« Doutes » : un chef-d’oeuvre du cinéma politique

doutes_2013Une oeuvre magistrale a débarqué ce mercredi sur les écrans français. « Doutes« , premier long métrage de Yamini Lila Kumar – la femme de Christophe Barbier – nous plonge pendant une heure et demie dans les affres de deux hommes de gauche, deux journalistes épris d’objectivité, amoureux de la politique, bouleversants de vérité : Christophe Barbier, qui joue son propre rôle, et Benjamin Biolay, fidèle lieutenant de Christophe Barbier.

Le film n’est qu’une longue conversation, brillamment érudite (« Vichy c’était quand même affreux »), finement analytique (« DSK il en a du charisme »), entre quatre personnages qui tournent sans fin autour des grandes questions qui taraudent la gauche : doit-on coucher avec DSK ? Peut-on se permettre d’être de gauche même si on n’aime pas les impôts ? Peut-on faire confiance à la gauche sans DSK ? Faut-il vraiment payer ses impôts ?

Autant de questions soulevées au détour d’interminables discussions, dont la profondeur et la justesse feraient pâlir d’envie Madame du Deffand. Car c’est bien l’univers d’un salon mondain qui se déploie sous nos yeux : l’estime mutuelle de ceux qui connaissent leur magistère intellectuel et leur ascendant sur le peuple, l’entre-soi rassurant de la rive gauche… Tout ceci donne au spectateur cultivé et abonné à l’Express (le journal de Christophe Barbier) la rassurante impression d’être entre personnes de bonne compagnie, entre intellectuels qui connaissent l’inestimable valeur de leurs opinions. Le vulgaire, bien sûr, boudera ce spectacle parce qu’il trouvera sans intérêt, voire agaçant, l’étalage de clichés et de morgue autosatisfaite auquel se résume apparemment cette incontinence verbale (Christophe Barbier : « Tu trouves pas que je ressemble à un canton Suisse ? »). Qu’importe. Que les prolétaires retournent regarder des blockbusters et voter FN : voilà qui est plus conforme à leur insigne grossièreté.

« Doutes » est une oeuvre qui s’inscrit parfaitement dans l’époque. Face à la crise majeure que traverse ce pays ingouvernable, où des masses ignares se révoltent avec une inconséquence dramatique, ce beau film rappelle qu’il existe une façon plus noble, plus belle, de faire de la politique : en couchant avec des hommes politiques et des journalistes influents, et en passant de longues heures à commenter les commentaires des communicants.

Pour finir, saluons la mise en scène clinique, sans fioritures, de la femme de Christophe Barbier, véritable modèle d’écriture blanche, de vide assumé. Le jeu des acteurs, impeccable, ne triche jamais avec la réalité, au point qu’on a parfois le sentiment de regarder un éditorial vidéo de Christophe Barbier. Courez voir ce film qui, à l’instar du Serment de Tobrouk, restera dans l’histoire du cinéma politique français, sans doute pour les mêmes raisons.

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8 Commentaires

Classé dans Divers

8 réponses à “« Doutes » : un chef-d’oeuvre du cinéma politique

  1. Vous me faites douter maître, moi qui comptais aller voir Thor Le monde des Ténèbres. Mon esprit, c’est le cas de le dire, est enténébré d’indécision.

  2. Mais j’avoue que le jeu d’acteur ferait pâlir Michel Serrault

  3. Totolus ( ex Kalfouët )

    Ça m’a donné l’envie de revoir tous les films d’Arielle Dombasle.
    Et peut-être le festival des Charlots. Que l’on trouve, fort heureusement, très facilement, alors que l’intégral de Brel reste inédit. Mais bon !
    Rassurez-moi, les couleurs ne sont pas bonnes, l’écharpe de Christophe, je l’appelle Christophe comme je dis Albert, les grands noms se contentent du prénom, son écharpe est tjrs rouge ? J’ai cru la voir noire. On reconnait Christophe, fort heureusement, à sa couleur d’écharpe, non à des propos journalistiques éphémères. Albert a tjrs eu un noeud pape, et c’est cela que l’on retient.
    Et le jeu de Biolay, sobre, laconique ( néphrétique ), ennuyant dans le sens profond, jouant sur le fond sonore comme une musique sérielle.
    Quelle chance d’être né français pour pouvoir grandir avec ce cinéma.

  4. Totolus ( ex Kalfouët )

    Cher Maître,
    Rassurez-moi. A chaque fois que je laisse un commentaire, au combien modeste, sur ce digne blogue, un message m’indique que je dois  » confirmer la souscription « . Effectuez-vous un prélèvement bancaire à chaque fois ? Non que cela me dérange, vous devez bien vivre, mais ça m’arrangerais de savoir de combien afin d’équilibrer mes comptes.
    Respects Collectistes.

  5. Pierre Albertini

    Vous m’avez convaincu d’aller voir Doutes (je me pose moi-même souvent la question « coucherais-je avec DSK ? »). Je me demandais cependant si ce film n’était pas une suite à Comment je me suis disputé (ma vie sexuelle), qui m’avait en son temps un peu déçu.

  6. Citizen Kohn.

    « … deux hommes de gauche », « Doutes ». Sans commentaire.

  7. Citizen Kohn.

    Ah oui, quelle gauche ? Même pas la rive, plutôt celle des palais dans les oasis pseudo-coloniales de l’Afrique du Nord, très partagée à en croire le patrimoine révélé mais désavoué de personnalités attachantes du neuf-deux, plus Levallois que Perret. Oui, quelle gauche ? Celle qui est complice de la finance internationale organisée pour détourner la valeur de l’économie réelle dans un nuage d’argent plombé par la spéculation intensive ? « Doutes » après « J’aime Minute », deux billets « people » de trop, qui prennent la place de la pensée collectiste fondamentale et déjà chichement mesurée dans le décor gondolé de la cacophonie médiacratique servile ! « Tu quoque, mi fili » !

  8. La présentation finale des acteurs, avec « XXX, de la comédie française », m’a rappelé l’évidence : c’est la suite du « Doutage », magnifique film dont la bande annonce m’avait au plus haut point ému.
    Personne n’a remarqué que Benjamin Biolay a un petit air de Benicio del Toro ? Une grande carrière est promise à ce premier.

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