Engagement n°5 : Une équipe de direction performante

Richard Descoings, que j’ai bien connu au temps de sa splendeur, a su incarner Sciences-Po mieux que personne. Charismatique, même d’après ses adversaires, feu le directeur de l’IEP attirait les louanges et séduisait très largement. Il s’était également fait quelques ennemis en raison d’un train de vie jugé trop élevé. Les médiocres qui ne sont pas habitués à côtoyer les sommets sont toujours très prompts, on le sait, à vilipender ceux qui gagnent mieux leur vie qu’eux.

Il faut pourtant passer outre ces critiques, et accepter que les très hautes responsabilités qu’entraîne la direction de Sciences-Po méritent une rémunération très élevée. Suivant en cela le modèle mis en place par Richard Descoings, je propose que l’ensemble des cadres de l’équipe de direction de l’IEP (200 ou 300 personnes en tout) soient rémunérés à la performance. Sous mon règne, la part fixe de leur salaire sera ramenée à zéro, et des indicateurs de gestion mesurant leurs résultats permettront de les payer à la juste mesure de leur talent. Le directeur financier, par exemple, aura pour objectif d’augmenter les financements de l’Ecole de 30% en volume, chaque année. Le directeur de la recherche devra recruter plus de 30 nouveaux professeurs ayant un « facteur H » supérieur à 40, et licencier les moins productifs. Le chef du service logistique s’emploiera à rentabiliser les approvisionnements et les contrats de prestation de l’IEP en externalisant tout ce qui peut l’être : délocalisation des standardistes au Maroc, comptabilité et ressources humaines sous-traitées, etc.

Quant au directeur de l’IEP – moi -, il ne peut être question de résumer sa mission en quelques indicateurs simples. Il faudra donc ajouter diverses primes de performance, calculées en fonction des résultats atteints par ses subordonnés, à un salaire fixe annuel de 1 230 000 euros.

Pour financer ces dépenses de fonctionnement, outre un fundraising renouvelé, on s’appuiera sur une augmentation des frais d’inscription des étudiants, prônée par tous les rapports sérieux sur le financement des institutions universitaires. 80000 euros par an semblent un bon début. Evidemment, cela aura des conséquences sociales, mais pas celles que l’on croit : en appauvrissant les étudiants les plus fortunés, cette mesure permettra d’oeuvrer en faveur de l’égalité réelle, bien plus efficacement qu’en recrutant des étudiants pauvres (qui, de toute façon, savent rarement lire). On voit que, dans mes engagements pour Sciences-Po, « tout se tient », comme disait Ségolène Royal à propos de son programme présidentiel. Souhaitons que je récolte au moins autant de suffrages qu’elle.

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7 Commentaires

Classé dans 5 propositions pour Sciences Po

7 réponses à “Engagement n°5 : Une équipe de direction performante

  1. Citizen Kohn.

    Voilà ! Il resterait presque à espérer que les cinq propositions promises soient plus nombreuses en fait tant il est rassérénant de consulter enfin une enveloppe programmatique aussi sensée, cohérente et porteuse d’avenir ! En matière de contribution spontanée des participants, ne serait-il pas utile d’explorer le modèle en vigueur dans certaines communautés au succès avéré (Moon, Scientologie etc.). Le legs de tous les biens et revenus de l’élève lors de son inscription à l’école présente plus d’avantages que toute autre formule : outre la rentrée substantielle pour les finances de l’établissement, la constitution rapide d’un capital et d’un patrimoine garantira sa pérennité ou un train de vie adéquat à son équipe directrice. Et quelle stimulation pour les étudiants qui n’en seront que plus appliqués et motivés pour propulser leurs ambitions légitimes vers les carrières les plus rémunératrices ! Pour satisfaire à l’exigence déontologique et morale, un fonds de secours symbolique serait constitué
    pour celles et ceux qu’un échec méritoire aurait empêché de triompher au sommet de la pyramide sociale par quelque embûche (abus de biens sociaux, délit d’initiés, conflits d’intérêts et autres peccadilles). Précaution charitable, indiscutablement mais plus pragmatiquement vivier de compétences réexploitables, voire gisement de fusibles précieux dans les délicates opérations où ne manqueront pas de tremper les meilleurs au classement de sortie du cursus de « formation ».

    • C’est une proposition sensée. Il faut en étudier la faisabilité dans le cadre de la fondation Lamotte pour le développement de Sciences-Po, dont la fiscalité sur le patrimoine sera plus avantageuse que celle de l’Ecole.

  2. Walter Fernandez

    Cher Maître,

    Il m’a semblé percevoir une sorte de contradiction apparente entre votre cinquième proposition et le message que vous avez eu la gentillesse de m’envoyer le 12 octobre dernier. Vous écriviez alors :

    « Cher ami
    tout d’abord, pour vous rassurer: je ne suis pas le moins du monde choqué par la rémunération que vous demandez [c’est-à-dire 1000 euros de l’heure au moins]. Comme le disait mon cher grand-père, tout travail mérite salaire ; et, à tout prendre, vos prétentions salariales sont bien inférieures aux miennes. »

    Or, voici que vous écrivez aujourd’hui : « Sous mon règne, la part fixe de leur salaire sera ramenée à zéro, et des indicateurs de gestion mesurant leurs résultats permettront de les payer à la juste mesure de leur talent. »

    D’un côté, vous m’assurez qu’une rémunération de 1000 euros de l’heure, pour un poste de directeur de communication, ne vous poserait aucun problème. De l’autre, vous annoncez que la part fixe des salaires sera nulle.

    Il me semble qu’il y a un moyen très simple de faire s’évanouir cette apparence de contradiction : il suffirait que la FBL-School (comme on appellera bientôt Sciences Po Paris) embauche des consultants externes en sus des cadres salariés. Ces consultants, triés sur le volet comme il se doit, recevraient une rémunération fixe, plus un certain pourcentage des dividendes – puisque, si je vous ai bien compris, l’action Sciences Po sera cotée en bourse.

    Pour en revenir à mon cas personnel, je suggère un partenariat entre la FBL-School et ma société de conseil en communication, Walter Fernandez Propaganda Consulting Inc. Nous pourrions partir d’un accord a minima : ma société consacrerait 10 heures par mois (à raison de 3500 euros de l’heure) à la formation de vos étudiants et de vos cadres. Par ailleurs, elle serait intéressée aux dividendes de l’entreprise FBL-School à hauteur de 20 %.

    J’espère que vous pardonnerez le ton quelque peu prosaïque de ce message, mais comme le dit si bien notre ami commun Bernard Tapie : « Si y a embrouille question biftons
    Tu t’en prendras plein les roustons ! »

    Je vous prie, très cher Maître, de recevoir mes salutations cordiales et néanmoins respectueuses.

    Votre toujours fidèle

    Walter Fernandez

    • À l’évidence, nous trouverons un terrain d’entente : je ne saurais me passer du talent d’un homme qui cite si bien (et fort à propos) mon ami Bernard Tapie. Je vous invite à rencontrer au plus vite le bras droit de mon fundraising manager, Ange di Santini. Il donne généralement ses rdv d’affaires au deuxième sous-sol d’un parking vers la porte de St-Ouen.

      • Walter Fernandez

        Cher Maître,

        Je n’en attendais pas moins de vous. Je serai sans faute à ce rendez-vous, et ce d’autant plus volontiers que j’adore l’ambiance des parkings souterrains. Si vous n’y voyez pas d’inconvénient, je serai accompagné de trois de mes amis et associés, rencontrés en Afrique au temps où je fréquentais les réseaux Pasqua. Il s’agit de René Pietrarossa, dit « Double lame », d’Aimé Genovese, a.k.a. « Keyser Söze », et de Francesco Maiale, alias « Il Torturatore ». Peut-être leurs noms ne vous sont-ils pas tout à fait inconnus, puisqu’ils ont jadis crevé l’œil gauche de M. di Santini au cours d’une petite rixe amicale.

  3. La politique mise en place à l’IEP de Lille constitue une réussite très fragile car elle repose sur le sur-investissement d’un personnel (enseignant et administratif) dont le faible nombre est une menace permanente pour le fonctionnement de l’école. La seule rémunération du directeur de Sciences Po Paris permettrait de renforcer Sciences Po Lille d’au moins 20 personnes.

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