Financement de la recherche : la méthode « elevator pitch »

L’université française va mal. Démoralisés par leur rang au classement de Shanghaï, effarés par l’afflux massif de bacheliers qui s’entassent sans but dans des amphis trop étroits, s041020114e8b403470a1fles universitaires s’avèrent de surcroît incapables de gérer correctement leurs finances. Certaines universités sont en cessation de paiement, ou s’apprêtent à l’être. Valérie Fioraso a décidé de prendre le taureau par les cornes, et de renvoyer à leurs études ces incapables qui multiplient les formations inutiles (« Langues anciennes », « Physique théorique »), embauchent des fonctionnaires (sans tenir aucun compte de l’état déplorable des finances publiques), et signent des partenariats public-privés ruineux (que le ministère a toujours fermement condamnés).

Bien sûr, Geneviève Pécresse n’a pas le beau rôle. Elle ne fait pourtant que son devoir : veiller à faire le plus d’économies possible, supprimer des investissements, vendre les formations les plus prestigieuses à ceux qui en ont les moyens (à Abu Dhabi par exemple)… Bref, préparer l’avenir. Mais il faut aller plus loin. L’enseignement supérieur et la recherche coûtent encore beaucoup trop cher, et ne fiorasorapportent rien, ou presque. Il faut donc concentrer les ressources sur un petit nombre d’établissements dûment sélectionnés, où l’on prendra soin de ne retenir que des projets de recherche utiles, pas trop longs si possibles, et susceptibles d’être valorisés en entreprise. Cela permettra aux universités restantes de se focaliser sur leur coeur de métier : la réussite des étudiants en cycle bac -3 / bac +3. Cette mission, chacun le comprend, demande très peu de ressources financières, sinon quelques vacations et des vidéos partagées en ligne.

En outre, la méthode de sélection des futurs « Centres de recherche excellents et utiles » (CREUX) pourrait être très simple. Il suffirait de s’inspirer de cette initiative innovante et moderne : le « pitch doctoral », ou « elevator pitch ». Il s’agit, pour un docteur venant de soutenir sa thèse, de résumer celle-ci en une minute – soit le temps de trajet d’un ascenseur entre quelques étages du siège social d’une grande entreprise.  On imagine que le candidat y croise un dirigeant, qu’il doit appâter au plus vite pour se faire insérer professionnellement, d’où l’exigence de faire bref, sexy, et simple. x factor 001Organiser un concours d’ « elevator pitch » pour laboratoires de recherche serait à la fois pratique, peu coûteux, et distrayant. On pourrait même envisager d’en faire un programme de télé-réalité diffusé sur Arte et France Culture, comme je le suggérais à propos de la future procédure de recrutement des titulaires, « A la recherche du nouveau maître de conf ». Evidemment, cela supposerait de prendre de front le conservatisme et le corporatisme des fonctionnaires toujours prêts à se mettre en grève… Mais l’asphyxie progressive des universités françaises viendra à bout, en quelques années, des principales résistances. Madame la ministre, tenez bon !

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6 Commentaires

Classé dans gouvernance, politique

6 réponses à “Financement de la recherche : la méthode « elevator pitch »

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  2. Citizen Kohn.

    Ah, il semblerait donc que le principe de réalité s’impose aux frileux qui remettaient en question la belle idée d’autonomie des universités ! Ainsi les navires aux coques fragiles prennent l’eau ? Qu’ils coulent ! « Vae victis » ! Qu’il soit néanmoins permis entre-temps à qui le voudrait d’y investir ses bénéfices sur la spéculation boursière mondialisée : que le capital des facultés soit ouvert à l’actionnariat privé ! Les « self made » dirigeants « successful » trouveront de la sorte le moyen honorable de s’offrir l’écrin des diplômes qu’il n’auront pas jugé utile de gagner « normalement » à leur début de carrière. Le mérite entrepreneurial vaut bien cette reconnaissance, à défaut des retraites-assurances – un brin élevées, il est vrai – que leur disputent des chevaliers de la morale économique dont les résultats en terme de balance commerciale du pays sont scandaleux d’inexistence ! Mais l’Avent est-il le bon moment pour ranimer les vieilles et ennuyeuses questions de recherche, d’enseignement, y compris supérieur, et de pseudo classement d’une très hypothétique richesse intellectuelle, garante d’un avenir croissant et compétitif ? La saison est aux catalogues merveilleux de cadeaux éblouissants sur papier glacé ou aux réclames ciblées sur vos sites Internet préférés ! Vivons et consommons sans modération nos dividendes en objets toujours plus luxueux et sophistiqués !
    Demain pourrait bien être différent, plus concurrencé…

    • Un passant

      A propos de frileux, il conviendra pour assurer l’excellence de la recherche de supprimer tous les appareils de chauffage à l’intérieur de ces nouveaux centres. On éliminera ainsi les parasites qui ne publient jamais – en tout cas pas en anglais, la langue des sciences par excellence – et qui ne viennent dans les laboratoires que parce que c’est chauffé.

  3. Pingback: Une mesure de bon sens pour l’université : le non-remplacement d’un étudiant sur deux | L'actualité selon Bloch-Ladurie : Réflexions collectistes

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