La France a besoin de 13 aéroports supplémentaires

Les images de violence qui ont envahi les journaux télévisés, ces derniers jours, me révoltent. Je ne parle pas d’Israël et de la Palestine – je crois avoir déjà tout dit, sur ce sujet. Je parle des hordes de gauchistes hirsutes et mal lavés, crapahutant dans la boue, faisant face aux Compagnies républicaines de sécurité, sur le chantier du futur aéroport de Notre-Dame-des-Landes. Comment justifier leur aveugle attachement à trois arbres et deux ruines, alors qu’un investissement majeur pour le pays va bientôt remplacer ces terrains sans valeur ? Comment dire l’agacement qui saisit tout citoyen raisonnable, face à cette copie en carton-pâte du Larzac et de Woodstock ?

La France est en crise. Elle souffre d’un manque de compétitivité, de la faiblesse de son esprit d’entreprise, et de la profondeur abyssale des déficits publics. La croissance est en berne. La consommation s’épuise. Il faut donc, parmi les rares dépenses publiques qui sont encore maintenues, privilégier les investissements d’avenir, les grands travaux, les infrastructures. Bien sûr, l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes est surdimensionné. Evidemment, il sera d’emblée en concurrence avec la ligne TGV vers Paris. Mais là n’est pas le problème : il faut que l’Etat joue son rôle contracyclique en temps de crise, qu’il distribue des contrats à des entreprises de construction, et qu’il emploie une main d’oeuvre nombreuse et qualifiée. Il faut donc construire non pas un nouvel aéroport, mais treize.

Mes calculs sont simples : il suffit de déterminer les points du territoire qui sont situés à plus de 100 km d’un aéroport disposant de liaisons internationales. On constate sans peine – ainsi que me l’a démontré un de mes doctorants, spécialiste en cartographie – que ces points ne sont pas si fréquents, et qu’ils sont souvent situés dans des zones desservies par des autoroutes et/ou des lignes TGV. Mais, encore une fois, ce n’est pas la question – et c’est d’ailleurs pourquoi je me suis empressé de déchirer sous ses yeux médusés le mini-mémoire de ce doctorant dépourvu d’imagination. Qui pourrait se plaindre du futur Aéroport International d’Alençon (à part quelques chevelus qu’on dispersera le moment venu à coups de lacrymos) ? Qui s’opposera au hub de Bar-le-Duc ? Qui préfèrera voyager en train plutôt que de monter dans un A380 à Brive-la-Gaillarde ? Personne en tout cas ne se plaindra des millions d’emplois et des points de croissance qu’ils occasionneront. Il est temps de faire prévaloir l’économie réelle, celle des ouvriers qui se lèvent tôt et des entreprises qui investissent, qui trouveront là de belles occasions d’employer leurs compétences et leurs talents.

Un peu de volonté politique  est nécessaire, bien sûr, pour accoutumer l’opinion à ces travaux pharaoniques, ainsi qu’aux nuisances sonores qu’ils finiront par engendrer. Mais après tout, on a bien construit des dizaines de réacteurs nucléaires en moins de trente ans, dans notre beau pays. Je ne doute pas que Jean-Marc Ayrault soit prêt à suivre cette voie.

 

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8 Commentaires

Classé dans gouvernance

8 réponses à “La France a besoin de 13 aéroports supplémentaires

  1. Walter Fernandez

    Cher Maître,

    J’ai bien ri lorsque vous avez narré les mésaventures de votre doctorant. En vérité, j’eusse bien aimé voir sa tête, lorsque vous avez déchiré son minable petit pensum. Pas de pitié pour les besogneux, les tièdes, les « raisonnables ». Ce dont la France a besoin, c’est d’hommes tels quels que Fernand Bloch-Ladurie, des hommes qui mettent l’imagination au pouvoir ! Et puisque la Fondation Sciences Po n’a pas compris votre génie, malgré l’appui de Sim et de mes réseaux, je suggère que vous vous présentiez aux élections présidentielles de 2017. Une fois élu, vous prendrez le titre de Prince-Président et mettrez la France sur la voie de la prospérité.

    Sous votre règne, nous construirons non pas 13, mais 20, mais 30 nouveaux aéroports ! Comment, me direz-vous ? Grâce à un concept qui vous est familier, puisque c’est vous qui me l’avez enseigné, lorsque j’étais encore étudiant à Sciences Po. Je veux parler, bien sûr, du concept schumpeterien de destruction créatrice. Ce qu’il nous faudrait, pour relancer notre économie et redonner à la France le rang qu’elle mérite, c’est une bonne guerre. Une fois tous nos aéroports bombardés, nous pourrons les reconstruire en mieux. Voilà qui pourrait nous donner une croissance à deux chiffres, et même nous propulser à la première place dans l’économie mondiale.

    Mais attention ! Ne commettons pas l’erreur de déclarer la guerre à une quelconque puissance étrangère : cela ne ferait que stimuler son économie. Ce serait tout de même le comble si une provocation inutile de notre part enrichissait l’Allemagne, la Chine ou les États-Unis ! Non : ce qu’il nous faut, c’est bombarder nos villes, nos usines et nos aéroports avec nos propres avions. Nous aurions ainsi tous les avantages de la guerre sans ses inconvénients.

  2. N’est-ce pas l’occasion, cher maître, de relancer le Concorde, à Brive-la-Gaillarde justement ?

  3. Frédéric

    Maître, autant je partage évidemment votre brillante analyse, autant je crains qu’elle ne néglige le poids des symboles. Economiquement, vous avez mille fois raison, mais cela ne suffit pas. Il faut s’accommoder des mentalités. Oh, je ne dis pas qu’il faille leur céder et renoncer à des travaux nécessaires, non ! Bien au contraire, conformément à la théorie de choc, il convient de souligner l’indifférence dans laquelle nous tenons les jérémiades paysagistes en mêlant à votre élégant principe géométrique un authentique volontarisme symbolique. Admirateurs passéistes de la baie du Mont Saint-Michel, des Gorges du Verdon, de la Mer de Glace et autres volcans d’Auvergne, profitez bien des derniers jours de vos fétiches rustiques : c’est précisément là qu’il faudra tracer les pistes futures.
    J’ajoute à la remarquable contribution de M. Fernandez une correction ; à quoi bon gâcher des heures de vol de notre belle aviation pour raser nos villes, quand il suffit justement de faire sauter quelques unes de centrales nucléaires, les plus proches de centres urbains sans intérêt du reste, comme Mulhouse ? Lesquelles centrales il conviendra de reconstruire, naturellement : encore des perspectives de croissance.

    • Vous avez mille fois raison. C’est ce que j’aiproposé d’appeler « les sacrifices nécessaires », dans mon article cosigné avec Jacques Julliard, « Collectisme et capitalisme : comment sortir du déclin français » (Le Parisien, courrier des lecteurs, 23 mars 1982).

  4. Olivier

    La lecture de cet article me fait immensément plaisir. En effet, je lisais ce matin même un article dans l’excellent quotidien Le Parisien qui annonçait que « l’Espagne devrait bientôt intégrer le club des pays les plus riches de l’Union européenne, en devenant contributeur net au budget. »

    Or comment ne pas voir qu’un tel succès économique, trop souvent occulté par les analystes mesquins et pessimistes, a été rendu possible grâce aux investissements pharaoniques réalisés en territoire ibère ces dernières années ?

    Des musées en plate campagne, des aéroports surdimensionnés, des dépenses de fonctionnement des collectivités locales qui explosent… voilà les clefs de la réussite économique.

    Alors, oui, osons le dire : inspirons-nous du modèle espagnol, et espérons qu’une crise immobilière nous permettra enfin de renouer avec la richesse (et à titre personnel, une telle crise me permettrait peut être d’acheter un studio à Paris).

    Voir l’article :
    http://www.leparisien.fr/flash-actualite-economie/union-europeenne-l-espagne-meme-en-crise-bientot-membre-du-club-des-pays-riches-19-11-2012-2335373.php

  5. Citizeen Kohn.

    Qu’elle est bonne, l’odeur du béton, les matins brumeux, dans les marécages insalubres ! Mais que l’instant d’une faiblesse sentimentale ne compromette pas la vigueur d’une économie politique – ou le contraire – visionnaire ! Voyons grand, les petits ! Relancer le Concorde ? Oui, le Concorde 380 : la rapidité du Concorde, la contenance de l’Airbus A 380 !
    Lui, au moins, il stimulera la consommation ! Finies aussi les pistes miniatures, il faudra de la construction musclée ! Tout devra être dimensionné ; peut-être même que quelques secrétariats d’Etat et autres postes électifs devront être créés pour mieux gérer encore l’emballement de nos affaires ? Au panier, les chocs, les pactes, de croissance, de productivité ! Les moyens sont là, il suffit de les lancer dans la bataille :
    chômeurs par millions, emprunts à taux zéro ou négatif, la manne n’attend que l’envie volontariste du bâtisseur ! Quand le bâtiment va, n’est-ce pas… ? Ce que la sagesse romaine et impériale exprimait par « Nunc est bibendum » ! (Parce qu’après, il sera trop tard, le puits sera pollué mais c’est une autre histoire !).

  6. Pingback: Suspension du barrage de Sivens : un crime contre l’économie française | L'actualité selon Bloch-Ladurie : Réflexions collectistes

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