Scandale à l’université: une nouvelle atteinte aux libertés fondamentales

MoiAlors que l’été bat son plein, que la chaleur arrive enfin malgré les échecs répétés du gouvernement, tout un chacun, et même un universitaire préoccupé de la chose publique comme moi, ne pense qu’à se reposer en consultant divers sites de vacances en ligne. Je sais donc que je vais, une fois de plus, jouer la mouche du coche, et sortir le pays d’une torpeur pourtant bien méritée. Mais je me dois de le faire : car le scandale est cette fois trop grand.

Je m’explique. Préparant mes prochains cours de science po de l’année prochaine, je consultais divers sites d’information, ainsi que des ouvrages scientifiques en ligne, quand, au hasard de mes pérégrinations numériques, je tombais sur un rapport du Sénat concernant l’université française. Intrigué, ne pensant qu’à mon devoir, je lisais cette prose fort ennuyeuse et, pour tout dire, inutile, quand je tombais sur un passage qui me fit bondir.

Le titre de l’ensemble est déjà, en soi, tout un programme:  Projet de loi relatif à l’enseignement supérieur et à la recherche : A la recherche d’un nouvel équilibre hommes-femmes dans l’enseignement supérieur et la recherche

SénatJe vous laisse, si vous le désirez, regarder l’ensemble du rapport que l’on peut consulter ici. Il faudrait, je dois dire, tout citer, tant l’ensemble fait fi des plus élémentaires libertés humaines ; mais je vous reproduis ici les passages les plus scandaleux, que l’on trouve concentrés dans le dernier chapitre, intitulé « Lutter contre le harcèlement et les violences sexuelles » – objectif que l’on ne peut, en général, que partager. On lit ainsi:

Le harcèlement sexuel et le harcèlement moral, ainsi que les violences sexuelles demeurent une réalité largement occultée et cependant plus présente qu’on ne veut bien le croire dans l’enseignement supérieur et la recherche. Il se rencontre aux différentes étapes du cursus universitaire, peut affecter les relations entre étudiants et professeurs ou les relations entre collègues, mais pour autant qu’on puisse en juger en l’absence d’études précises, il semble que la période des études doctorales y soit particulièrement propice.

On croit rêver : le doctorat n’est-il pas réservé aux adultes consentants? Du moins, pour ma part, n’ai-je jamais vu de doctorante de moins de 18 ans ; du reste, on m’avait refusé l’inscription d’une jeune Samantha de 17 ans il y a quelques années, à juste titre.

Mais le pire est à venir:

Celles-ci [les conditions propres au harcèlement à l’université] tiennent à la relation particulière qui existe entre le doctorant et son directeur de thèse et qui suppose des réunions de travail régulières en tête à tête, échappant par nature à tout contrôle social. Cette situation est encore accentuée par le fait que beaucoup d’universitaires ne disposent pas d’un bureau et sont conduits à recevoir leurs étudiant-e-s chez eux ou dans un café ou encore au restaurant.

Allons bon! Il serait interdit d’inviter aux restaurant ses étudiantes? Interdit de les faire venir chez soi? Mais bon sang, dans de telles conditions, qui voudra encore s’engager dans les études pour devenir enseignant?

Reste que les auteurs du rapport terminent leur diatribe par une subite, quoique tardive, prise de conscience :

Au demeurant, une certaine forme de séduction intellectuelle est inhérente à la relation qui existe entre un doctorant et le directeur de thèse qu’il s’est choisi et qui exerce naturellement sur lui un certain ascendant. Comme le reconnaissait Vincent Berger au cours de son audition, ce face à face constitue en lui-même un terrain à risques. Il n’est d’ailleurs pas rare que, en dehors de toute pression et de toute contrainte, celui-ci débouche sur des relations sentimentales et parfois sur des unions durables qui relèvent du champ de la vie privée.

Une relation prof-élève harmonieuseJe dois dire, pour ma part, que je m’honore de ne jamais choisir comme doctorante une étudiante sur laquelle ma séduction intellectuelle, « inhérente à la relation » comme l’avoue le rapport, n’agit pas. Mais le problème n’est pas là : en voulant interdire, ou limiter, de tels échanges intellectuels, on sape les fondements de l’université française en général, et de mon travail en particulier. Faut-il rappeler que, lassé des soirées coco-girls organisées par Andersen Consulting group, j’ai autrefois changé de voie pour embrasser l’enseignement supérieur? Et bien, je suis tout prêt, si mes libertés fondamentales sont ainsi bafouées, à faire le chemin inverse.

La recherche y perdra sans doute beaucoup, et la France peut-être un autre A de sa notation chez Standard & Poor’s. Mais tant pis: je n’ai pas l’habitude de transiger avec la liberté.

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3 Commentaires

Classé dans politique

3 réponses à “Scandale à l’université: une nouvelle atteinte aux libertés fondamentales

  1. Cher Maître,
    dans votre louable effort de partager vos édifiants liens, vous semblez avoir oublié le plus important. Un érudit tel que vous, plongé dans la torpeur estivale dans le Rer entre Châtelet et Cluny-la-Sorbonne, tenant un ouvrage de qualité entre les mains, voilà la configuration rêvée pour faire de belles rencontres !
    Je me sens alors obligé, telle une Attention Whore, de vous glisser mes modestes recommandations :
    http://www.quandletigrelit.fr/les-sutras-du-tigre-15-livre-subway-drague/

    Le rapport parle d’un certain Vincent Bergé. Le fils de Pierre Bergé je présume ?

    « Du moins, pour ma part, n’ai-je jamais vu de doctorante de plus de 18 ans » Ne serait-ce pas plutôt « moins de 18 piges » ?

    • vous avez raison, ma langue a fourché : je corrige de ce pas.
      Quant à vos recommandations, je vais m’y plonger, bien que je n’en ai, je crois, guère besoin : généralement, je n’ai pas besoin d’accessoires pour plaire, et d’ailleurs la lecture, généralement, me fait trop transpirer ce qui diminue nettement mon sex appeal.
      Enfin, pour M. Berger : vous devez avoir raison. En tous cas, il doit s’agir de ce que mon vieil oncle Roger appelait un « peine à jouir », si je puis me permettre

  2. Pingback: Pour un service public des "sugar daddies" | L'actualité selon Bloch-Ladurie : Réflexions collectistes

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