Florange: la solution pour les hauts fourneaux

Une photographie que l'on croirait tirée de GerminalBeaucoup de choses ont été dites, ces derniers jours, à propos de Florange: abandon de la part de l’Etat, symbole de la désindustrialisation de la France, ultime preuve de la fourberie hindoue. Pourtant, dans le flot de commentaires déversé chaque jour sur nos écrans, et pour lesquels je n’ai qu’un regard distrait, il est une solution qui n’a jamais été évoquée : à savoir que la France de l’avenir devrait se concentrer sur les industries innovantes, et non sur celles qui ont fait sa fortune au siècle précédent. Voilà, réellement, l’idée neuve qui sauvera notre compétitivité.

Proposition d'ouvrage faite aux PUF (j'attends toujours la réponse)Pour expliquer cela à mes lecteurs, il me faut faire un peu d’économie (je m’inspire ici librement de l’ouvrage que j’ai récemment proposé aux éditions PUF sur le collectisme). En effet, il faut comprendre que, dans le commerce mondial, ce qui permet la croissance de l’économie est l’avantage compétitif. Par exemple, les petites mains des Asiatiques sont un avantages compétitif par rapport à, disons, de grandes « paluches » d’ouvriers lorrains. De plus, le taux de change influe fortement sur les flux financiers, favorisant l’investissement là et le limitant ailleurs. Il en résulte que les gains de productivité sont inversement proportionnels aux taux de salaire nominal à un tour, et bloquent toute inflation positive des salaires dans les pays développés, alors que ces mêmes gains entrainent un excédent commercial en Amérique du Sud.

Ces quelques lignes auront fait comprendre même à mes lecteurs les plus rétifs à la science économique combien l’avenir de la France ne se trouve pas, à Florange comme ailleurs, dans la fabrication d’acier de base: celui-ci se retrouve en concurrence directe avec l’acier chinois, et si l’Europe veut pérenniser son industrie, elle se doit d’inventer et d’innover. C’est pourquoi je propose de transformer les hauts fourneaux de Florange en Très Hauts Fourneaux (THF) voire, si c’est nécessaire, en Ultra Hauts Fourneaux (UHF).

Voilà ce qui fait rêver les femmes asiatiquesLa différence entre les deux, me dirons certains lecteurs aussi peu attentifs que mes étudiants de première année? Et bien, c’est simple. Dans le Haut Fourneau simple, on fabrique de l’acier de base ; dans le Très Haut Fourneau, on fabrique de l’acier « de luxe », par exemple en or massif, ou en lui apposant un logo (type « YSL » ou Louis Vuitton). Les Asiatiques sont, on le sait, friands de ces objets « made in France » qu’ils sont incapables de fabriquer eux-mêmes : voilà ce que j’appelle un avantage compétitif.

Une telle réforme impliquerait, bien sûr, une réorganisation du travail dans les usines, en abandonnant les 3/8 pour adopter une organisation du travail plus fine (le 1/72 proposé par Lamotte en son temps, par exemple), ou encore en remplaçant les bleus de travail sales des ouvriers (qui font mauvais genre) par des tabliers en dentelle dessinés par Jean-Paul Gaultier. Il y aura certainement quelques résistances ; mais, les avantages en valant la chandelle, gageons qu’un peu de pédagogie saura faire accepter les changements par les salariés d’ArcelorMittal.

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3 Commentaires

Classé dans Collectisme, gouvernance, politique

3 réponses à “Florange: la solution pour les hauts fourneaux

  1. Fernand,
    comme toujours vous nous régalez. Hélas, pour être un lecteur assidu des pérégrinations Lamottistes, ne craignez-vous pas que le fameux 1/72 apporte les mêmes problèmes évoqués dans votre remarquable biographie ? Pour un acier de qualité digne de la province de Goa, soumettre l’ouvrier français à de telles horaires serait compréhensible, mais concernant vos THF, le risque d’un endormissement (voire d’un burn out) du Lorrain amènerait à produire quelque chose de franchement douteux…Sans compter les statistiques d’accidents qui se rapprocheraient de ceux du Sichuan.

    Je vous rejoins sur le niveau de culture économique des Français, savamment torpillé par 15 années de mitterrandisme ni(vern)ais. Aussi je propose, comme tout bon professeur, dans cette matière, de divertir avant d’enseigner. Pour cela, Freakonomics de Levitt serait tout particulièrement pertinent : http://www.quandletigrelit.fr/levitt-dubner-freakonomics/

  2. Walter Fernandez

    Cher Maître,

    Vous vous surpassez, si je puis me permettre. Mieux encore que Léonard de Vinci, ce précurseur surfait, vous dévoilez ici la variété presque infinie de vos talents. Tout à la fois artiste, économiste, politiste, géographe, ingénieur et propagandiste, vous réconciliez miraculeusement la rigueur adamantine des sciences dures et la fantaisie baroque des montres molles daliniennes.

    Votre plan comporte tout de même une minuscule faiblesse : il risque, comme vous l’avez très bien noté d’ailleurs, de se heurter à une forte résistance. Les Lorrains n’ont pas seulement de grosses paluches : ils ont aussi la cervelle épaisse, et je ne doute pas qu’ils aient d’énormes difficultés à saisir la subtilité de votre logique. Croyez-en mon expérience : j’ai le malheur de fréquenter ces gens-là quotidiennement.

    C’est pourquoi j’ai l’outrecuidance de vous suggérer un plan B. Si Florange ne veut pas de vos Très Hauts Fourneaux, c’est qu’elle n’est pas digne d’être française. Refilons donc ce poids mort à nos voisins germaniques. En échange, ces derniers pourraient nous donner une ville voisine. Si possible, il faudrait qu’elle soit le siège d’une de ces petites entreprises industrielles innovantes qui font la puissance de l’Allemagne.

    De manière générale, débarrassons-nous de toutes ces villes mortes, vestiges post-industriels des trente glorieuses, et dérobons à nos cousins germains quelques uns de leurs joyaux. Cette idée d’un échange de territoires peut paraître saugrenue, mais c’est bien elle qui est la clé du règlement du conflit israélo-palestinien. Alors, avant de tourner une proposition en ridicule, il faudrait peut-être voir à se cultiver (je dis cela pour certains lecteurs de ce blogue, dont l’ignorance n’a d’égale que la vulgarité).

    Reste à répondre à une objection : pourquoi l’Allemagne consentirait-elle à des échanges aussi inégaux ? Poser la question, c’est pratiquement y répondre. N’oublions pas que les Allemands ne sont pas renommés pour leur finesse. Certes, ils se débrouillent très bien dans certains domaines (l’industrie, bien sûr, mais aussi la musique, les saucisses et les supermarchés discount), mais ils n’ont jamais brillé par leur intelligence géopolitique. Il y a fort à parier qu’ils se laisseraient berner sans accroc. En vérité, il est presque trop facile de tromper les Teutons. Ils sont tellement naïfs, tellement gentils, tellement simples ! Et si par malchance nous tombions sur quelques hauts fonctionnaires plus malins que les autres (n’oublions pas que beaucoup de Berlinois descendent de huguenots réfugiés en Prusse à l’époque des dragonnades), nous n’aurions qu’à les acheter avec quelques babioles de luxe made in France (fourneaux en or massif, bleus de travail en dentelle, etc.).

  3. Citizen Kohn.

    Une petite suggestion… Qu’est-ce qu’un haut-fourneau ? Une installation-cathédrale qui dévore de l’énergie pour recracher un peu d’acier ! Quels sont les besoins nationaux de l’époque ? Peu d’acier, à en croire les prévisions économiques ; en revanche, toujours plus d’énergie, comme en témoignent les incantations stériles et coûteuses autour du sarcophage expérimental mystérieusement siglé E.P.R. ! Qu’attend-on donc pour inverser la polarité des hauts-fourneaux restants, les gaver de ferraille à recycler pour que jaillisse le courant et la lumière dans les câbles à haute tension ? CQFD (Senatus populusque romanus), comme disaient les Romains, dont la sagesse impressionne encore les descendants de Vercingétorix.

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