5 propositions pour Sciences Po. N°1 : un budget élargi

Hier, poussé par la nécessité, et cédant à l’amicale pression de plusieurs collègues, je déclarai ma candidature à la direction de Sciences Po. Aujourd’hui, je vous livre la première de mes cinq propositions-clés (« key propositions »). Elles préfigurent la nouvelle orientation que j’entends faire prévaloir au sein de l’IEP, mais ne constituent pas un programme entièrement verrouillé, bien au contraire : la sagesse et l’expertise des lecteurs va être mise à contribution. Chacun d’entre vous, dans les commentaires de ce blog ou sur la page facebook de ma campagne (cf. colonne de droite), peut déjà soumettre quelques idées et participer ainsi à la naissance d’une équipe de direction à l’écoute des citoyens. Les plus actifs de ces contributeurs se verront attribuer quelques postes ancillaires (chargé de mission communication, assistante de direction, etc.)

Un budget élargi, disais-je. On le sait, l’un des reproches les plus cinglants de la Cour des comptes à l’endroit de la précédente équipe de direction tient à la dilapidation des fonds publics et à un certain manque de clairvoyance gestionnaire. Aussitôt, des esprits médiocres pétris de ressentiment à l’égard de l’Ecole dans laquelle ils n’ont jamais mis les pieds (et pour cause) couinent et gémissent :

« Le gâchis d’argent privé c’est une chose, le gâchis d’argent public en est une autre, bien plus grave.
Cet homme jetait l’argent public par les fenêtres, se comportait comme un prince, et donnait des leçons de valeurs républicaines. Pitoyable. » (commentaires d’un article du monde.fr)

Il faut mettre un terme à ces accusations stupides, en soustrayant Sciences-Po à la tutelle publique. Je propose que l’intégralité du financement de l’IEP soit assuré par une fondation de droit privé, la « fondation Georges-Guy Lamotte pour le renouveau de Sciences-Po », dont les ressources seront assurés par des partenariats public-privé avec des fonds d’investissement et des capital-risqueurs de pays en développement. C’est vers eux qu’il faut se tourner pour nous assurer un financement pérenne, qui ne soit pas soumis aux mêmes aléas que les crédits publics.

J’ai d’ores et déjà fait appel à un homme de réseaux, expert en matière d’optimisation fiscale et de joint-ventures innovantes : Ange Guérini, qui sera mon fundraising manager. Dès maintenant, je peux vous annoncer que des crédits (à des conditions très intéressantes) pourront nous être alloués par des entrepreneurs colombiens, afghans et marocains. Une négociation est en cours avec un émirat du Golfe Persique, pour l’ouverture d’une chaire dédiée à l’économie des ressources naturelles et aux paris hippiques, en échange de la construction de nouveaux bâtiments en plein 7e arrondissement : le Burj Descoings, projet d’aménagement d’un immeuble de 185 étages dessiné de concert par Renzo Piano et Martin Bouygues.

Vous le voyez : pourvu que l’on quitte l’étroitesse et l’inertie des investisseurs publics, et que l’on face confiance aux puissances émergentes, le succès peut très rapidement être au rendez-vous. Je l’ai compris en regardant les inestimables progrès de l’antenne de la Sorbonne à Abu Dhabi. A notre tour d’investir dans l’avenir.

 

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15 Commentaires

Classé dans 5 propositions pour Sciences Po

15 réponses à “5 propositions pour Sciences Po. N°1 : un budget élargi

  1. Citizen Kohn.

    Bien que le tremplin numéro un soit très prometteur (« l’argent, elle fait la différence », comme le proclame la sagesse populaire), il est peut-être préférable d’attendre la publication du quintet de « proposals » pour en évaluer forces et faiblesses, étant d’ores et déjà entendu que ces dernières ne pourront être que relatives…

  2. Olivier

    Enfin un projet ambitieux et audacieux, qui regarde vers l’avenir sans s’encombrer du poids du passé. Bravo. J’attends impatiemment les 4 autres propositions.

  3. Walter Fernandez

    Cher Maître,

    Vous m’avez laissé entendre, dans un précédent message, que je pourrais devenir l’un de vos collaborateurs lorsque vous serez à la tête de Sciences Po. Je tâcherai de me montrer à la hauteur de la tâche que vous voudrez bien me confier, pourvu qu’elle soit rémunérée de façon satisfaisante. Après avoir fait fortune en Afrique en gérant quelques casinos Pasqua, je me suis habitué au luxe. C’est mon péché mignon, je le confesse. Aussi me suis-je fixé pour règle de ne jamais travailler à moins de 1000 euros de l’heure. Mais puisque vous avez d’ores et déjà trouvé des modes de financement innovants pour Sciences Po, il me semble que mes honoraires seront somme toute modestes en comparaison de la masse de liquidités qui va affluer grâce à vous rue Saint Guillaume.

    Toutefois, afin que vous n’ayez pas de moi l’image – peut-être exacte, mais peu flatteuse – d’un épouvantable grippe-sou, je vais vous soumettre gracieusement une idée une proposition susceptible d’améliorer la qualité de l’enseignement à Sciences Po.

    Pour commencer, il faudrait revenir aux fondamentaux : les sciences politiques. En disant cela, j’ai l’air d’enfoncer des portes ouvertes, mais vous savez comme moi que vos étudiants ne vont pas tous faire carrière dans la politique. Beaucoup d’entre eux se retrouveront journalistes, dirigeants d’entreprise, bureaucrates ou cocaïnomanes. Il me semble donc important de recentrer l’enseignement dispensé à Sciences Po sur sa vocation de toujours : la formation de l’Élite politique de la Nation.

    Qu’est-ce à dire ? Faut-il, comme certaines le prétendent, continuer à donner des cours d’histoire des idées, d’économie ou de sociologie ? Non. Fort heureusement, l’histoire des idées n’a plus lieu d’être. Elle n’a plus lieu d’être car il n’y a plus d’histoire et qu’il n’y a plus d’idées. Depuis la mort des idéologies, chacun le sait, il les idées ont été avantageusement remplacées par le pragmatisme. C’est d’ailleurs ce qu’avait bien compris Georges-Guy Lamotte. Car qu’est-ce que le collectisme, enfin, sinon une synthèse géniale et définitive – car sans a priori idéologique – de tout ce que les systèmes politiques du passé (socialisme, fascisme, anarchisme, salazarisme, pétainisme, etc.) ont donné de meilleur ? Quant à l’histoire, nous savons depuis Francis Fukushima qu’elle est terminée. Nous vivons à l’heure de la « mondialisation heureuse » (Alain Minc). Tous les conflits importants ont été résolus par l’économie de marché, la démocratie libérale et la société de consommation.

    Pour ce qui est de l’économie, il suffit de lire L’économie expliquée à mon maton, de Bernard Madoff, pour apprendre tout ce qu’il faut savoir de cette science, si belle et si simple dès lors qu’on l’a débarrassée de ses oripeaux mathématiques.

    Pour la sociologie, il faut tout simplement l’éjecter de l’enceinte sacrée de Sciences Po. Cette pseudo-science est trop infectée de vermine marxiste ou bourdieusienne pour être encore récupérable.

    Mais alors, me direz-vous, que reste-t-il ? Que doit-on enseigner à nos futurs hommes d’État s’il ne faut leur parler ni d’économie, ni d’histoire, ni de société ? La réponse est très simple : il faut leur enseigner l’art de soigner son image. Comme disait Foucault, reprenant sans le savoir les grands sages de l’Antiquité grecque, chaque politicien doit être l’artiste de sa propre vie. Il doit savoir être en représentation vingt-quatre heures sur vingt-quatre. Il doit pouvoir offrir aux téléspectateurs et facebookeurs du monde entier le spectacle de son sourire, de sa minceur retrouvée (cf. Finis, les Flanby !, par François Hollande, Presses Universitaires de France, 2011), de ses fesses encore fermes sur la plage de Ramatuelle.

    Pour enseigner cet art si difficile aux élèves de Sciences Po, il faudra tout à la fois des activités pratiques et des cours théoriques. Pour la pratique, je suggère la création d’un journal (« Sciences Peo » – pour « Sciences People ») dans lequel chaque élève sera tour à tour journaliste et objet d’un reportage, voyeur et exhibitionniste. Qui couche avec qui ? Qui trompe qui ? Qui fouette qui dans les partouzes de la rue des Saints Pères ? Voilà le genre de questions que les élèves aborderont dans cet hebdomadaire. Leurs articles, bien évidemment, suivront le fameux plan en deux parties (« Ouais….bof ») qui a fait toute la réputation de Sciences Po.

    Pour l’enseignement théorique, je suggère de faire appel à des professionnels de la politique. Quel exemple stimulant, pour notre belle jeunesse, que de voir en chair et en os les grands de ce monde leur expliquer comment il faut draguer l’électorat ? Je pense qu’on n’aurait guère de mal à faire venir Valérie Trierweiler (Du bon usage de Tweeter), Bernard Tapie (Comment être populaire sans donner dans la vulgarité), Marine Le Pen (Comment dire de « petites phrases » racistes sans en avoir l’air), François Copé (Comment imiter Marine Le Pen sans le dire), etc.

    Voilà tout pour ce soir, cher Maître. J’attends avec impatience le moment de votre nomination.

    Votre fidèle lieutenant,

    Walter Fernandez

    • Cher ami
      tout d’abord, pour vous rassurer: je ne suis pas le moins du monde choqué par la rémunération que vous demandez. Comme le disait mon cher grand-père, tout travail mérite salaire ; et, à tout prendre, vos prétentions salariales sont bien inférieures aux miennes.
      Pour venir ensuite au coeur de votre message, je trouve votre idée absolument fondamentale. Même si je ne partage pas tout à fait l’idée que vous vous faites des sciences politiques (comme vous le verrez dans ma 2e proposition, je veux fusionner monde de l’entreprise et sciences politiques, pour créer de vraies synergies), je ne peux qu’être d’accord avec vous sur l’importance de l’image. Je pense donc vous nommer, dans mon futur cabinet, directeur général à l’information, la communication et au redressement imaginatif. Un poste où vous pourrez mettre en pratique les idées qu’une société trop frileuse préfère ignorer.
      J’en parle dès demain à l’émir du Qatar. Je pense qu’il ne verra aucune objection à cette proposition
      cordialement
      votre maître
      FBL

      • Walter Fernandez

        Mille mercis, Maître !

        Sans vouloir me vanter, je pense que vous ne serez pas déçu par la qualité de mon travail. Saluez bien l’émir du Qatar de ma part. Je l’ai bien connu lorsqu’il venait jouer incognito dans mon casino de Djibouti.

  4. Ce projet architectural me semble tout à fait pertinent, mais pourquoi ne pas imaginer une tour sur un polder en forme de $ jeté sur la Seine?
    Cela rappellerait heureusement l’urbanisme Dubaïen, autre symbole du succès de l’alliance savoir-pétrodollar.

    • Vous avez raison, c’est indéniable. J’avoue maîtriser un peu moins bien la théorie architecturale que la macroéconomie, et je m’en remettrai donc à mon futur directeur général au bâtiment et aux équipements, que je n’ai pas encore nommé du reste. D’ailleurs, que faites-vous dans les 4 prochaines années?

      • Cher Maître,
        Je me permettrais de suggérer une Direction générale aux bâtiments, aux équipements, à l’hygiène et aux mœurs sociales car il faut à mon avis lier l’architecture à des règles de vie saines et porteuses de grands principes de vie (individualisme, transparence, vultuosité), qui ne sauraient qu’être positifs dans le quotidien des professeurs et des étudiants.
        Les quatre prochaines années s’annoncent lugubres, comme pour tout thésard qui se respecte, je saurai donc me mettre à votre service si vous me sollicitez (et pour pas cher, comme tout bon jeune chercheur).
        Merci, vous redonnez espoir à mon inféconde existence.

  5. frédéric c.

    Burj descoings, une belle idée qui sonne mal. Pourquoi ne pas la franciser en « bourge du coin », qui vous a un petit côté village ?

    • On peut tout à fait imaginer une version française et une version internationale. Après tout, « Because I’m worth it » se traduit bien en français « Parce que je le vaux bien ». N’ayons pas peur de nous inspirer de la société réelle

  6. Michel Grossin

    Il n’est pas question pour moi de monnayer mon soutien à votre candidature. Certes, les réseaux occultes auxquels je participe ont des besoins de financement. Bien sûr, la profession de libraire connaît aujourd’hui un marasme certain. Et si, comme vous l’aviez évoqué, je devenais fournisseur exclusif de Sciences-Po pour tout ce qui touche le livre, j’aurais davantage de temps pour promouvoir votre candidature auprès de mes amis. Si, en outre, vous acceptiez de renoncer à la traditionnelle remise que les libraires consentent aux établissements d’enseignement, une partie de celle-ci pourrait être reversé à l’obédience maçonnique Rotary National de France, très influente dans la haute administration. Mais, quoiqu’il en soit, mon soutien vous est acquis.
    Affaire à suivre.

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