François Hollande face à la curée médiatique

Comme 2,7 millions de Français, hier après-midi, à l’heure de l’apéritif, j’ai suivi la conférence de presse de François Hollande. J’y ai assisté en direct du Balto, pour prendre le pouls du bon peuple et me joindre à quelques militants de base. Grand moment de démocratie, exercice innovant et exigeant, c’était également une bonne occasion de répondre aux nombreuses critiques qui s’amoncellent en ce moment. J’ai observé, avec satisfaction qu’il s’est admirablement bien défendu, et que les éditorialistes de ce matin reconnaissent, parfois à demi-mots, souvent explicitement, que François Hollande a su affirmer son leadership, et rabattre leur caquet aux grincheux et aux atrabilaires. Pourtant, ce n’était pas gagné.

Non que François Hollande manque de courage, ou de convictions. Ce serait lui faire un mauvais procès : j’ai montré ailleurs que le nouveau Président inscrit ses pas dans ceux de l’un des plus grands socialistes du XXe siècle. Lamotte, puisque c’est de lui qu’il s’agit, aurait fait un très bon François Hollande. En entendant le chef de l’Etat expliquer que certains engagements de campagne étaient difficiles à tenir, et que l’on ne verrait pas baisser le chômage du jour au lendemain, les paroles de mon mentor me revenaient en mémoire : « Lorsque l’on est dans l’impasse, il faut faire demi-tour, et plutôt deux fois qu’une. » C’est précisément ce qu’est en train de faire François Hollande.

Mais c’est une autre difficulté qui s’est présentée à lui hier : l’incroyable agressivité d’une presse que l’on avait rarement connue aussi ordurière. Je cite : « Pouvez-vous continuer à exercer une présidence normale, dans une période aussi anormale ? » Ou encore : « Quel genre de président pensez-vous être, après ces six mois ? » Pire : « Je n’ai pas bien compris votre réponse à la question de mon confrère et je vais vous poser deux nouvelles questions ». Un torrent de boue. Une marée d’insultes. Une bordée d’injures. Jamais on n’avait connu les journalistes français aussi gratuitement méchants à l’endroit de celui qui a pourtant été désigné « homme politique le plus gentil« .

Fulminant sur mon tabouret de bar (dont j’ai chu à deux reprises, à force de lancer des imprécations et de me resservir en picon-bière), j’ai préféré en finir, et rentrer chez moi boire un verre, plutôt que d’assister en spectateur impuissant à ce jeu de massacre dégradant. En lisant la presse ce matin, je constate avec bonheur que les éditorialistes ont changé de ton, et repris leur mission habituelle : informer de manière impartiale. Dieu merci, nous ne verrons pas chaque jour les journalistes chercher des noises au pouvoir. Et à quel titre, je vous prie ?

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4 Commentaires

Classé dans gouvernance, politique

4 réponses à “François Hollande face à la curée médiatique

  1. Gilbert Waldeck-Brossolette

    Je partage à 95% vos analyses. Là où je dit : « verge ! », c’est au sujet du prétendu ressaisissement des médias au lendemain de la fabuleuse prestation de François Hollande. Car enfin – ouvrons les yeux –, si la capitale fourmille d’éditorialo-penseurs que le monde nous envie, vu de notre chère province, où les Alain Duhamel, Laurent Joffrin, Christophe Barbier et autres Pierre Ménès ne sont hélas pas légion, la presse n’affiche pas la même rigoureuse impartialité ! À titre d’exemple, je vis dans une petite ville dont je préfère taire le nom par peur des représailles de son maire Andr… Rossin… Et quelle ne fut pas ma surprise en prenant ce matin connaissance de l’éditorial de L’Est républicain (quotidien réputé il est vrai pour ses engagements à contre-courant et son opposition systématique à tous les pouvoirs, y compris ceux de l’argent) ! Voilà ce qu’on peut notamment y lire, au milieu d’autres immondices du même tonneau : « Certes, c’était la « journée de la gentillesse » et l’homme est ainsi, convivial, attentif, chaleureux. Mais s’il entend clarifier sa politique et convaincre de son bien-fondé, François Hollande devra accepter d’en passer par un préalable : se clarifier lui-même et décider ce qu’il veut incarner. » Quelle violence inouïe !!! Et l’on trouverait sans doute des exemples similaires dans Nice-Matin ou Le Journal de Saône-et-Loire… Face à un tel flot de haine, j’en arrive à me demander si la solution, en ces temps où le pays doit faire son Union sacrée, ne passerait pas par une interdiction de la PQR, ou à tout le moins par son placement sous la tutelle d’une commission indépendante dont les modalités seraient à définir.

    Quoi qu’il en soit, pour avoir beaucoup voyagé dans le cadre de mes responsabilités planétaires, je puis vous affirmer que jamais, dans une démocratie parlementaire digne de ce nom, je n’ai vu tant de boue déversée par un journal sur le chef de l’exécutif. Moi qui me rends annuellement à Pyongyang en qualité de président d’une association d’amitié et d’échanges franco-nord-coréens connue pour son apolitisme, j’aime autant vous dire que là-bas, où règne pourtant une démocratie politique et sociale vivante en dépit de quelques taquineries de l’armée, d’ailleurs bien stérilement amplifiées par les médias réactionnaires et impérialistes, si un journaliste du Korean Central News Agency, pourtant connu pour être un organe oppositionnel, s’amusait à écrire ne serait-ce que le tiers de ces infamies sur Kim Jong-eun, il se verrait immédiatement exposé à une sanction juste et proportionnée, pouvant aller de la retenue d’une heure de salaire jusqu’à un stage de déontologie journalistique d’une durée de vingt ans dans le nord du pays. Pourquoi ? Eh bien tout simplement parce que Kim Jong-eun, connu pour son goût des parcs d’attraction, est un homme gentil, adulé par son peuple. Le salir revient à cracher au visage de l’ouvrier, à violer sa femme et à enlever les étoiles du fond des yeux de ses enfants, rien de moins…

    Une fois de plus, empêtrés dans nos querelles franco-françaises, nous sommes incapables de prendre ce qu’il y a de meilleur dans les expériences étrangères. Vous, que je sais partisan d’une mondialisation collectiste raisonnée, avez un grand rôle à jouer pour faire changer les mentalités et je vous sais gré de vous y employer comme vous le faites ici chaque semaine.

  2. Walter Fernandez

    Cette attaque concertée de la presse contre un président démocratiquement élu fait froid dans le dos. Il s’agit très probablement d’une tentative de déstabilisation orchestrée par les populistes. Car, ne nous y trompons pas : du gauchisme mélenchonien au Front National, en passant par l’ultracentre borlooien, tous les politiciens voyous veulent la peau de François Hollande. Cet homme droit et sincère dont vous relevez avec justesse, cher Maître, la fibre lamotienne, est la seule chance qui nous reste de régénérer la France. Nicolas Sarkozy avait souvent de bonnes idées, mais il avait aussi le chic pour les rendre impopulaires. François Hollande, avec sa gentillesse et son exquise normalité, est sur le point de nous faire aimer l’austérité. Voilà qui est insupportable à une certaine presse, inféodée aux pires démagogues que la République ait jamais connus. D’où cette attaque d’une violence inouïe, probable prélude à un prochain coup d’État.

    Cela me fait penser à une intéressante discussion que j’ai entendue aujourd’hui dans un bus. Un homme d’une trentaine d’années disait à un jeune : « Il y avait deux hommes bien en France. On les a tués. » « Et qui c’était, ces deux hommes ? », a demandé le jeune. « Coluche et Balavoine. Coluche, est mort soi-disant dans un accident. Mais moi je n’y crois pas une seule seconde. Et Balavoine est mort, comme de par hasard, dans un hélicoptère. Alors que c’était un mec gentil, qui voulait faire le bien autour de lui. »

    Malheureusement, je crains que François Hollande ne subisse bientôt le sort de ces deux géants de l’Histoire française. Il est trop gentil, trop intègre, trop socialiste pour plaire à certains. Et c’est pourquoi je suggère que tout le mouvement collectiste se mobilise en sa faveur. Constituons une sorte de comité de salut public, voire une Brigade des Volontaires Nationaux, afin de sanctuariser l’Élysée. Aidons François Hollande à instaurer l’état d’urgence. Quand la démocratie est menacée par le populisme, il faut la suspendre pendant un certain temps (quelques mois, quelques années, quelques lustres, peu importe). Car la démocratie, paradoxalement, peut devenir sa pire ennemie quand elle est utilisée par ceux qui la détestent.

  3. Maître, vous tapez juste et fort, encore une fois.
    Cette séance de démolition savamment orchestrée par quelques puissances néo-complotisantes n’est pas sans rappeler les sombres heures au cours desquelles, sur la première chaîne, Arlette C. et Patrick PDA s’acharnaient de concert à terroriser un Jacques Chirac dans la fleur de l’âge et au faîte de sa légitimité.

    Une seule phrase (une question plutôt) me vient à l’esprit : que reste-t-il de notre victoire ? La réponse, pertinente, se trouve bien sûr sur mon site.

  4. Citizen Kohn.

    Halte-là ! Suffit, stop à la théorie du complot !
    Toutefois, est-il permis de s’interroger sur l’absence de qui nous savons, c’est-à-dire F. B.-L., sinon aux côtés du Président de façon ostentatoire,
    dans les coulisses ou à proximité du pouvoir ? L’homme que nous connaissons ne saurait être effacé des documents officiels, comme aux heures sombres de dictatures innommables sans raisons plus effrayantes encore ! Qu’en est-il ? A moins qu’une mission d’ordre supérieur n’ait requis ailleurs des compétences aussi rares qu’exceptionnelles, que nous jalousons tout de même un peu lorsque nous avons l’honnêteté de nous l’avouer ? La vérité doit triompher des ténèbres ! « Fiat lux », pour paraphraser la concision légendaire de l’animateur regretté de la saine et exemplaire distraction populaire qu’était « Intervilles » !

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