Comptes en Suisse et évasion fiscale: une solution radicale

Chers lecteurs, chers amis, chers admiratrices. Comme vous l’avez remarqué, j’ai délaissé pendant près d’un mois et demi ce blogue. Les raisons en sont multiples: petits problèmes judiciaires sans importance, chasse à l’homme -sport national en France, M. Cahuzac en est témoin-, et enfin élection papale. Je viens de rentrer en France, et je pensais m’attabler à une longue relation de ma participation au dernier conclave, une série que j’appellerai « Secrets du Vatican: les Papaleaks de Bloch-Ladurie ». Mais l’actualité me rattrape, et je vous dois une analyse de la situation de M. Cahuzac, et une proposition de sortie par le haut de cette crise politique et morale. Je commencerai donc ma série vaticane dans les prochains jours.

Une petite erreur de communicationÀ peine rentré en France, voilà que je découvre que le pays est à feu et à sang. Un esprit moins humble que le mien pourrait penser que ma présence sur le sol national est indispensable à la stabilité de l’Etat -je ne m’aventurerai pas sur ce terrain, le laissant à mes thuriféraires.

L’affaire en question, vous l’avez compris, est celle du compte suisse et de l’évasion fiscale de M. Cahuzac, ministre du budget. Je ne vais pas revenir sur les révélations, les analyses sommaires ayant été faites par des journalistes moins inspirés que moi. Je voudrais en revanche insister sur deux points : la crise morale et la crise politique.

La crise morale, d’abord. Le problème n’est en effet pas tant que M. Cahuzac ait un compte en Suisse (qui n’en a pas?), mais plutôt qu’il ait sciemment menti au Président de la République. Je dois dire qu’avec moi au poste, cela n’aurait pas été possible: en effet, qu’est-ce qu’un président qui ne peut présider c’est à dire, selon l’étymologie peu connue « pré-sidérer » soit pré-voir? M. Hollande a été berné, alors que de multiples signaux d’alerte étaient allumés. On a évoqué Mediapart, j’en mentionnerai un autre : Cahuzac, en vieux gascon, signifie « fripouille ». N’est-ce pas bien assez?

Crise politique, ensuite. L’affaire Cahuzac révèle des pratiques ma foi fort répandue dans la classe politique. On entend déjà appeler à une grande lessive, à la révélation de tous les comptes suisses des élites du pays. Mais quelles seraient les conséquences d’un tel déballage? Qui aurait à y gagner, sinon les populistes les plus éhontés qui, déjà, surfent sur la vague trop facile du « tous pourris »?

La nouvelle carte d'une France apaiséeJe propose donc une solution à cette crise qui a l’avantage de la simplicité, de la faisabilité et qui aura de nombreux effets collatéraux positifs. Cette solution, la voilà: puisque les comptes à l’étranger, notamment en Suisse, sont un fléau, je propose la simple annexion de la Suisse.

Ainsi, les comptes suisses deviendront, sans avoir besoin de recourir à de longs et pénibles redressements, immédiatement français, et l’ensemble du problème sera réglé. Par ailleurs, la croissance économique de la Suisse (2,1% en 2011) permettra de redresser un peu les chiffres français et de rentrer dans les critères de la commission de Bruxelles, tandis que le contrôle des principales stations de ski européennes donnera à la France un avantage comparatif majeur dans le secteur du tourisme. Enfin, last but not least, la France pourra de nouveau, grâce à la naturalisation de Roger Federer, enfin prétendre à remporter la coupe Davis.

Des paysans vont-ils faire la loi à la terre des Lumières?Il faut, certes, prévoir quelques réticences de la part des citoyens suisses les plus rétrogrades. Mais je pense que la découverte de quelques douceurs de la civilisation française (la littérature romantique, Saint-Germain-des-Prés, le cinéma de Luc Besson, mes interventions télévisées) sauront adoucir ces montagnards mal dégrossis.

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14 Commentaires

Classé dans Collectisme, gouvernance, politique

14 réponses à “Comptes en Suisse et évasion fiscale: une solution radicale

  1. Frédéric

    La même admirable logique permettrait de remettre la main sur Gérard Depardieu et les autres exilés fiscaux, que ce soit en Belgique, en Russie ou, comme le dirait le futur président de région de Moscovie Vladimir Poutine, « jusque dans les chiottes ».

  2. Olivier

    Comment peut-on oublier de parler du fromage ? Vraiment, les analyses de FBL faiblissent…

    • Vous avez raison: la stupide querelle que nos voisins suisses entretiennent contre tout bon sens à propos de la différence entre Emmental et Gruyère trouverait enfin une fin honorable. Je l’intégrerai dans la version en romanche de ce billet

  3. Citizen Kohn.

    Halleluïah, la barque collectiste repart à la vague, une main ferme sur son gouvernail pour dicter ses ordres inspirés à ses ouailles dispersées ! Si les problèmes et solutions angulaires aussitôt expédiés d’un revers gagnant par notre Lazare collectiste pointent au cœur de l’actualité d’une acuité jamais atteinte, il laisse néanmoins de côté un aspect épineux : l’aveu et ses conséquences plus désastreuses que le plus flagrant délit. N’est-il pas temps de légiférer ? Interdiction ? Non recevabilité ? Vice de forme ? L’aveu, frustrant pour l’enquêteur qui se respecte et s’honore de pourchasser la preuve pour l’apporter encore palpitante aux pieds de la Justice aveugle, l’aveu est contre nature pour le criminel et, de plus, en quoi serait-il moins sujet à caution, étant donné le pedigree de son auteur,
    que ses dénégations ? L’aveu est le fossoyeur de la mécanique judiciaire.
    L’aveu est le pesticide de la si belle littérature policière. L’aveu est la résultante morbide d’une éducation inachevée dans le confessionnal d’une église outrancièrement moralisatrice. L’aveu est dégoulinant de repentance mal calculée. L’aveu nuit gravement au libre arbitre.
    L’aveu est intrinsèquement inconstitutionnel, il est temps que le courage politique et social d’une époque à la lisière de la médiocrité le proclame !

    • Vous avez raison: pour la prochaine campagne présidentielle, j’inscrirai l’interdiction de l’aveu sur mon programme. Je me demande uniquement s’il faudra quand même l’accepter en cas de récidive

  4. Magali

    Je suis profondément émue d’apprendre qu’il va bientôt être reconnu par tous que Jean-Jacques Rousseau était français, thèse que je soutiens depuis la parution de mon premier livre « Le mystère dévoilé » en 1968.
    Merci!

    • Vous avez bien raison -mais, au demeurant, M. Rousseau n’est-il pas français? Je serai curieux de lire votre travail, qui me rappelle une des oeuvres du regretté Georges Guy Lamotte (Voltaire et moi, Plon, 1983)

  5. Maître, votre retour me réjouit, et je sens déjà poindre quelques abaissements de température grâce à vos justes analyses de la situation géopolitique.

    Toutefois, je ne peux m’empêcher de croire que votre séjour parmi les tendeurs de joue gauche ne vous ai que trop adouci… Pourquoi s’arrêter à la Suisse lorsqu’on peut, dans la lancée, s’occuper rapidement du Luxembourg (Coluche déjà en parlait), d’Andorre (4,34% de la fuite des liquidités françaises finissent dans le bar-tabac d’Andorre-la-vieille, entre la station essence et le le magasin de spiritueux), Malte (les Allemands s’en emparèrent facilement il fut un temps, on pourrait demander à Mme Merkel si un musée a gardé les plans d’attaque) et sans oublier l’Alsace ?

    Quant au pauvre monsieur C., je me suis trouvé, à une échelle plus modeste, dans la même situation de honte mâtinée d’injustice que l’ex ministre. J’en parle rapidement sur mon blog, et suis sûr que vous saurez trouver les éléments de comparaison à peine filigranés dans ce texte :
    http://www.quandletigrelit.fr/les-nouvelles-du-tigre-eloge-du-tricheur/

    • Cher Tigre
      il est fort possible que mes fréquentations cardinalices aient quelque peu réduit mon énergie -il faut dire que tous ces vieux messieurs sont un peu ennuyeux, je n’ai d’ailleurs par manqué de leur faire noter l’absence de femmes.
      Pour en revenir à mon texte, vous avez raison. J’avais proposé, en son temps, l’annexion de la Belgique également (ici : https://lactualiteselonblochladurie.wordpress.com/2012/04/10/proposition-n18-international-pour-lannexion-unilaterale-de-la-belgique-wallone/). Mais je crois qu’il faut, pour l’instant, se limiter à l’urgence, c’est-à-dire la Suisse. Attendons un peu (quelques mois?) pour la suite, il ne faut pas non plus que la France soit accusée d’expansionnisme (accusation ridicule, mais vous savez comme nous voisins allemands sont chatouilleux)
      Quant à votre article, il est parfait: il décrit élégamment les difficultés d’un esprit supérieur lorsqu’il est confronté à ses (petites) compromissions. Je m’y suis reconnu. Mais j’aurais tout de même une question : qu’appelez vous exactement un « datif pluriel »?

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  8. Janet Paler

    Moi, j’ai une autre solution radicale : annexer l’Europe à la Suisse puis installer des scanners à chaque col et tunnel.

  9. Pingback: Redécoupage des régions de France : un peu de bon sens ! | L'actualité selon Bloch-Ladurie : Réflexions collectistes

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