Dopage : où est le mal ?

Lance Armstrong n’est pas le monstre que l’on croit. C’est avant tout un homme courageux qui, pour surmonter son cancer et payer à ses enfants une scolarité digne de ce nom dans les meilleures université américaines, a payé de sa personne, au sens propre. Michel Drucker, un journaliste intègre et digne (bien que parfois un peu vulgaire), l’a démontré mieux que personne.

Devant ma télévision, ces derniers jours, je bouillais intérieurement. On salissait un homme au seul motif qu’il s’était drogué. On vilipendait tout un sport alors que chacun sait, depuis longtemps, que la plupart des grands cyclistes sont dopés. Et pas seulement les cyclistes ! Usain Bolt courrait-il si vite s’il ne fumait pas du haschich ? François Fillon piloterait-il si bien s’il n’était coké jusqu’au bord des narines ?

N’y tenant plus, je composais le numéro du « Téléphone sonne » de France Inter, qui s’intéressait ce soir-là à « L’affaire Armstrong : coup de pédale ou coup de pute ? ». Manoeuvre délibérée pour m’interdire l’antenne ou surcharge d’appels momentanée, la standardiste était dans l’impossibilité de me passer le micro. Je fus donc contraint de lui faire la leçon à elle seule. Au bout d’une demi-heure de démonstration serrée, je découvris, vert de rage, qu’elle avait raccroché depuis longtemps déjà. Fort heureusement, j’avais pris des notes, que je reproduis ici.

Primo, les sportifs sont l’équivalent moderne des gladiateurs : ils sacrifient leur éducation, leur santé, et bien souvent, leur vie, dans le seul but de nous distraire. Quelles limites imposer à ce sacrifice ? Aucune autre que celles auxquelles ils voudront bien consentir.

Secundo, il est scientifiquement prouvé que l’on ne peut courir le 100 m en moins de 11 secondes, sans dopage – j’avoue avoir atteint une fois 10″80, mais je sortais d’une virée nocturne particulièrement agitée.

Trimo, une pratique sportive quotidienne sans aucune aide médicale a des effets particulièrement délétères sur la santé : témoin, cette photo de François Hollande qui, à l’entraînement avec moi (pendant une université d’été à la Rochelle), avait refusé catégoriquement de recourir à mon régime Red Bull – vitamine C – acide, et que l’on voit ici soufflant comme un boeuf et peinant à se mouvoir.

Le bon sens, et la plus élémentaire logique, commandent d’arrêter de se voiler la face derrière son petit doigt qui cache la forêt. Non, on ne pourra jamais venir totalement à bout du dopage. Bien sûr, ce n’est pas souhaitable. Evidemment, cela signifierait la mort complète du sport. A l’hypocrisie des belles âmes qui font semblant de s’émouvoir de l’affaire Armstrong, je réponds : qu’on laisse tranquille cet homme, et tous ses semblables. Sans leurs aiguilles dans le bras et leurs pilules magiques, nous serions privés de divertissement.

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17 Commentaires

Classé dans Divers

17 réponses à “Dopage : où est le mal ?

  1. Votre maîtrise des logiciels de retouche photos est redoutable Fernand…

    Je m’étonne que vous n’ayez pas vu l’aspect technico-économique du dopage. Si légalisé dans ce genre de sports, l’Etat profitera grandement de tous ces décès soudains sur son territoire :
    – Augmentation des droits de succession (à 40 ans, on n’a pas encore fait basculer sa fortune à ses enfants)
    – Moins de retraites à payer
    – Revitalisation du marché immobilier
    Sans compter les rentrées publicitaires de France Televisions, moi-même laisserai un livre de côté pour regarder le Tour, en attente d’un accident en direct ! Comme pour le départ de la F1.

    De quoi acheter un deuxième porte-avion, au moins.

    • Olivier

      Que de médisance. Les photos dérangent : elles sont truquées. Les sportifs font des exploits : ils sont dopés. Ce genre d’amalgames est triste à lire.

      • Cher Olivier,
        vous m’avez mal compris. Le Tigre faisait référence à François, dont le ventre a été injustement arrondi par un effet de torsion du torse (excusez l’allitération). Du coup, l’échancrure des reins est anormalement creusée pour un mâle. Un perruque blonde, et on jurerait Shakira au mondial en Afrique du Sud.

        PS : votre nom serait-il un clin d’oeil d’une exquise finesse à une série d’illustrés footballistiques nippons de ma jeunesse?

      • Olivier

        D’accord !
        Je comprends mieux votre propos.
        Cette précision était indispensable.
        A l’heure où toutes sortes de calomnies et de parodies, de plus ou moins bon goût, pullulent sur la toile, évitons de créer un doute inutile sur le sérieux et la rigueur du travail de Fernand Bloch-Ladurie. Son blog est un site rare, qui propose une analyse de l’actualité politique sans concession, avec courage et parfois même originalité.
        Merci à toi, oh Fernand, phare de l’Internet, grand timonier de la toile…

      • Vous avez tous deux raison: l’hypocrisie des uns vaut bien le complotisme des autres. Cher Tigre (quel étrange nom: avez vous des origines africaines?), les conséquences socio-économiques du dopage que vous évoquez me semblent une évidence. Je ne les avais pas indiquées, par manque de place, et vous avez donc fort bien fait de les rappeler pour mes lecteurs moins vifs que vous et moi. J’ajouterais du reste que l’augmentation du dopage aurait un effet fort bénéfique sur la pharmacie d’officine, actuellement en proie à quelques difficultés, et aiderait ces travailleurs souvent méconnus à mieux boucler leurs fins de mois

  2. Frédéric

    Cher Fernand, je ne vois pas pour Armstrong de meilleure façon de rebondir que de devenir votre responsable des sports à Science Po, dès que vous en serez directeur. Bientôt les jeunes poitrinaires de la rue Saint Guillaume seront capables d’enfoncer Oxford et Cambridge lors de la « Boat Race », fût-ce avec des méthodes innovantes (drogue, certes, mais aussi sabotage, piraterie, snipers…)

    • J’avais effectivement pensé à le proposer à M. Armstrong, mais il risque d’être rapidement dans l’incapacité de quitter le territoire américain -celui de sa cellule, en fait. En revanche, vous m’avez l’air d’en connaître long sur la question: un poste de responsable des sports vous intéresserait-il?

      • Frédéric

        Cher Fernand, ce serait un honneur d’occuper ce poste, où j’ai ouï dire qu’étaient pressenties des sommités comme MM. Pierre Ménès et Gérard Holtz, qui sont sans doute au commentaire sportif ce que MM. Pascal Perrineau et Stéphane Rozès sont au commentaire politique.

  3. Walter Fernandez

    Cher Maître,

    Vous avez évidemment raison, comme toujours. Le plaisir du spectateur justifie bien des sacrifices chez les sportifs. La corrida restant légale (Dieu merci !), on peut encore avoir la noble satisfaction de contempler la mise à mort d’une bête. Pourquoi n’en irait-il pas de même avec les sportifs ? Car si le dopage tue plus lentement que l’épée du torero, il a tout de même pour vertu de raccourcir bien des vies. Je ne vois pas au nom de quoi on nous priverait de ce petit plaisir.

    J’ajouterai cependant que la légalisation du dopage des sportifs, aussi nécessaire soit-elle, n’est pas suffisante à mes yeux. Ne restons pas au milieu du gué. Allons jusqu’au bout de la réforme du sport-spectacle !

    Je m’explique.

    Souvent, j’avoue m’être quelque peu ennuyé en regardant un match de foot ou une course cycliste. Au début, j’ai cru que cela tenait à la nature répétitive de ce genre de spectacle. Puis, je me suis rendu compte que cette analyse était pour le moins superficielle. La vraie raison de mon ennui était que je me trouvais dans un état normal – trop normal, en fait, pour pouvoir apprécier les exploits surhumains des sportifs que je contemplais à la télévision. J’avais beau consommer quelques dizaines de bières à chaque spectacle, mon organisme n’était pas en phase avec celui des sportifs. Pour que le sport devienne un spectacle à part entière, me suis-je dit, il faut que la même exaltation et la même énergie métamorphosent le corps des dieux du sport et celui de leurs fidèles. J’ai compris alors qu’il faudrait de toute urgence légaliser le dopage des téléspectateurs.

    Allons plus loin : ce qu’il faudrait, en réalité, c’est rendre ce dopage obligatoire. Dans un pays comme la France, où règnent le pessimisme et la désespérance, on ne peut se payer le luxe de permettre aux gens de déprimer dans leur coin. Il faut propager partout la merveilleuse folie du supporter, il en va de la survie de la nation. Procédons cependant progressivement. Imposer tout de suite le dopage des spectateurs pourrait entraîner une violente réaction de la part des bien-pensants. N’oublions pas que notre pays est freiné par toute une tripotée d’archaïsmes et de corporatismes. Dans un premier temps, on pourrait donc se contenter de mesures incitatives. Par exemple, on pourrait augmenter un peu la redevance de manière à ce que les téléspectateurs de 7 à 77 ans reçoivent chaque année un kit complet de dopage.

    L’opération ne devrait d’ailleurs pas coûter si cher. Les produits dopants seraient fabriqués à partir des drogues saisies chaque année par la police. Quant aux seringues, il suffirait d’aller dans les terrains vagues et dans les squats récupérer celles dont les toxicomanes n’ont plus l’usage.

    • Olivier

      Je lis avec intérêt votre proposition, chez Walter. Mais je pense que vous vous emballez. Il me semble que ce bon Fernand vous répondrait comme je vais le faire moi-même : pourquoi faire compliqué quand on peut faire simple ?
      Dans notre bon pays de France, aux coteaux ensoleillés, remettons le bon vieux vin rouge national qui ne tâche que lorsqu’on ne le boit pas, à l’honneur.
      Et oublions ces histoires de seringues et de drogues exotiques et métèques qui ne sont pas faites pour le commun des mortels. Seule une élite délicieusement décadente sait les apprécier à leur juste valeur.

      • Walter Fernandez

        M. Olivier,

        J’entends bien votre objection, mais je ne pense pas qu’elle soit entièrement convaincante. Pour ce qui est du vin rouge, je n’ai bien entendu rien contre, mais je ne pense pas que ça ait le même effet qu’un bon pot belge ou qu’un petit cocktail sympathique genre « Festina libre » ou « Armstrong on the beach ». Croyez-moi : j’ai essayé. En regardant des matchs de foot, je n’ai pas seulement éclusé des bières : j’ai sifflé pas mal de bouteilles de vin, et pas que de la piquette, j’aime mieux vous dire. Et si c’était loin d’être désagréable, cela ne rendait pas le match plus passionnant à mes yeux blasés.

        J’en viens maintenant à votre argument protectionniste (je passe rapidement sur le mot « métèque », qui pourrait presque évoquer un vague relent de xénophobie). Contrairement à vous, je ne crois pas qu’il faille nécessairement importer les produits dopants. Notre industrie pharmaceutique fabrique d’excellentes drogues, et je crois qu’il faut l’aider à s’en sortir en lui passant des commandes massives. L’État se doit de venir en aide à de petites entreprises méritantes. Par ailleurs, savez-vous que la France est le troisième producteur légal de pavot dans le monde ? Des dérivés de cette plante, on le sait, sont largement utilisés dans les hôpitaux, notamment pour les soins palliatifs. Or, que peut-on administrer à toute cette France qui tombe, cette France de chômeurs, de RSAstes, de pétanqueurs (comme disait Jean-Pierre Raffarin, cet homme d’esprit), cette France de fonctionnaires moisis et d’ouvriers aigris, cette France archaïque qui dit « non » à toutes les réformes qu’on a la bonté de lui offrir, sinon des soins palliatifs ? A l’évidence, il n’est plus possible de sauver ces êtres déchus. En revanche, on peut apaiser leurs souffrances et économiser du même coup le prix – toujours trop élevé – d’une révolte sociale.

        Comme vous le voyez, je ne pense pas qu’il faille réserver les drogues des sportifs à une élite décadente. Ce serait d’ailleurs contraire aux valeurs du collectisme, parmi lesquelles Georges-Guy Lamotte a toujours mis au premier chef l’égalité des malchances.

      • Chers Olivier et Walter
        j’apprécie beaucoup l’intérêt de votre conversation savante. Ce blog me fait, de plus en plus, penser à la cafeteria de Sciences Po et rien ne me réjouis plus.
        Pour en venir au fond du problème, je dirais que vous pouvez tous deux avoir raison, et, mieux, que vos propositions sont faites pour s’entendre. Car qui interdit de mêler vin rouge de pays et amphétamines testostéronées? rien, je ne crois, si ce n’est la loi actuelle. Du reste, le fameux « pot belge » n’était-il pas, d’après les déclarations de M. Voet, souvent coupé d’un peu de whisky?
        À mon avis, donc, il faudrait promouvoir conjointement alcool et dopage. On aiderait ainsi une industrie traditionnelle (les vignerons), et l’on promouvrait une production émergente (métiers d’avenir) dans le domaine des biotechnologies

  4. Citizen Kohn.

    Une fois encore, la vérité est ici : que n’entendons-nous pas, jour de crise après jour ? Croissance, compétitivité ! Compétitivité, croissance ! Relance et dix de der ! Soit, l’objectif est clair ! Il est dépassé de gloser sur tant d’allègement (ou, au contraire, de renforcement) fiscal contre tant de création monétaire. Le moment est venu d’agir directement sur la variable humaine, de la remettre au cœur du dispositif, comme le disent de l’élève les éducateurs réformistes. L’ère de homme augmenté (de la femme aussi, qui l’a compris depuis la banalisation des pare-chocs en silicone) est ouverte ! Comme nous ne sommes ni crédules ni naïfs, nous savons bien que, pour monter au front de la bataille pour la prospérité, il faut galvaniser les troupes technico-commerciales, il devient de même évident qu’il faut aussi abolir tous les freins et tabous relatifs aux moyens dits artificiels d’y parvenir. La recherche doit même se consacrer au dépassement permanent des limites et des performances des soutiers de la nouvelle économie sous la houpette d’une haute autorité des stimulants, et de tous les départements ministériels et administratifs nécessaires avec l’appui de toutes les compétences privées disponibles ! Crions tou(te)s comme le Libertador Bolivar : « Coca y cola para todos los guerilleros de la Nation ! »;

  5. Giacomo

    Comprenez-nous bien, nous ne protestons pas pour des raison « éthiques » ou quoi que ce soit d’approchant, non, pas du tout.
    Nous souhaitons juste connaitre l’adresse et le numéro de téléphone du dealer.
    J’ai parié, avec les copains de l’institut financier que mon papa dirige et ou je travaille (enfin, je me comprends…), qu’en triplant la dose, je pourrais courir le 100m en 3s.
    (j’ai d’ailleurs entendu dire que s’injecter du Roundup pouvait améliorer sensiblement les performances, est-ce vrai?)

  6. Dr Blouse (alias Citizen Kohn).

    Puisqu’il faut bien parfois repasser la blouse par dessus le costume trois pièces, cuisine et service garni, voici quelques conseils :
    – Dans le contexte dépressif actuel, bien qu’il n’atteigne personne ici de toute évidence, ne conviendrait-il pas d’encourager une fabrication locale de qualité plutôt que de s’en remettre aux aléas de fournitures aux provenances mal déterminées ? Une démarche « Breaking Bad » est donc plus que souhaitable. Nul doute que parmi nos amis compétents et modestes, fourvoyés dans des carrières chimiques et pharmaceutiques, loin d’être reconnues à leur valeur potentielle, les plus doués de leurs mains proposeront très vite leurs services dévoués et appréciés !
    – Cher Giacomo, en confondant posologie et tables de multiplication, vous allez au devant de quelques déceptions notables. Influence déplorable des productions hollywoodiennes à la gloire de super héros dotés de super pouvoirs, contes faribolesques ! A moins que votre cher père ne vous finance la greffe de trois reins surnuméraires et d’un circuit de refroidissement digne de celui de votre voiture de sport italienne de très petite série, il est à craindre que vos intéressantes expériences de pharmacodynamie sur vous-mêmes ne vous enlèvent précocement à notre affection tout en vous laissant au fond de la gorge un arrière-goût de paëlla à la date limite de consommation dépassée.
    – Enfin, l’administration de désherbant (ou même de sa principale molécule active) que vous évoquez ne saurait être recommandée en regard de ses inconvénients systémiques (et quasi systématiques). Pour quel avantage réel, la migration saisonnière probable – même pas certaine ! – de vos petits amis pubiens (morpions) vers vos camarades de jeux ? Cela vaut-il, une fois l’effet de surprise éventé, de vous exposer à de graves perturbations du fonctionnement de vos gonades ?
    Sincèrement.

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