Crise à l’UMP : qui va tirer les marrons du feu?

Sous les yeux d’une France atterrée, l’UMP poursuit sa lente descente aux enfers. J’ai déjà expliqué, dans un article précédent, les causes profondes d’une telle situation. Je voudrais désormais, à la manière des analystes de la télévision -dont je fais, parfois, partie- me lancer dans une tentative de « politique-fiction », en tentant de proposer une analyse prospective sur ce qui va advenir de la droite française.

Depuis les travaux de René Raymond, on dit que la droite française se divise, à partir du XIXe siècle, en trois grandes familles : la droite « orléaniste » ou libérale, la droite « bonapartiste » ou autoritaire, et enfin la droite « légitimiste », réactionnaire. Or, je n’ai pas peur de dire que ce cadre d’analyse, valable jusqu’aux dernières années du XXe siècle sans doute, doit être aujourd’hui remis en question. En effet, comment pourrait-on penser qu’il y a trois droites, alors qu’il apparait clairement, dans ce conflit entre François Fillon et Jean-François Copé, qu’il y a en réalité deux camps : ceux de Copé et de Fillon, justement, que je propose d’appeler la droite « mancelle » et la droite « meldoise« .

Cependant, un point essentiel de l’analyse reste vrai : pour que la droite française l’emporte, elle a besoin d’une unification de ses diverses tendances. Beaucoup de commentateurs ont dit, à juste titre, que l’élection de 2007 avait réussi à accomplir une telle fusion, et que c’est ce qui expliquait la victoire de l’UMP. Mais qu’en est-il aujourd’hui? Qui peut être l’homme providentiel capable de réunir les deux familles du XXIe siècle, la mancelle et la meldoise?

Beaucoup d’analystes à la petite semaine, de penseurs du vide, ont proposé le nom de Nicolas Sarkozy. Je ne crois pas qu’il soit le mieux placé ; car, pour accomplir cette union, il faut un homme ayant exercé de hautes fonctions, ayant une vision de l’Etat, une expérience et une aura sans tache, et enfin une autorité naturelle.

Or, dans le camps de la droite, je ne vois qu’un seul homme possédant toutes ces qualités. Vous l’avez compris, il s’agit à l’évidence de Valéry Giscard d’Estaing. Ancien ministre, ancien chef de parti, ancien président de la République, il a toutes les qualités requises. Son statut de polytechnicien prouve par ailleurs ses qualités de mathématicien, qui lui seront utiles à un moment où les recomptages se font quotidiens au siège de l’UMP ; enfin, ses talents littéraires d’académicien le rattachent directement à Georges Pompidou, ancien agrégé de lettres.

Certains esprits chagrins argueront que son âge avancé (il a 86 ans au dernier pointage) lui interdisent une telle fonction. Mais Alain Poher n’a-t-il pas été président du Sénat jusqu’à 83 ans? Philippe Pétain n’a-t-il pas pris en main les destinées de la France à 84 ans? Les exemples pourraient être multipliés, et si l’on dit qu’ « aux âmes bien nées la valeur n’attend pas le nombre des années », on peut, aussi bien je pense, dire l’inverse.

Il me paraît donc évident que, du chaos actuel que constitue l’UMP, c’est Valéry Giscard d’Estaing qui émergera. Sinon, il est probable que les paroles de cet ancien président auront été, dès 1981, prémonitoires pour le grand parti de droite:

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8 Commentaires

Classé dans Divers, politique

8 réponses à “Crise à l’UMP : qui va tirer les marrons du feu?

  1. Ambroise

    Je ne puis approuver sans réserve votre proposition. Certes, depuis la mort prématurée de Maurice Couve de Murville à l’âge de 92 ans, je tiens Valéry Giscard d’Estaing pour le leader naturel de la droite française, sinon planétaire. Mais l’idée de le voir revenir aux affaires heurte profondément l’amoureux des Lettres que je suis. Un retour de VGE à la vie politique aurait une conséquence aussi immédiate que dramatique : priver la littérature francophone de son plus digne représentant. Car croyez-vous sincèrement qu’accaparé par le recomptage des voix à l’UMP, l’immortel aurait encore du temps à consacrer à son œuvre ? Je ne le pense pas. Or, tous ceux qui ont lu et apprécié à leur juste valeur les grands romans français que sont Le passage, La princesse et le président, La victoire de la Grande Armée ou encore Mathilda ne peuvent se résoudre à une telle perspective. Hier, nous avons déjà lâchement laissé la justice ternir la carrière d’écrivain de Paul-Loup Sulitzer, ne laissons pas aujourd’hui la politique briser les attentes de millions d’amoureux de littérature auvergnate. L’avenir de la droite est important, mais pas au point qu’on lui sacrifie nos plus grands hommes.

  2. Walter Fernandez

    Cher Maître,

    J’ai peur malheureusement qu’Ambroise n’ait raison. L’UMP est orpheline d’un grand chef charismatique. Il y aurait bien Stéphane Hessel, mais ses origines allemandes risquent de mal passer auprès de certains électeurs français. Margaret Thatcher pourrait faire l’affaire – d’autant que ses problèmes de mémoire pourraient bien lui faire oublier qu’elle est britannique – mais il est douteux que la droite française, plus machiste que son homologue d’Outre-Manche, accepte de se faire diriger par une femme. Bref, je ne vois pas comment on peut sauver l’unité de l’UMP.

    Est-ce à dire qu’il faille perdre tout espoir ? Non. A vrai dire, nous ne pouvons pas nous permettre ce luxe. Rappelons tout de même que l’UMP, avec ses bons comme ses mauvais côtés, est le dernier rempart contre le Front National. Alors… que faire ?

    Je crois avoir trouvé une solution. Puisque la France a besoin de l’UMP, et puisque l’UMP ne parvient pas à retrouver son unité, divisons la France en deux ! Ainsi, lorsque la droite va remporter les élections en 2017 (j’ai expliqué pourquoi dans un précédent message), la République se verra dotée de deux Présidents, deux Assemblées nationales, deux Sénats, etc.

    D’un point de vue technique et juridique, cette réforme ne devrait pas poser de problèmes insurmontables. Pour ma part, je verrais bien une ligne de démarcation passant entre Nevers et Clermont-Ferrand, entre Nantes et la Rochelle, entre Fribourg-en-Brisgau et Genève (car, pourquoi ne pas profiter de ces petits remaniements de frontières pour annexer discrètement quelques hectares chez nos voisins orientaux ?). Au nord, le flegmatique Fillon. Au sud, le bouillonnant Copé. Toutes les villes de la partie méridionale de la France rivaliseront de coquetterie pour accueillir leur nouveau maître et lui offrir un palais présidentiel à sa mesure : Marseille, Toulouse, Lyon, Saint-Etienne, sans oublier Vichy, bien sûr.

    Reste à répondre à une question : la France ne va-t-elle pas sortir amoindrie de cette division territoriale ? La réponse est non, bien sûr ! D’abord, il est évident que les deux Présidents travailleront pour des buts communs, puisqu’il n’y a entre eux aucune divergence idéologique majeure (cf., encore une fois, mon précédent message). Ensuite, une fructueuse division du travail pourrait s’établir entre les deux Présidents. Par exemple, tandis que M. Copé partirait vendre aux Japonais une nouvelle centrale nucléaire (garantie NF), M. Fillon irait resserrer les liens entre l’UMP et le Parti Communiste Chinois (rappelons que les deux formations politiques sont partenaires depuis 2009, comme le rappelle cet article :
    http://www.rue89.com/2009/10/29/accord-ump-pc-chinois-meme-la-majorite-rechigne-123915).

    • Ambroise

      Ingénieuse idée que ce projet de partition, mais sa concrétisation demanderait de régler préalablement le sort de Meaux qui, dans votre projet de découpage, serait situé en République fillonnaise. Or, jamais les Meldoises et les Meldois qui, à l’image de leur brie, ont un caractère bien trempé, n’accepteront d’abdiquer devant le Droopy de la Sarthe ! Heureusement, les solutions ne manquent pas. M’inspirant des principes philosophiques du volumineux Traité de géopolitique collectiste, j’en propose quelques-unes :

      – créer une Principauté de Meaux, placée à l’image d’Andorre sous la double tutelle d’un coprince épiscopal et du chef de l’Etat sud-français (Jean-François Copé, donc) ;

      – recréer Meaux à l’identique en Lozère, un peu comme le cinéaste Leos Carax avait reconstruit le Pont-Neuf dans le village de Lansargues. Cette formule aurait en outre une vertu civilisationnelle : déplacer 50.000 habitants – lettrés pour la plupart – parmi les 77.000 barbares qui peuplent la Lozère ferait enfin mériter à cette dernière son statut de département ;

      – partitionner Meaux selon un modèle qui a jadis fait ses preuves à Berlin : les Meldois cultivés seraient rattachés à la France du Sud ; les autres, voleurs de pains au chocolat pour l’essentiel, à cette France du Nord qui, à grand renfort de doctrine sociale de l’Eglise, saura leur inculquer de saines valeurs et les remettre dans le droit chemin. Quant aux tracasseries liées à la probable nécessité d’organiser un blocus aérien, elles seraient aisément surmontées grâce à la construction des treize aéroports souhaitée par le visionnaire qui nous rassemble ici.

      • Ambroise

        Mon clavier a fourché : point de blocus aérien, mais plutôt un pont aérien en cas de blocus…

    • Frédéric, collectiste

      Ingénieuse partition, Monsieur Fernandez. Mais le problème posé par Meaux a été fort justement soulevé par notre camarade Ambroise. Pourquoi donc ne pas envisager plutôt une ligne Le Havre-Marseille ?

      Celle-ci aurait deux avantages : d’une part donner enfin une tangibilité administrative à cette démarcation qui hante les manuels de géographie depuis des décennies. Lamotte lui-même, il me semble, avait noté, à l’endroit des concepts de la géographie chorématique, et dans les termes crus qu’il affectionnait parfois : « on s’est déjà bien fait ch… à la Communale à apprendre à connaître la position de tous ces c… de Loire-et-Garonne, de ces p… du Dakota de l’Est et des n… de la Haute-Volta-Equatoriale, si en plus il faut se taper des concepts de m… » Le propos est demeuré inachevé, Lamotte étant alors tombé de son tabouret de bar et s’étant endormi dans les débris de bouteille, mais la leçon m’en semble claire : s’il faut vraiment utiliser des objets conceptuels sur nos cartes, soulageons notre mémoire et alignons les frontières administratives sur ces créations de l’esprit. Une frontière le long de la ligne Le Havre-Marseille, donc, en attendant de repeindre en bleu la banane reliant Londres à Milan en passant par l’Alsace et de faire bander l’arc atlantique.

      Deuxièmement, la ligne Le Havre-Marselle passe par Clermont-Ferrand… autant dire Chamalières. Et nous voilà réconciliés avec l’hypothèse Giscard : deux France pour deux UMP, soit, mais sous la tutelle bienveillante du Puy-de-Dôme de la Pensée politique qu’est l’ancien président. Ce système confédéral sous une autorité individuelle incontestable pourrait dans un deuxième temps évoluer vers un système binational sur un territoire unique (quand la crise aura détruit Le Havre, la criminalité Marseille et l’âge notre VGE, il n’y aura en effet plus besoin de relier ces trois points). Quel modèle, en somme, pour Israël et la Palestine !

  3. Walter Fernandez

    Chers Ambroise et Frédéric,

    Ma modeste proposition n’était qu’un point de départ. Vous en avez, je crois, bien vu la force et la faiblesse. Quant à savoir laquelle de vos deux solutions est la meilleure, j’avoue que mon cœur balance. Celle d’Ambroise séduit par sa modernité. Car, enfin, quoi de plus moderne que le modèle andorran ? Rappelons aux lecteurs distraits de ce blogue que la principauté est aujourd’hui un refuge pour les millions d’Espagnols ruinés par la crise. Quant à la confédération envisagée par Frédéric, elle est tout aussi enthousiasmante. Elle me fait penser à l’Empire austro-hongrois, cette monarchie bicéphale que d’aucuns, cédant à une illusion rétrospective, ont osé qualifier de décadente sous prétexte qu’elle a succombé à une guerre mondiale. Oui, pourquoi ne pas créer un Troisième Empire français ? Valéry I en serait le monarque, Fillon et Copé en seraient les deux chanceliers. Conseillés par Fernand-Bloch Ladurie, ces hommes pourront assez vite conquérir le Luxembourg, la Belgique, Andorre, Monaco, puis, de fil en aiguille, l’Espagne, l’Allemagne, le Royaume-Uni, la Russie et les États-Unis. Bientôt, la civilisation française et la philosophie collectiste resplendiront sur l’univers tout entier.

    • Dave Feng

      Cher Maître,

      Vous lisant, je repense à cette belle phrase de Laurent Wauquiez, prononcée ce matin sur France Info: « Il ne faut pas tourner le dos à un coin de ciel bleu qui s’est ouvert ».
      Peut-être que ce fringuant ex-ministre pensait à VGE, en disant cela.
      Car VGE demeure, pour beaucoup, un peu de bleu dans notre café, qu’il convient de ne pas jeter avec l’eau du bain, malgré les épines qui sont dans le noyau de votre proposition.

  4. Citizen Kohn.

    Tout est dit : billet impressionnant, comme il se doit, commentaires pertinents, comme à l’habitude ; l’analyse meldo-mançoise restera comme la pierre blanche qu’elle est dans la débandade unionimajoritopopulaire !

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