A la recherche du nouveau maître de conf

footer-hatsCes derniers jours, mes collègues (et néanmoins amis) ont abondamment relayé un article de blog qui dénonçait la suppression de la qualification des docteurs par le Conseil National des Universités. A la faveur d’un amendement au projet de loi sur l’enseignement supérieur, déposé par deux sénatrices vertes, le CNU se voit donc privé de sa compétence essentielle : permettre aux docteurs ayant récemment soutenu leur thèse de se présenter, ou non, aux procédures de recrutement pour devenir maître de conférence. Visiblement scandalisés, mes amis (et néanmoins collègues) ont compris qu’on voulait ouvrir tout grand les portes du recrutement des enseignants-chercheurs à n’importe qui. Et pourtant, faut-il s’en alarmer ? Non, au contraire : il faut aller plus loin.

En finir avec la lourdeur bureaucratique

Il faut à ce stade éclairer la lanterne de mes lecteurs les moins familiers de l’université. Quelle est la voie la plus répandue pour occuper un poste d’enseignant-chercheur ? Il faut d’abord consacrer de longues et pénibles années à écrire un manuscrit que personne ne lira vraiment, puis soutenir cette thèse, en réunissant quelques professeurs bien intentionnés à l’égard de l’impétrant (je prends généralement soin de les inviter, la veille de la soutenance d’un de mes doctorants, dans un très bon restaurant). soutenance-de-theseA ce stade, et si tout se passe bien, le jeune homme (et occasionnellement la jeune fille) se voient décerner le titre de docteur de l’Université des Hautes-Alpes à Gap, par exemple. Il lui faut alors passer sous les fourches caudines du CNU, instance chargée de trier le bon grain de l’ivraie, c’est-à-dire de permettre que l’on recrute les meilleurs, et de renvoyer les moins bons à leurs allocations chômage ou au lycée.

On le voit : tout ce fatras de paperasseries, de comités, et de réunions, est inutilement compliqué. Du reste, on dépense ainsi en pure perte une énergie qui pourrait s’employer ailleurs, alors même que le nombre de postes à pourvoir est très faible. C’est le sens de l’amendement déposé par Mmes Bouchoux, Blandin et Benbassa, que je trouve encore trop timorées. Il faut aller quelques crans plus loin : pourquoi s’interdire de recruter comme maîtres de conférence des master 2 brillants, ou encore de jeunes ingénieurs (dans les disciplines scientifiques) capables de monter des partenariats de recherche avec de grandes entreprises, ou encore des anciens élèves de Sciences-Po qui sont dotés d’une solide culture en sciences humaines et prêts à enseigner aux étudiants de L1 ? Après tout, on imagine mal qu’un ouvrier tourneur-fraiseur finisse par être recruté à ce poste : pourquoi donc ne pas supprimer toutes les barrières à l’entrée, et faire confiance aux équipes chargées du recrutement ?

Un concept révolutionnaire

Le problème majeur, on le voit, vient de ces dernières. Les comités de sélection ont la lourde tâche de choisir, entre quelques dizaines de dossiers, les 7 ou 8 candidats auditionnés en 20 minutes chacun, en une seule journée, puis de trancher en choisissant l’un d’eux. Il faut revoir de fond en comble cette procédure.

Pourquoi ne pas prendre exemple sur quelques émissions en vogue, destinées elles aussi à laisser un jury choisir le primus inter pares destiné à mener une carrière brillante ? A la recherche du nouveau maître de conférences : voilà le titre d’une émission appelée à faire exploser les audiences d’Arte et de France Culture. On découvrirait les premiers pas de jeunes chercheurs fringants, filmés à la bibliothèque, en séminaire de recherche, ou encore en train de se maquiller avant une audition. amphi1On embaucherait un coach pour les préparer à poser leur voix, regarder le jury dans les yeux, et dire du mal d’un concurrent sans en avoir l’air. Surtout, on multiplierait le nombre d’étapes à franchir pour être recruté définitivement : concours de chant, épreuve sportive, QCM de culture générale, leçon devant un amphi rempli d’animateurs télé, montage d’un financement ANR en temps limité, etc.

Seul problème, en définitive, on ne sélectionnerait qu’un seul candidat à un seul poste, par ce biais. Qu’à cela ne tienne : on réserverait un poste à Sciences-Po pour le meilleur, quelques postes dans des universités parisiennes pour les 2e, 3e et 4e, et quelques postes en province pour le reste. Tout ceci suffirait amplement à pourvoir les besoins actuels des universités, en sciences dures et en sciences humaines – au besoin, on fabriquerait une émission supplémentaire pour les sciences dures, sur une chaîne de télévision concurrente.

Plus j’y réfléchis – grâce à la complicité de quelques amis facebook – et plus je trouve séduisant ce projet de modernisation du recrutement dans l’ESR. Il faut bien s’adapter à son époque. Quelles seraient vos suggestions, chers lecteurs, pour enrichir encore ce concept ?

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16 Commentaires

Classé dans Divers

16 réponses à “A la recherche du nouveau maître de conf

  1. Olivier

    Il faut effectivement y réfléchir longuement (comme vous le faites si bien, cher Fernand (permettez moi de vous appeler « cher Fernand »)) avant de découvrir toutes les qualités de cette réforme…

  2. Olivier

    Puisqu’il faut faire des propositions, je crois que pour diminuer la paperasserie, on pourrait viser à diminuer la taille des thèses, au moins en sciences sociales. Une thèse d’une trentaine de pages, sans soutenance… voilà qui va dans le sens du progrès.
    Ne vaut-il mieux pas une thèse de trente pages lues que de cinq cent pages que personne ne lit ?
    Et pourquoi faire déplacer plusieurs professeurs (et néanmoins amis) parfois de province (!) pour une soutenance dont le verdict est connu dès la veille (lors du fameux repas gastronomique) ?

  3. Cher maître, bien entendu, il faut introduire des critères d’apparence physique: pour attirer les étudiants dans l’antre parfois rébarbative de la connaissance, rien de tel qu’un décolleté avantageux ou un brushing flamboyant.

  4. Olivier

    Une autre proposition : obliger le recrutement des jeunes docteurs par l’université qui leur délivre le diplôme permettrait sans aucun doute d’éviter ce gâchis des auditions qui ne servent à rien puisque en pratique, les postes sont déjà réservés aux dauphins des grands mandarins locaux. Gagnons du temps, et de l’argent !

    • Ce serait un bon corollaire à ma proposition : pour la valetaille de province, des thèses courtes, soutenues à huis clos, et un recrutement local. Pour les autres, la gloire, c’est-à-dire le passage à la télé.

  5. Pingback: Recrutement des maître de conférences : suppression irréfléchie de la procédure nationale de qualification | Combats pour les droits de l'homme (CPDH)

  6. Eugene de la Ribaudière

    Je propose un tirage au sort parmi la population des docteurs. Ou bien revenir au bon vieux projet des années 60, d’étendre l’agrégation de médecine et de droit à toutes les disciplines. Enfin, un concours qui n’a rien à voir avec la capacité à effectuer de la recherche…

    • Olivier

      Je crains que là, nous nous égarions un peu. L’agrégation (dite du supérieure) existe en médecine, en droit, en économie, en gestion et en pharmacie… et dire qu’elle n’a rien à voir avec la capacité à effectuer de la recherche est peut être un peu rapide.
      Je crois que si idée novatrice il y a, c’est plutôt la suppression de toute procédure pour devenir Professeur des Université qu’il faut envisager. Que tous les MCF soient PU, voilà une idée qui fera faire des économies sur les procédures longues et fastidieuses de recrutement à la France. Et qui, soit dit en passant, pourrait peut être augmenter paradoxalement le niveau moyen des PU.
      Et puis, que tous les docteurs soient MCF… et hop ! Là nous rejoignons les idéaux soixante-huitards.

    • Gaston Jeze

      Je ne connais pour la part que l’agrégation de droit (public et privé), mais je tiens à souligner que la première des 4 épreuves, qui sort du concours la moitié des candidats (100 sur 200, déjà maîtres de conférences pour la très grande majorité) est une épreuve sur travaux qui reprend la thèse et l’ensemble des articles des la carrière, suivie d’une demi-heure d’entretien… Ce qui veut signifie que la capacité de recheche est deja bien mieux jugée que par le CNU. Par ailleurs, les 4h devant le jury et 40h de préparation en salle fermée démontrent aussi certaines capacité de recherche. Ce petit post juste pour information.

  7. Regardez le cas ANATOLY LIVRY : une folle-”professeur” dont Livry a répoussé le har­se­le­ment sexuel a agité ses copains pour blo­quer les qua­li­fi­ca­tions de Livry :
    http://anatoly-livry.e-monsite.com/pages/avis-scientifiques.html
    Et au CNU on a donné une forme ins­ti­tu­tio­nelle à ces folies : tout le monde savait qu’on exe­cute l’ordre des amis de la folle et, par réla­tions syn­di­cales, per­so­nelles… ont a donné la tête de Livry (auteur de 3 mono­gra­phies, leu­réat de 2 prix scien­ti­fiques…) à la folle http://faussebuhkssorb.canalblog.com

    De plus, la 13e Section est pré­si­dée par de per­sonnes dont on ne connait ni thèse, ni HDR — mais qui sont du même syn­di­cat que la pré­si­dente du cnu.
    Honte !

  8. Pingback: Financement de la recherche : la méthode "elevator pitch" | L'actualité selon Bloch-Ladurie : Réflexions collectistes

  9. Vad

    « … Lorsque ces parvenus deviennent majoritaires, ayant réussi à se hisser jusqu’au sommet administratif, l’Université est finie. » :

    http://www.enquete-debat.fr/archives/nabokov-chez-lagitprop-made-in-france-56386

    « Par ailleurs, nous sommes contraints de préciser que les performances scientifiques de Poulin sont devenues la base d’une démarche administrative au plus haut niveau des instances universitaires françaises, celle du CNU, ce très coûteux « rempart aux localismes », à en croire les gourous du Ministère de l’enseignement supérieur s’adressant aux sénateurs désirant la suppression de cette survivance stalinienne imposée à la Ve république française. Ainsi les rapporteurs officiels de l’organisme susmentionné : O. Agard, F. Clément, Ph. Daros, E. Dayre, R. Gayraud, Ch. Gillissen, M. Dennes, C. Depretto, R. Kahn, I. Krzywkowski, E. Oudot, S. Plane, G. Raulet, S. Rolet, A. Schober se réfèrent, dans des conclusions scellées par le sceau du Ministère de l’enseignement supérieur, à Poulin comme à une sommité de connaissances du genre romanesque ! Une sordide résurgence soviétique qui s’est greffée sur le corps de l’antique Science française progressivement vampirisée, nivelée année après année vers le bas ! »

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