Compétitivité : il est temps de frapper fort

Je n’ai pas lu le rapport Gallois. Pourquoi l’aurais-je fait ? On sait déjà ce qu’il préconise : diminuer les cotisations sociales pour ramener le coût du travail à un niveau plus faible, et restaurer ainsi les marges des entreprises françaises – ou, dans le meilleur des cas, leur permettre de diminuer leurs prix, donc de faire face à la concurrence des Chinois. On sait également que ce raisonnement est critiquable. L’homme de gauche que je suis – il faut parfois le rappeler, pour la clarté du débat – ne peut qu’entendre et partager ces critiques. En voici la substantifique moelle :

  • Il est absurde de chercher à concurrencer les salaires des pays sous-développés. Comment la France pourrait-elle lutter avec des salariés qui gagnent à peine un bol de riz par jour ? A moins de mettre les enfants au travail chez nous aussi, tout effort dans cette direction est voué à l’échec.
  • Le coût du travail n’est pas le principal problème de compétitivité que la France doit affronter. Le coeur du problème tiendrait à la moindre qualité des produits français par rapport à ceux des concurrents étrangers – on songe à l’automobile ou encore à la production cinématographique, par exemple (cf. photo).
  • Après tout, le coût du travail français n’est pas si élevé, compte tenu de la productivité très élevée des salariés français. Il faut naturellement excepter de ces statistiques les secteurs les moins productifs, tels que La Poste ou le restaurant « Chez Jojo », à Boulogne-Billancourt, où le service est affreusement long et où les plats sont tout juste décongelés – une honte.

En vérité, seuls les imbéciles patentés prétendent que la seule manière d’améliorer la compétitivité de la France est de réduire le coût du travail. Et puis, à bien y regarder, qu’entend-on par « compétitivité » ? La libre concurrence sur le marché des biens et services, entre produits français et produits étrangers : c’est là la racine de tous nos maux.

Les solutions doivent, elles aussi, être radicales. Il faut interdire aux ménages français d’acheter n’importe quoi, en provenance de Chine, d’Allemagne ou que sais-je encore. J’entends déjà les adversaires du protectionnisme : « Vous allez tuer la demande et étouffer le pouvoir d’achat ! » Qu’ils se rassurent, j’y ai pensé. Il suffirait d’instaurer un quota de produits français dans la consommation de chaque ménage. 50%, par exemple. Cette solution a été expérimentée avec succès à la radio, grâce à feu M. Toubon, et a permis que des artistes majuscules au talent inépuisable soient légitimement reconnus – je ne citerais que deux noms, piochés au hasard dans ma discothèque : Chimène Badi, Priscilla. J’attends avec impatience que le génie français s’emploie avec autant de succès dans la production de marchandises de toutes sortes, et non plus seulement dans celles qui s’adressent à notre sens artistique.

 

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6 Commentaires

Classé dans politique

6 réponses à “Compétitivité : il est temps de frapper fort

  1. Cher Fernand, vous vous surpassez une fois de plus.
    Le cinéma français, certes bouleversifiant, n’est pas l’apanage de la force exportatrice de l’hexagone. L’étranger ne peut encore saisir le génie de nos productions melanielaurentaises.
    Néanmoins, ne pensez-vous pas que votre « patriotisme économique » agressif ne devrait pas s’appliquer à un échelon européen? Le Tigre n’est pas vraiment prêt à échanger son prosecco et chorizo contre un champagne éventé et un douteux justin bridou.
    J’en profite pour vous signaler qu’un excellent site a eu la glorieuse idée de commenter votre biographie : http://www.quandletigrelit.fr/fernand-bloch-ladurie-georges-guy-lamotte-le-dernier-des-socialistes/. Le succès s’annonce exponentiel.

  2. Cher Tigre
    le site que vous indiquez présente de fait une excellente critique de mon livre, mais je reste un peu perturbé par le mot-clé « hilarant »: il y a du avoir une faute de frappe, le brave animal voulait certainement dire « exaltant ». Dont acte.
    Pour votre remarque européenne, il faudrait en discuter. Car pour un excellent chorizo, un bon vin de Chianti ou une jeune espagnole gironde, combien de mauvais vin anglais en canette, combien de contrefaçons de costume Armani d’origine bulgare? Un certain tri serait nécessaire, pour ne pas risquer une diminution de notre niveau de vie
    Enfin, pour le cinéma, je crois sentir un frémissement: le dernier Astérix n’est pas si mal

  3. Citizen Kohn.

    Quel grand démocrate a dit : « Quand j’entends le mot compétitivité, je sors ma taxe douanière ? » « A contrario », ne faudrait-il pas repenser à ce graffiti ô combien sensé ornant un mur de la ville-lumière lors de sa dernière révolte avortée (mai 1968) : « Désarmés, vous serez invincibles ! » Eh bien, il en va de même avec la grande escroquerie socio-économique de la compétitivité : ne surtout pas mettre le doigt dans l’engrenage sous peine d’être haché menu. Où est-elle donc sinon l’exception nationale, et pas seulement culturelle ? Après avoir tenté de nous faire comparer des pommes et des poires, incongruité enseignée autrefois dès le cours préparatoire, ne voilà-t-il pas qu’on tente d’en préciser les origines : la baguette contre le strudel, la jelly contre la feta ! C’est tout bonnement stupide, normativement insultant et aussi contre nature que de vendre des anoraks au Sahel. Autant demander à un collectiste convaincu de se faire élire ! Reconnaissance, plébiscite, oui, coude-à-coude vulgaire : jamais !
    Faudrait-il à ce point réapprendre à discerner les voix traîtresses des bazardeurs de nos fleurons culturo-industriels à la découpe au profit des nomades de la spéculation mondialisée ? Chantons donc avec les cueilleuses de coton des grandes plantations :  » Compétition, non, non, non, RTT, oué, oué, oué ! ».

  4. Olivier

    Voilà une analyse judicieuse et des propositions intéressantes.

    Merci Fernand de nous rappeler que vous êtes un homme de gauche. Certains semblent parfois l’oublier et c’est fort regrettable.

    Merci de nous rappeler, et ce n’est que du bon sens, que si nous devions lire tous les rapports avant de nous en faire un avis, nous n’aurions plus grand chose à dire… ce qui arrangerait sans doute bien les affaires des dictateurs qui veulent nous réduire au silence, mais appauvrirait considérablement la qualité du débat démocratique.

    Merci aussi pour la qualité de votre recherche iconographique. Peut être que tout le monde ne perçoit pas à sa juste valeur la qualité des illustrations de vos articles et la profondeur que l’on peut en faire dans leur interprétation.
    Ainsi, réunir en une seule image un produit (qui explose) dont la qualité est donc sans aucun doute mauvaise, et un support (le film) de qualité sans aucun doute médiocre (puisque je ne l’ai pas vu) permet une lecture à deux niveaux. Deux, comme les deux acteurs (qui n’ont peut être pas fait que des navets, quand même)… nous voilà plongés dans une dimension quatre… J’en suis tout étourdi.

    En conclusion, tant que le jour où Miss France sera chinoise n’est pas arrivé, rien n’est perdu pour la France.

    Question : faut-il équiper ma voiture de deux pneus Michelin à l’avant et deux pneus Goodyear à l’arrière, ou l’inverse ?

  5. Citizen Kohn.

    Bien, il ne faudrait pas non plus que cette plate-forme exceptionnelle
    de réflexion poussée se transforme en foire aux astuces et ce alors
    qu’un groupement d’intérêts controversés est en train de torpiller
    la nomination d’un personnage que nous respectons et qui en est digne !
    « Frapper fort ! », ce sera sans doute la dernière extrémité, peut-être
    même descendre dans la rue, battre le pavé, bref, manifester massivement
    notre soutien à la réunion de l’homme juste à la bonne place
    et du programme adéquat à la période tendue. Ce mode d’action,
    bien qu’anti élitiste, insupportablement mixte et favorisant l’expression
    de la diversité, reste spectaculaire et particulièrement bien adapté
    à la recherche d’un développement durable. « Marchons, marchons,
    et qu’un serment pur rénove notre Sciences-Po ! ».

  6. Pingback: Résoudre la crise et le chômage de masse: un défi que je peux relever | L'actualité selon Bloch-Ladurie : Réflexions collectistes

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