compenser toute une série d’injures à mots couverts contre la pensée collectiste, et donc contre moi.

Nous proposons donc que soit créé un ministère délégué à l’égalité d’opinion chargé de faire respecter la répartition des opiniata et d’assurer à chaque citoyen une riposte en cas d’offense. Un Haut-Conseil à l’injure publique, constitué de représentants religieux et associatifs, pourrait fournir aux plaignants les moyens logistiques et intellectuels de « l’insulte équivalente » dont il aurait en charge la juste attribution. Je me tiens à la disposition de la France pour coordonner, le cas échéant, ce ministère nécessaire à notre démocratie.

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2 Commentaires

Classé dans Collectisme, politique

2 réponses à “Pour un ministère délégué à l’égalité d’opinion

  1. Walter Fernandez

    Cher Maître,

    J’applaudis des deux mains à votre proposition. Non seulement elle est impeccable sur le plan théorique, mais elle débouche sur un engagement courageux, bien digne du fils spirituel de Georges-Guy Lamotte. Et c’est pourquoi je souhaite de tout mon cœur que François Hollande remplace le sinistre M. Ayrault par un homme plus dynamique, plus compétent, et surtout plus à même de prendre la mesure de votre génie. Je pense ici à Bernard Tapie qui, malgré une brouille passagère avec Lamotte, reste l’un des plus prestigieux gardiens de la pensée collectiste. Avec un tel premier ministre à la tête du gouvernement, il n’est pas douteux que votre Haut-Conseil à l’injure publique verrait enfin le jour, et que vous soyez désigné pour le coordonner.

    Qu’il me soit permis tout de même de faire entendre sur votre blogue une voix très légèrement discordante. À juste titre, vous déduisez des principes démocratiques l’idée révolutionnaire d’égalité d’opinion. Mais faut-il sacraliser la démocratie ? Ce régime, si juvénile, si sympathique, peut facilement dégénérer en une dictature de l’opinion, comme l’a bien montré Platon. À trop vouloir respecter les masses illettrées, on aboutit à de tristes aberrations, comme la condamnation à mort de Socrate, le non au référendum de 2005, ou encore les critiques démagogiques dont votre ouvrage sur Georges-Guy Lamotte a fait les frais dans la presse populaire (« Ce livre, nouveau cheval de bataille de l’idéologie néolibérale, est un pur produit de l’ère Sarkozy. » – L’Humanité dimanche  » – C’est ennuyant du début à la fin », Jeune et Jolie – « Et en plus, c’est même pas vrai » – Le journal de Tomtom et Nana).

    Bien entendu, je ne prétends pas qu’il faille mettre fin à la démocratie. Vous me connaissez assez bien, je crois, pour savoir à quel point je suis attaché à la devise de notre pays. Seulement, il me semble qu’il faut contrebalancer l’égalité démocratique par un principe tout aussi important : la supériorité du savoir sur l’opinion. Toutes les opinions se valent, c’est entendu, et à ce titre chacun a droit au même temps de parole dans les médias. Mais le plus pauvre des savoirs vaut infiniment plus que l’opinion la plus brillante. À ce titre, cher Maître, vous méritez mieux que le seul rôle de coordonnateur du Haut-Conseil à l’injure publique. Il me semble que Bernard Tapie devrait vous nommer ministre de l’Idéologie scientifique. A ce poste, vous pourriez diffuser la pensée collectiste à tous nos concitoyens, et même aux étrangers qui résident sur notre territoire.

    Avec l’aide du ministère de l’Intérieur, vous pourriez même veiller à ce que les principes de Georges-Guy Lamotte rentrent littéralement dans la cervelle de nos jeunes gens – et en particulier de ces petits sauvageons qui se permettent de faire la morale aux vrais Français quand ceux-ci ont le malheur de ne pas connaître le code de la route sur le bout des doigts. Grâce aux nanotechnologies, en effet, il serait tout à fait possible d’implanter de minuscules explosifs dans le cerveau des « apprenants » – comme on dit de nos jours dans le jargon « pédago » – afin de les inciter à assimiler les principes du collectisme. Chaque manquement à ces principes déclencherait immédiatement l’explosion d’une nano-bombe, provoquant dans le cerveau des dégâts certes légers, mais néanmoins irréversibles. Tel est le principe de la Tolérance Zéro, que Lionel Jospin s’apprêtait à introduire en France en 2002, lorsque les électeurs de gauche, ces éternels Judas, trouvèrent amusants de le trahir pour de petites candidates hystériques (Laguiller, Taubira, etc.).

    Je vous prie, très cher Maître, de recevoir les salutations respectueuses (et néanmoins affectueuses) de votre ancien disciple,

    Walter Fernandez

  2. Citizen Kohn.

    Déléguons, déléguons ! Un ministère, pourquoi pas, et puis, peut-être, l’opinion elle-même, pendant que nous y serons ? Déléguons aussi toute responsabilité, de préférence et pour commencer ! La délégation est le début de l’abandon et du renoncement.

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