Manifestations au Brésil : un feu de paille sans conséquence

Manifestations_BresilDepuis quelques jours, la rue brésilienne gronde. Les cariocas, plutôt habitués à taper dans un ballon sur la plage et à se prélasser au soleil, lorsqu’ils ne trafiquent pas de la drogue, sont descendus par centaines dans les rues (certaines sources parlent de plusieurs milliers). A Sao Paulo, Belo Horizonte, et de nombreuses autres villes dont le nom m’échappe, y compris dans la capitale, on voit se former des cortèges charriant le lot habituel de revendications (corporatistes et à courte vue) des opposants systématiques : plus de démocratie, moins de corruption, des transports gratuits, et pourquoi pas des augmentations de salaires, tant qu’on y est !

Beaucoup de mes amis et confrères, commentateurs avisés qui déchiffrent d’ordinaire très bien la politique internationale et les problèmes socio-économiques globaux (et vice-versa), y ont vu les prémisses d’un « printemps brésilien », sur le modèle de ce qu’ont connu les pays du Maghreb ces dernières années. Lassé de dix ans de pouvoir travailliste, l’homme de la rue crierait son écoeurement face à un pouvoir corrompu et inapte à gommer de trop fortes inégalités. Selon ces analystes, le Brésil devrait donc, dans les mois à venir, suivre la pente tunisienne : révolte populaire, destitution du pouvoir en place, assemblée constituante, reprise en main par les islamistes.

Je pense qu’ils se trompent. Pour le comprendre, il faut tenir compte du contexte historique brésilien, dans toutes ses dimensions, et notamment dans sa dimension politico-sportive. L’une des principales critiques que les manifestants adressent à leurs gouvernants tient au coût trop élevé de l’organisation de la coupe du monde de football, en 2014. dilma-rousseffEt l’on peut en effet leur donner raison, tant ce sport est entré dans une « culture du fric » qui n’a plus rien à voir avec les glorieuses années 80 (que l’on songe seulement à ce qu’est devenu l’OM depuis le départ de Bernard Tapie). Par ailleurs, Dilma Roussef, l’actuelle présidente brésilienne, montre quelques signes d’essoufflement (sans aucun jeu de mots sur son embonpoint), l’usure du pouvoir faisant son effet après plusieurs années de mandat. Une solution très simple s’offre alors à elle : annuler la coupe du monde de football de 2014, ce qui réjouira autant les brésiliens que les pauvres supporters qui s’étaient vus privés de places de matches en raison du prix trop élevé du voyage et du ticket d’entrée.

t-shirt-foot-sexy-bresil-2014Je ne vois pas comment Mme Roussef pourrait passer à côté de cette mesure à la fois symboliquement forte et socialement utile. Dès lors, les protestataires rentreront sagement chez eux, peut-être un peu déçus de ne pas accueillir le plus grand évènement sportif du monde, mais consolés de voir se contracter la dépense publique (néfaste par nature, comme chacun sait). On peut donc affirmer avec une quasi-certitude que, dans quelques jours, le Brésil connaîtra de nouveau la paix.

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1 commentaire

Classé dans Bienvenue

Une réponse à “Manifestations au Brésil : un feu de paille sans conséquence

  1. J’invoquerai, cher Fernand, le grand Charles qui résume très à-propos votre savante analyse : le Brésil n’est pas un pays sérieux.

    Cette superbe phrase a d’ailleurs été reprise comme intro d’un livre que je ne saurais que trop vous conseiller : http://www.quandletigrelit.fr/ian-mcdonald-brasyl/

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