Engagement n°2: Des liens renforcés entre Sciences Po et le monde de l’entreprise

Un des grands regrets de Richard Descoings aura été de n’avoir pas eu le temps de réformer en profondeur les liens unissant Sciences Po, et le monde de l’entreprise, du « business » comme nous aimions à le dire. Ainsi qu’il me le disait encore, il y a un peu plus d’un an, en parlant de ses chers élèves « tous ces fils à papa, je te les enverrai bien à l’usine pour voir ce qu’ils ont dans le ventre! » Le destin ne lui en aura pas laissé le temps.

Il convient donc qu’un homme de conviction, de consensus et de compétence accomplisse cette tâche. Car, ne le nions pas, les contacts avec le monde des affaires sont un des points faibles de Sciences Po. En effet, malgré quelques belles réussites, quelques parcours remarquables, force est de constater que la plupart des étudiants de Sciences Po se dirigent, sans ambition et sans originalité, vers l’administration publique. Certes, l’Etat peut ainsi s’enorgueillir de compter en son sein des jeunes gens (et des jeunes filles) bien formés, à la tête bien faite, et la bonne gestion de la République doit beaucoup à leur travail rigoureux et assidu.

Mais, alors, qui pourra nier que les échecs répétés de la France dans le monde concurrentiel de l’entreprise (vente avortée du Rafale, difficultés de l’industrie, échec à l’obtention des Jeux Olympiques) sont causés par une sorte de « fuite des cerveaux », qui fait que les plus beaux esprits, formés à Sciences Po, se détournent des entreprises du CAC 40? Je crois qu’il faut chercher là les raisons de la désindustrialisation de notre pays, et cela, le ministre du redressement productif ne pourra rien y faire.

Il faut donc que le futur directeur de Sciences Po (moi, donc) prenne à bras le corps ce problème. Pour cela, il ne faut pas se contenter de mesurettes et de recettes éculées. J’entends mes concurrents proposer, comme toujours, rapprochement des laboratoires avec les PME, stages en immersion, ou encore intervenants professionnels dans les cours. Quel manque d’originalité! Quel manque d’ambition! Car, à problème grave, il faut un remède conséquent.

Je propose donc que, par une loi organique, l’Assemblée nationale décide de nationaliser les plus grandes entreprises françaises (disons, pour commencer, la moitié des entreprises du CAC 40), avant de les privatiser dans la foulée et de les vendre, pour un euro symbolique, à la Fondation nationale des sciences politiques. Ainsi, le directeur de Sciences Po deviendrait, dans le même temps, PDG de Renault, Areva, Dassault ou encore EDF. Les liens entre université et entreprise deviendraient enfin réellement organiques. Et les passerelles seraient, pour les élèves, grandement facilitées.

Voilà une mesure qui, je vous l’accorde, remettra en cause quelques petits avantages acquis, et qui demandera également un soutien politique fort de l’Assemblée nationale. Pour le premier point, j’avoue ne pas avoir peur de bousculer les habitudes des médiocres ; pour le second, je me fais fort de convaincre le gouvernement après mon élection, quel qu’il soit.

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4 Commentaires

Classé dans 5 propositions pour Sciences Po

4 réponses à “Engagement n°2: Des liens renforcés entre Sciences Po et le monde de l’entreprise

  1. Olivier

    Quel panache ! Quelle ambition ! Cette seconde proposition est à couper le souffle.
    Pourquoi ne pas l’avoir fait plus tôt diront un jour les médiocres qui, comme l’homme africain, jamais ne s’élancent vers l’avenir. Jamais ils ne leur vient à l’idée de sortir de la répétition pour s’inventer un destin. Et c’est bien là le drame.
    Merci FBL de nous ouvrir les yeux.

  2. Walter Fernandez

    Cher Maître,

    Je suis toujours stupéfait par votre habileté stratégique. Pour ne pas effarer les imbéciles – et il en est beaucoup, hélas ! dans la classe politique française – vous limitez vos ambitions à l’achat de la moitié des entreprises du CAC 40. En vous lisant un peu rapidement, je me suis d’ailleurs dit que vous étiez peut-être un peu trop modeste… Oserai-je vous l’avouer ? J’ai eu peur, un bref instant, que vous ne soyez déjà usé, fatigué, vieilli – comme disait le jeune Lionel Jospin à propos de Jacques Chirac en 2002 – et que vous ayez troqué cet admirable esprit d’entreprise, qui faisait naguère tomber vos étudiant(e)s en pâmoison, pour une Weltanschauung excessivement consensuelle… voire, j’ai honte à le dire, « pantouflarde ». J’avais mal lu. J’avais omis deux mots – deux mots insignifiants en apparence, mais lourds d’exquises arrière-pensées : « pour commencer ».

    Oui, cher maître. Les entreprises du CAC 40 ne sont qu’un commencement. « Ce n’est qu’un début, la partouze continue ! », comme disait Jean d’Ormesson en 1936, au temps où il militait dans les cercles trotskistes du Faubourg Saint Germain. Peu à peu, Sciences Po va racheter toutes les entreprises du pays. Et comme, entre temps, les missions régaliennes de l’État auront été déléguées par François Hollande à des sociétés privées, vous disposerez de tous les pouvoirs classiques d’un président de la République. Alors, vous montrerez au monde ébahi et envieux qu’il est possible de gérer un pays entier comme une entreprise. Ce que Reagan, Thatcher, Pinochet, Berlusconi et Sarkozy auront tenté en vain, vous l’accomplirez avec aisance et brio, comme tout ce que vous faites.

    Avec tout mon respect et, j’ose le dire, toute mon amitié,

    Walter Fernandez

  3. Citizen Kohn.

    Soutien financier solide, OPA économique de grande ampleur
    (dont l’accomplissement reste toutefois conditionnel mais « admettons »
    selon l’enseignement du philosophe Bigard, dans sa leçon de chose
    sur comment coexister dans un monde peuplé de chauves-souris
    enragées), un dessein prend forme, incontestablement ! Il devrait imposer
    à tout élément de valeur la nécessité d’intégrer le nouveau corps
    des chevaliers Tectoniques du troisième millénaire ! Un ordre
    des Templiers moderne n’est-il pas à la veille de naître
    sous la houppette d’un grand Maître qui piétinera
    bientôt les frontières passées des idéologies
    exsangues autant que les contours
    géographiques surannés ?
    Bloch-Ladurie, pardonne ici le tutoiement de l’Histoire, mais tu es
    à la mondialisation ce que Ron Hubbard est à la Scientologie :
    son astre refondateur et son foyer nourricier !

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