Devoir de transparence : voici le scanner de ma prostate

PROSTATE14

On apprend aujourd’hui que François Hollande a été opéré, en février 2011, d’une « hypertrophie bénigne de la prostate ». Il s’agit là, bien sûr, d’une information de la plus haute importance : on a menti sans vergogne, pendant plus de deux ans, au peuple français, en prétendant que le chef de l’Etat était exempt de toute affection. Demain, sans doute, le voile sera levé sur la gastro-entérite dont a souffert le premier ministre à l’automne 2012 (qui ne faisait alors aucun doute pour ceux qui fréquentaient les toilettes de Matignon). On en apprendra plus sur l’orgelet de Valérie Trierweiler, en mars dernier, ou sur la mycose chronique de tel secrétaire d’Etat, que la pudeur et le respect de la vie privée m’interdisent (pour l’instant) de nommer.

Pour un familier des premiers cercles du pouvoir comme moi, il n’y a là rien de très neuf. Mais cacher au grand public de tels secrets d’Etat, c’est s’exposer à voir croître le ressentiment et la défiance à l’égard d’une classe politique déjà amplement discréditée. Pourquoi ne pas révéler au grand jour l’alcoolisme de tel ancien ministre centriste, les hémorroïdes du président du conseil régional de ***, la blennorragie de cet adjoint au maire de Montceau-les-Mines ?

Un tel « voyeurisme citoyen », comme l’appelle un collègue politologue dont je tairais les récents problèmes de couple1, doit être non seulement compris, mais devancé par les élites politiques. Tout comme j’avais montré la voie, il y a quelques mois, en publiant le montant de mon patrimoine, je prends de nouveau les devants, et vous annonce que ma prostate va très bien, ainsi qu’en atteste le scanner ci-dessus, réalisé en novembre. Par ailleurs, mon état général de santé est plutôt bon, pour un homme dans la force de l’âge. Je déplore simplement une grosseur au foie, bénigne d’après mon médecin, mais qui ne m’empêche nullement de remplir mes obligations professionnelles (pots de thèse, dîners de colloque, déjeuners mondains). Je vous tiendrai bien sûr au courant en cas de complications. A vous, chers élus !

 

1 Elle ne reviendra pas, Pascal. C’est fini, il faut l’accepter.

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4 Commentaires

Classé dans gouvernance, politique

4 réponses à “Devoir de transparence : voici le scanner de ma prostate

  1. Citizen Kohn.

    Où mène l’étalage de nos résultats d’analyses médicales ? Par un mouvement curieux et irrépressible de yo-yo boomerang, nous allons d’abord exiger de notre élite politique qu’elle soit exempte d’on ne sait quelle affection (honteuse ?) puis qu’elle arbore le « check-up » intégral parfait et, enfin, que son patrimoine génétique détaillé, divulgué, soit d’une pureté virginale par rapport à un type « normal », idéalisé par rapport à l’idéologie arbitraire du moment, et alors, que se passera-t-il quand nos chefs seront des modèles irréprochables ? Ils imposeront les mêmes critères à l’ensemble de leur cheptel, à chacun(e) de nous… Il y aura du déchet. Que deviennent les déchets ? Non, il vaut bien mieux avoir des dirigeants rhumatismaux et cachectiques, voire légèrement ralentis du système nerveux supérieur et donc plus normalement humains et indulgents. « Coryza influenza et cetera ! ».

  2. Anne de Bretagne

    Ah, M. Fernand, quelle finesse, quelle élégance dans le port de la prostate…
    Décidément, un rien vous habille.

    Collectistement vôtre,
    Anne de B.

  3. Anne de Bretagne

    Un délicieux instant, je me suis imaginée devant le scanner de votre majestueux cerveau…
    Et la vie me fut plus grave et plus douce à la fois.

    A. de B.

  4. Citizen Kohn.

    Haut et bas : approchant récemment d’un groupe spontanément constitué sur la voie publique, le genre de manifestation que la vidéosurprotection devrait aider à disperser précocement, la bonne surprise vint de ce que l’objet du rassemblement était la contemplation collective – et collectiste ! – du magnifique document généreusement mis à la disposition populaire par la plus haute instance actuelle de la pensée politique et sociale qu’il n’est pas besoin de nommer ici mais qu’il va toujours mieux en le disant : vous-même, c’est-à-dire Vous-Même ; hélas ! – trois fois et plus ! – un quidam aussi voyeur que tout un chacun(e), le nez à peine décollé du cliché auguste de l’organe majestueux offert à notre admiration s’est permis outrageusement une diversion malvenue sur un obscur ex-dirigeant d’un pays lointain qui aurait eu l’idée saugrenue de passer l’arme à gauche en un moment plutôt inopportun de fascination universelle et, plus grave, le même malotru ne se mit-il pas à évoquer quelle vulgaire opération militaire sur le théâtre extérieur qu’on voudra présenter comme à but humanitaire dans une région minéralement intéressante alors qu’il s’agit presque techniquement d’une entrée en guerre de plus de la part d’un pays de (très) moyenne envergure qui s’autorise à gendarmer par-delà les continents ! Autant de distractions insupportables devant le spectacle glandulaire immortalisé de votre personne ! « Quo usque Mandelam aboutere ? ».

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