Engagement n°3 : promouvoir la diversité à Sciences Po

Il y a trois jours à peine, plongé dans une longue digression sur les mérites comparés du collectisme et du stalinisme, en TD d’histoire des idées politiques, je m’arrêtai tout soudain. Un constat venait de me frapper, implacable et pourtant inaperçu jusque-là : dans mon cours, tous les étudiants étaient blancs, à l’exception d’un seul Noir. Pris de court par cette découverte qui, jusque là, avait échappé à ma sagacité, je me plongeai quelques minutes dans les trombinoscopes de mes autres TD, laissant mes étudiants du moment interdits et (presque) silencieux pendant quelques minutes. Le constat était bien le même : très peu de Noirs, quelques Arabes, et une dizaine d’Asiatiques au plus (si l’on y inclut la fille du ministre de l’intérieur ouzbek, charmante au demeurant, mais presque occidentalisée). N’y tenant plus, j’interrompis vertement le bavardage qui s’était installé dans ma salle de classe et fit remarquer à tous qu’il y avait, à l’évidence, un problème de diversité à Sciences Po. Boubacar le prit très mal et sortit en claquant la porte, ce qui me permit d’achever ma démonstration auprès de ses camarades restés présents (et un peu inquiets) : dès lors que l’on évoque ce sujet tabou dans les grandes institutions universitaires, la boîte de pandore des mauvaises intentions se pave des flammes de l’enfer.

Il faut sans plus tarder y remédier, non seulement dans le public que Sciences-Po accueille comme étudiants, mais aussi, et surtout, au sein des instances dirigeantes. C’est le sens du 3e engagement que je prends, publiquement, auprès de vous tous, à ce stade de ma campagne. Moi, directeur de l’IEP, j’instaurerai des objectifs chiffrés pour que la diversité ait toute sa place au sein des instances de direction et parmi les étudiants. Des quotas seront instaurés pour aboutir en moins de deux ans aux objectifs suivants : 10% d’homosexuels, 3% d’asiatiques, 1% de riches, 2% de borgnes, 4% d’infirmes. Il faut donner à Sciences-Po la même composition que celle de la société française, selon des critères clairs – à l’exception de l’intelligence, très inégalement répartie, comme chacun sait, et qui ne saurait être sous-représentée dans une école comme la nôtre. Ce n’est qu’un début, bien sûr. Les autres minorités discriminées feront valoir leurs droits par le biais d’une grande consultation interne, menée par le secrétaire général en collaboration avec un cabinet de conseil en ressources humaines. Je pense notamment aux fils d’ouvriers et aux doctorants de Jean-Claude Casanova, qui sont de moins en moins nombreux, paraît-il.

Refonder Sciences-Po, c’est aussi ouvrir davantage l’Ecole à la diversité. Il est temps de sortir de notre tour d’ivoire et d’accepter que des  gens qui ne nous ressemblent pas aient, à leur tour, la chance d’étudier dans les meilleures conditions.

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11 Commentaires

Classé dans 5 propositions pour Sciences Po

11 réponses à “Engagement n°3 : promouvoir la diversité à Sciences Po

  1. Walter Fernandez

    Cher Maître,

    J’avoue avoir été très ému en lisant votre dernier billet. Qui d’autre que Fernand Bloch-Ladurie pourrait faire preuve d’une telle sollicitude envers les pédérastes, les personnes diminuées et les gens de couleur ? Oserai-je vous l’avouer ? J’étais quelque peu raciste, handicaphobe et homophobe avant de fréquenter vos cours. Vous m’avez ouvert les yeux. Jadis, je changeais de trottoir lorsque j’apercevais au loin un infirme ou un étranger. Aujourd’hui, je n’ai plus de mépris ni de haine envers ces créatures : seulement de l’amour et de la compassion. Mes modèles ne sont plus Jean-Marie Le Pen ni Michel Leeb, mais Jésus et François d’Assise, ces amis des lépreux. Désormais, lorsque ma route croise celle d’un inverti, d’un Africain ou d’un mongolien, je lui barre le passage, le regarde dans les yeux et lui fait un grand sourire. Puis, discrètement, je glisse dans la poche de son blouson un billet de cinq euros. Alors, cet être disgracié et disgracieux ouvre de grands yeux étonnés. Trop ému, sans doute, par cette générosité inattendue, il reste silencieux. Enfin, nous reprenons chacun notre route, et je bénis la Providence pour ce moment de joie qu’elle vient de m’accorder.

  2. Walter Fernandez

    Cher Maître,

    Il m’est venu une idée. Vous avez parlé, à juste titre, des borgnes, des riches, des homosexuels et des personnes de couleur. Mais avez-vous pensé aux nobles ? S’il est une minorité discriminée, c’est bien la noblesse. Jadis, certes, elle dominait la France. Mais depuis la Révolution, on lui a bien fait payer ce prétendu crime. Persécutions, exécutions, quolibets en tout genre : tout a été bon pour rabaisser, affaiblir, voire exterminer la noblesse de France. Aujourd’hui, nos nobles sont dans un état à peu près aussi misérable que les Indiens d’Amérique. Méprisés, appauvris, ruinés par l’alcool et par l’impôt, ils survivent comme ils peuvent, acceptant humblement les tâches les plus ignobles. Certains même, comme Charlotte de Turkheim, ont pris le risque d’être excommuniés en embrassant la scandaleuse profession d’acteur. A propos, j’ai entendu dire qu’un vieil aristocrate en a été réduit à quémander un petit rôle dans un film intitulé Les saveurs du palais.

    La France a une dette envers sa noblesse. Ne serait-il pas temps de la payer ? Ne faudrait-il pas réintroduire l’aristocratie dans son lieu naturel : l’élite de la Nation ? Plutôt que d’ouvrir les portes de Sciences Po au Lumpenproletariat du « 9-3 », ne faudrait-il pas réserver quelques places (30 % environ) aux jeunes gentilshommes du Faubourg Saint-Germain ? Je suis sûr, cher Maître, que vous saurez trouver les réponses qui conviennent à ces questions.

  3. Walter Fernandez

    Cher Maître,

    Décidément, je suis en forme, aujourd’hui. On a beau faire circuler les pires calomnies sur la cocaïne, on est toujours obligé, au bout du compte, de reconnaître qu’elle stimule merveilleusement l’intelligence et l’imagination. Car il m’est venu une autre idée… Et quelle idée ! Mais trêve de préambules. Voici ma proposition.

    Vous avez écrit, cher Maître, « Il faut donner à Sciences-Po la même composition que celle de la société française, selon des critères clairs – à l’exception de l’intelligence, très inégalement répartie, comme chacun sait, et qui ne saurait être sous-représentée dans une école comme la nôtre. » Je suis évidemment d’accord avec cette phrase. Qui ne le serait pas ? Seulement, il me semble que ce mot d' »intelligence » pourrait prêter à confusion. Trop souvent, on réduit l’intelligence à une activité cérébrale et abstraite. On oublie qu’il existe aussi, selon l’heureuse formule de Jean-Pierre Raffarin, une intelligence de la main. Et cette forme d’intelligence, je crois qu’il faudrait aussi la promouvoir à Sciences Po. Il en va de l’égalité des chances et de l’équité.

    Seulement, comment faire pour introduire « l’intelligence de la main » rue Saint Guillaume ? Va-t-on permettre à des illettrés mal dégrossis, sentant encore le fumier paternel, de suivre les cours de Fernand Bloch-Ladurie ? Ne soyons pas ridicules. Ce qu’il faut, à mon sens, c’est suivre l’exemple des bénédictins de l’abbaye de Cluny. Conscients qu’il n’était pas à la portée de tout le monde de chanter en latin, ces moines géniaux ont eu l’idée de diviser l’abbaye en deux catégories bien distinctes mais complémentaires : les frères les plus instruits passeraient leur temps à chanter des psaumes, de manière à perfectionner leur art de la vocalise grégorienne, tandis que les moines incultes – appelés aussi « frères lais » – s’occuperaient des tâches matérielles.

    Je crois qu’il faudrait transposer à Sciences Po ce modèle qui a fait ces preuves durant tant de siècles. Tandis que les étudiants lettrés recevront un vernis de culture générale, entre deux cocktails mondains, une foule obscure d’artisans et d’ouvriers travaillera avez zèle à leur rendre la vie plus facile. Des couturières fabriqueront des habits somptueux, propres à rehausser encore le prestige de l’école. Des cuisiniers, boulangers, pâtissiers, prépareront de délicieux petits plats midi et soir. De séduisantes jeunes filles, entre deux heures de cours ou durant la soirée, apporteront aux étudiants une relaxation bien méritée.

    On pourrait même envisager la création d’une annexe de Sciences Po afin de former des personnes dont le rôle serait d’assister individuellement chaque étudiant dans les menues besognes de la vie. Sciences Do (Institut d’Études Domestiques) serait ainsi le complément idéal de Sciences Po. Cet institut permettrait à chaque étudiant de ne pas perdre un temps précieux à des besognes secondaires mais indispensables : ménage, cuisine, vaisselle, bien sûr, mais aussi habillage, coupe des ongles, brossage des chaussures et des vêtements, nettoyage des dents et du fondement, etc. Ainsi une véritable synergie se développerait entre de pauvres hères issus des catégories les plus modestes de la nation et les éléments les plus brillants de l’entreprise France. Je gage que Georges-Guy Lamotte, qui a tant œuvré pour la réconciliation des classes sociales, n’aurait pas désavoué un tel projet.

    • Je me permets, cher Walter, de fusionner en une seule toutes vos propositions, frappées, comme d’habitude, au coin du bon sens : il faut organiser Sciences-Po en un nouveau phalanstère, autonome dans tous les domaines : finances, production marchande, défense, etc. Chacune de ces fonctions serait assurée par une catégorie d’étudiants que l’on appellerait un « ordre », et l’accès à ces différents corps serait laissé au bon vouloir du directeur.

  4. Citizen Kohn.

    De l’utilité de faire école et d’ouvrir la réflexion aux disciples ! Diversité… qu’en ton nom, la bonne intention accouche d’ambitions louables mais mal fagotées ! Et démagogiques surtout ! Le sous-groupe (terme inapproprié en l’occurrence et dans la recherche d’une élite de l’excellence !) doit-il être à l’image du groupe entier quitte à nier sa particularité fondée sur son principe de sélection ? Alors, il n’y aura plus jamais d’ouvrier spécialisé ni de champion des « Chiffres et des Lettres » si la moyenne et la représentativité dictatoriale et universelle devient loi supérieure en remplacement de la sélection, naturelle, même lorsque le favoritisme hérité d’un rapport de forces favorable supplée cette dernière ! Corporatisme et communautarisme, objectera-t-on en voyant immédiatement le résultat de la logique différentielle poussée à fond. Exact ! Et moins juste qu’une discrimination « positive » momentanée, fruit d’une mode saisonnière pour telle ou telle catégorie de la population ? L’engouement pour une destination de vacances, une cuisine exotique ou un dialecte régional conduiront, si l’on n’y prend garde, à baptiser les promotions de l’avenir, s’il y a encore un avenir pour l’étude et sa valeur émancipatrice ! Au risque de remuer les méninges sur des chimères comme l’égalité des droits, une fois traduites dans la réalité de la bousculade quotidienne. La promotion n’est bien souvent que la version édulcorée de la publicité, qui n’est, la plupart du temps, que mensonge et vaine promesse ! « Aide-toi et le Ciel t’aidera » !

  5. Cher maître,
    Magnifique proposition, comme toujours. Mais quid des hippies et des ruraux de la France profonde, qui sont eux aussi fort discriminés, en matière sexuelle notamment, comme le montre utilement l’excellente émission de m6 « L’amour est dans le pré »?
    Notre chère école devrait moins s’inspirer des salons de l’élite parisienne que de ces émissions qui portent au cœur toutes les nuances de la société française – je pense notamment à « Tellement vrai » et à « Strip-tease ».
    Merci aux media, merci à vous.

    • Ce n’est pas faux. Mais vous me permettrez de douter que la discrimination en matière sexuelle fonde des droits. J’en veux pour preuve mon seul exemple : longtemps dédaigné par les femmes, lorsque je n’étais qu’un intellectuel en puissance, un étudiant binoclard parmi d’autres, je fais maintenant se pâmer de très nombreuses admiratrices, au nombre desquelles j’aimerais tant que vous figuriez. Ce qui prouve qu’on peut sortir par le haut de la misère sexuelle, par soi-même, à la force du poignet.

      • Mais, cher maître, vous savez bien que je me pâme devant vous! Nul n’admire plus que moi la force de votre poignet. Moi qui campe au pied de votre immeuble, avec pour seul vêtement la doctrine collectiste…

  6. @wanderingcity: vous me flattez. Je vous prépare un cours particulier au plus vite, pour lier collectisme et plaisir. Mon bureau vous est, en tous cas, toujours ouvert

  7. De tout temps, l’une des premières préocupations de l’étudiant a été de s’amuser. Mais simplement boire, danser ou faire la fête ne représente rien de spécifiquement estudiantin. Par contre, certains grands symboles d’appartenance à ce monde particulier qu’est l’université demeurent encore à ce jour très représentatifs de l’étudiant guindailleur. L’une des versions les plus courantes de l’histoire de la naissance de le calotte est donc celle-ci: La calotte fut officiellement créée en 1895, par Edmond Carton de Wiart, et choisie comme symbole par les étudiants de la Société Générale Bruxelloise des Etudiants Catholiques; qui avait pour but de « rendre un caractère estudiantin » à la jeunesse universitaire qui s’embourgeoisait. La calotte fut donc choisie comme signe distinctif pour représenter l’étudiant catholique. – La calotte est avant tout le symbole d’uunne adhésion à un ensemble de valeurs telles que: L’OUVERTURE vers l’extérieur, la CAMARADERIE, la TOLÉRANCE et le RESPECT de l’autre et des TRADITIONS et du FOLKLORE.

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