Marcela Iacub : « J’aime Minute ! » (Libération, 31 novembre 2013)

A la suite d’une chronique qui a fait grand bruit (« J’aime Finkielkraut ! », Libération, 8 novembre 2013), Marcela Iacub a décidé d’enfoncer le clou. Ce texte paraîtra bientôt dans sa chronique habituelle mais, en raison des liens d’amitié qui nous unissent, elle m’a autorisé à le publier en avant-première sur mon blogue.

marcela_iacubUne certaine bien-pensance d’origine victorienne nous rend incapables de vivre les élans animaux et cruels du dionysisme. Notre animalité ne fait plus désormais partie que du domaine de l’insulte. Pourtant, j’aime être une truie dans le regard de certains hommes et, si j’étais Taubira, je serais heureuse d’être une guenon.

Depuis mon enfance à Buenos Aires, je suis consciente de la méchanceté des racistes, de leur haine inextinguible, qui s’exprime dans l’animalisation de l’Autre. Ils ne font que reprendre à leur compte un discours d’origine biblique, qui, en créant un fossé infranchissable entre l’homme et l’animal, a créé les conditions d’un avilissement de l’être humain par son assimilation au dominé, au calomnié, à l’asservi –à l’animal. Je sais aussi ce qu’est Minute, ce que sont ses combats, ses valeurs, ses lecteurs, très éloignés de moi. Pourtant, je n’hésite pas à dire que Minute vient de poser un geste heuristique de la plus haute importance, un geste révolutionnaire qui illuminera les générations futures.

Dans son dernier numéro, Minute a fait sa couverture sur Christiane Taubira, en accompagnant une photographie de la ministre de la légende suivante : « maligne comme un singe, Taubira retrouve la banane ». Le scandale a été considérable, politiques, journalistes et intellectuels y allant tous de leur couplet pour défendre la ministre. Tous les partis, même le Front National, ont condamné ce qu’ils ont jugé être un inadmissible accès de racisme. On pourrait penser que cette unanimité, si rare en France en ce moment, est en soi rassurante. Mais ce serait aller bien vite en besogne et je ne pense pas du tout que ces cris d’orfraies soient véritablement progressistes. J’y vois au contraire l’expression du conservatisme de droite et du puritanisme de gauche, qui me semblent expliquer pourquoi la France est si peu queer.

Sur le plateau de France2, Christiane Taubira s’est plainte d’être rejetée par les racistes hors de la famille humaine. Mais ne sommes-nous pas rejeté-e-s tous les jours hors de la famille animale ? L’immense mérite de Minute est d’avoir ouvert une brèche dans le mur de notre exclusivisme judéo-chrétien, d’avoir recréé des correspondances –et même, pourquoi le nier, d’avoir souligné que la rayonnante beauté de Taubira est d’une essence profondément animale. Or soyons honnêtes, tout notre imaginaire érotique est animal. Prendre en levrette, lécher la chatte, le minou, la minette, le hérisson, la marmotte, combiner la pine et le lapin, montrer son dard, son anguille, son serpent, faire la bête à deux dos, être un étalon, une chienne, un cochon, une truie, une jument, un lion superbe et généreux, bique et bouc, rien qu’en français, la liste est infinie. Et je ne parle pas de l’arsenal sado-masochiste, avec sa passion du cuir, ses muselières, ses licols, ses harnais, ses laisses, ses cravaches, ses fouets, ses butt-plugs caudaux. La figure la plus profondément inscrite au cœur de la sexualité humaine est sans doute celle du cheval que l’on peut monter, mais qui peut aussi vous saillir. Comme je l’ai rappelé dans mon dernier rapport d’activité au CNRS, j’aime que mes amants se mettent devant moi à quatre pattes et je passe des heures à les chevaucher avant de les laisser jouir au plus profond de mon intimité. Il me semble du reste que cette acceptation de l’animalité est aussi une condition du rapprochement des sexes et des sexualités : qui n’a pas rêvé, homme ou femme, de se faire tringler par un equuseroticus ? qui n’a pas rêvé, homme ou femme, d’être soi-même un equuseroticus ? Nous crevons de ne pas être des animaux. Nous ne ressusciterons qu’en assumant notre animalité. Et si une publication d’extrême droite nous permet de progresser sur cette voie, je me dois de l’encenser, contre vents et marées. Oui, j’aime Minute.

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8 Commentaires

Classé dans Bienvenue

8 réponses à “Marcela Iacub : « J’aime Minute ! » (Libération, 31 novembre 2013)

  1. Alex Meyerr

    Il n’y a que 30 jours au mois de novembre !

  2. Citizen Kohn.

    Bref, abonnez-vous à « l’Huminuté », à « 30 Millions d’aminutes » et au catalogue Minufrance ! Mais peut-on encore être collectiste et regardant sur la collectivisation de ses sphincters ? Juste des siens, pas de ceux des autres. Quelques points de doctrine mériteraient des éclaircissements, quelques positionnements, des précisions et, peut-être, si les virtuoses sont disponibles, des démonstrations. Y a-t-il une incidence quelconque des pratiques ludiques étendues (ou pas) sur les marqueurs de la crise ?

  3. raynaud

    excellent! Merci mme Iacub!

  4. estamos podridos de las provocaciones de esta pajera que para colmo étale su intimidad sexual
    Deci:pajera,porqué no te quedaste en tu huevada de buenos aires?

  5. .fr

    Sympathique criticaille salonnarde encensant la « bêtise ». Sympathique car ne renvoyant pas assez brutalement à cette Droate mal-pensante sa propre animalité refoulée. Dommage.

  6. nicolas

    au moins, on sait pourquoi elle a une réputation de pouffe…

  7. ingénieure 2e classe y a pas de troisième au CNRS

    J’ai fort apprécié le singulier d’activité (dans rapport d’activité au CNRS) …

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