Engagement n°4 : Des idées plus courtes, des actions plus grandes

Depuis des années, on se plaint de la formation des élites françaises : trop théorique, trop abstraite, pas assez tournée vers la société réelle. En un mot, trop élitiste. Et chacun d’y aller de sa proposition de réforme…

Pourtant, au sein même de notre pays, des expériences novatrices ont été proposées, sans être malheureusement suivies d’effet. Je pense, vous l’avez compris, aux fameuses Écoles Bernard Tapie, institutions à la pointe, mais dont une justice pointilleuse a malheureusement brisé les ailes.

J’ai découvert, pour ma part, ces Écoles en écrivant mon ouvrage sur Georges-Guy Lamotte, lorsque je me suis rendu compte que le grand homme y avait enseigné. Comme je le découvrais alors, un reportage avait même été fait par une équipe de tournage belge, montrant bien le caractère férocement novateur de l’enseignement qui y était délivré –on y voit furtivement, du reste, Lamotte lui-même.

Il me semble que les Écoles Bernard Tapie peuvent constituer un bon exemple de ce qui devra être fait à l’avenir pour Sciences Po. Cessons, je vous en prie, de tourner autour du pot: à quoi peuvent bien servir des cours de droit administratif, de relations internationales ou de littérature pour qui ambitionne de conduire la France?

Ce qu’il faut à Sciences Po, ce sont des programmes d’études révisés, plus courts et plus opérationnels, faisant une large place aux apprentissages concrets, en ne conservant qu’un léger socle théorique de base (collectisme), en première année.

Si je suis élu directeur de l’IEP, de nouvelles filières seront donc créées dès la première année, dont : leadership managérial, éditorialisme médiatique, ou encore web 2.0 et génération Y. De même, une partie des cours serait délivré en anglais, pour permettre à nos futurs dirigeants de bien figurer dans la concurrence mondiale. On pourra ainsi remplacer le cours de « Philosophie publique » par un cours de « phoning« , ou encore l’inutile « Théorie de l’organisation » par un enseignement sur les « self-confidence processes« . Ainsi, Sciences Po jouerait enfin son rôle de moteur de la croissance nationale, et pourrait servir d’exemple aux autres universités française engluées dans leurs difficultés.

Publicités

11 Commentaires

Classé dans 5 propositions pour Sciences Po

11 réponses à “Engagement n°4 : Des idées plus courtes, des actions plus grandes

  1. Richard-Antoine Seillère (fils de)

    Cher monsieur, prévoiriez-vous des cours de community management en sus ?
    Ayant été formé dans cette noble institution, je ne peux que me plaindre de la faiblesse d’engagement de mes ex-condisciples, et de la faible valeur ajoutée offerte par ladite institution dans la formation d’individus prétendant appartenir à l’élite. Ah ça, ils sont bourre-divins, comme dit
    le sociologue, mais ce recul, cette distance nuit à la mobilisation nécessaire au véritable entrepreneur. Je ne peux donc que vous féliciter de prévoir des cours de « self-confidence processes ».

    Et même si ces gauchistes sont insupportables, il leur arrive de dire des choses merveilleuses, lisez-donc : « Cette éducation totale est liée à la définition même du bourgeois, qui ne doit rien à sa position dans les rapports de production, tout en lui devant tout. Toute la croyance qui fait accepter les inégalités fondamentales, si bien qu’elles ne cessent de durer, repose sur l’alchimie qui transforme l’héritier en être de nature différente, supérieure. Le bourgeois ne doit, apparemment, rien à sa profession, à sa place dans les rapports de production. Il ne se définit que par sa personne même, étant, semble-t-il irréductible à tout déterminisme. Pure individualité étrange, qui doit nombre de ses caractéristiques à l’appartenance au groupe des pairs. L’habileté bourgeoise est dans ce tour de passe-passe qui permet d’esquiver l’objectivité de la situation dans la subjectivité de sa définition. » (Pinçon et Charlot, Sociologie de la bourgeoisie, La découverte, Paris, 2000, p. 92 ou pas longtemps après)

    Voilà ce vers quoi il faut tendre !

  2. j'ai déchanté

    Mine de rien, moi aussi je déconnais avec des idées farfelues, et je me suis rendu compte qu’elles étaient toutes dans les cartons de l’UMP :-\
    (genre, pour combler les déserts médicaux, faire intervenir les vétérinaires comme médecins généralistes)

  3. Walter Fernandez

    Cher Maître,

    Vous ne serez pas surpris que j’applaudisse des deux mains à votre projet. Comme vous vous en souvenez peut-être, je vous avais soumis une idée assez semblable il y a quelques jours, lorsque j’avais commenté votre première proposition (https://lactualiteselonblochladurie.wordpress.com/2012/10/09/5-propositions-pour-sciences-po-n1-un-budget-elargi/). Bien entendu, je n’ai pas l’outrecuidance de penser que j’aie pu vous inspirer en quelque manière. Je crois plutôt que nous avons tous les deux puisé à la même source : le collectisme de l’immortel Georges-Guy Lamotte.

    Mais revenons à votre proposition. On ne le dira jamais assez : la « culture » est le fléau des temps modernes. Comme le disait le Général de Gaulle, je crois, « ce n’est pas en lisant Zadig et Voltaire que j’ai eu l’idée de convoquer les états généraux de la France ! » Ce qu’il nous faut, ce sont des hommes et des femmes de terrain, des technocrates de proximité, qui savent faire preuve de pédagogie lorsqu’ils mettent en œuvre des réformes douloureuses (retraite à 75 ans, déremboursement de la chimiothérapie, délocalisation des maternités en Roumanie, rétablissement de la peine de mort pour les Roms de plus de 12 ans, etc.). L’austérité, oui, mais sans idéologie ! La tolérance zéro, oui, mais avec le sourire ! « L’humain d’abord ! » comme disait très justement Georges-Guy Lamotte, à l’époque où l’ultragauche n’avait pas encore le culot de récupérer les slogans collectistes.

    • Vous avez raison. Je pense que c’est plutôt moi qui vous ai influencé, et vous croyez (un peu naïvement, avouons-le) que l’idée est de vous. Mais je ne vous en veux pas: c’est la preuve que vous avez été bien formé, et que votre esprit critique est aussi développé que le mien! Par contre, votre idée de technocrate de proximité est excellente, je vais donc me l’approprier en la revendiquant pour mienne. Quant aux propositions que vous évoquez, elles me paraissent frappée au coin du bon collectisme

  4. Citizen Kohn.

    Saloperie de machine qui évapore le texte alambiqué au moment
    crucial de l’envoi ! Fausse manœuvre, acte manqué, disent ceux
    qui ne côtoient que le « vulgum pecus ». Balivernes, sabotage !
    Bah, « bis repetita… »
    Qu’il soit donc permis de glisser encore ici quelques remarques pertinentes en pure perte, comme d’habitude !
    – Elite… ? Associer la réalité incontestable de l’élite à formation
    sous-entend qu’il y a possibilité de création « ex nihilo ». Foutaise !
    L’élite existe, préexiste, pousse en terrain favorable et se transmet
    parfois mais ne se fabrique pas !
    – Pour autant, fournir aux élites un terreau adapté est souhaitable
    afin d’y entretenir la consanguinité fertile, d’où l’intérêt du concept
    de grande école, ce rallye performant au long cours.
    – Au passage, évoquer un reportage insignifiant ne rappelle-t-il pas
    aux plus doués zélateurs de l’animateur du blog, sa promesse répétée
    d’un documentaire intégral et précieux sur Georges-Guy Lamotte.
    « Quousque tandem » ?
    – Cohérence oblige, le programme des études, dans ce cadre, n’est pas
    une question primordiale, l’essentiel est de procurer aux élites innées
    l’entraînement utile pour commander et galvaniser leurs futures équipes
    d’exécutants soumis : « Faire faire plutôt que faire », ce que les Romains,
    avec leur sens de la formule condensent dans le très spielbergien
    « Qui gladio ferit, gladio perit » !

    • Nous sommes donc d’accord, notamment sur le fait que les élites doivent avant tout être entrainées à commander. L’essentiel est ici d’insister sur quelques fondamentaux: management, managing, leadership et autre dominating processes. Enfin, l’élite certes préexiste à elle-même, mais elle doit être formée pour s’accomplir totalement: ici, Science po a toute sa place

  5. Citizen Kohn.

    D’accord, pas d’accord ; l’essentiel pour le futur directeur de Sciences-Po est d’être le roseau inflexible, le chêne résilient mais résistant, la muraille de Chine derrière laquelle rien ne change de l’équilibre historique de la distribution des privilèges quand la vitrine affiche, elle, la promesse, généreuse mais ô combien trompeuse, de l’inexacte égalité des chances.
    Courage, la grandeur est la fille de l’autorité ! « Sursum corda ! » se serait écrié le bourreau avant de pendre le Captaine Kidd en 1701…

  6. Et quid des cours sexués? Un enseignement de « bonnassitude » me semble nécessaire pour la gent féminine, ainsi que de « faut-il porter des boutons de manchette » pour les autres.
    (Encore merci maître pour cette splendide photo de Sophie Marceau, la femme qui a su dédramatiser l’agrégation)

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s