Ma vie sexuelle avec Marcela Iacub

marcela_iacubElle m’appelait son petit verrat. Je lui répondais : « grosse truie ». Notre histoire est celle de ces couples improbables, une passion fondée sur le désir et sur une affinité intellectuelle puissante. Elle, la grande bourgeoise pugnace et tranchante, moi, l’humble professeur plein de modération et de modestie. Elle collectionnait les aventures comme autant d’observations ethnographiques. Je séduisais, bien malgré moi souvent, des jeunes filles pleines de candeur et d’admiration devant mon énorme intelligence. Nous nous rencontrâmes à l’âge où d’autres commencent à prendre du viagra, et nous vécûmes de folles soirées d’érotisme entrecoupées de prises de notes.

Pourquoi en parler ? Pourquoi publier, quelques mois à peine après notre rupture, ce livre qui promet déjà de faire scandale et de générer de copieux droits d’auteur ? Par pur exhibitionnisme ? Pour peindre le portrait peu reluisant d’une femme avilie par la passion ? Pour me donner, à peu de frais, la supériorité morale de celui qui parle ouvertement de ses ébats, de son adultère, de sa faiblesse ? Rien de tout cela. La littérature m’appelle.

Nous avons elle et moi tant de points communs… Trop souvent je me suis refusé à faire du style, préférant la froide objectivité de l’analyste rigoureux. Trop longtemps j’ai caché mes obsessions personnelles sous les dehors respectables de positions politiques sensées et réfléchies. Il est temps de livrer ma vérité, de me dévoiler, de me mettre à nu, à poil, d’agiter mon sexe devant mes lecteurs qui ne détourneront pas longtemps les yeux, fascinés qu’ils seront par la puissance, la vivacité, la turgescence de mon écriture.

Un grand hebdomadaire m’a récemment encouragé, « par égards pour la littérature », à écrire ce livre, et à lui en réserver les bonnes feuilles. Nous sommes encore en négociation, mais bientôt, je l’espère, le monde connaîtra tout de cette aventure sauvage, envoûtante, et tellement profitable – pour moi du moins. Et à mon tour, j’aurais participé au renouveau des lettres françaises, peut-être pas au premier rang des écrivains mais, disons, par la bande.

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3 Commentaires

Classé dans Divers, Publications

3 réponses à “Ma vie sexuelle avec Marcela Iacub

  1. Maître, vous changez de registre. Je n’osais penser que votre vitalité dans le domaine charnel n’avait également d’égal que votre vivacité intellectuelle ; et suis ravi qu’à l’image d’une Christine Bout(entra)in vous mélangez allègrement les considérations politiques avec de savantes manœuvres de piston (sans jeu de mots scienceposards).

    Faites vite dans la publication, de grâce, que je puisse trouver de quoi oublier le bon docteur Djian et son pétillant (quoique passablement ennuyeux) « Vers chez les blancs » (http://www.quandletigrelit.fr/philippe-djian-vers-chez-les-blancs/)

  2. Walter Fernandez

    Cher Maître,

    si vous ai bien compris, il faudrait nommer Marcela Iacub à la place du Grand Rabbin Bernheim. Pourquoi pas ? Voilà une femme supérieurement intelligente (ne serait-ce que pour avoir su percevoir le génie que masque parfois votre apparence un peu terne). A n’en pas douter, elle est la candidate idéale pour faire évoluer le judaïsme de France vers la modernité.

  3. Pingback: Marcela Iacub : "J’aime Minute !" (Libération, 31 novembre 2013) | L'actualité selon Bloch-Ladurie : Réflexions collectistes

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