Il faut interdire les suicides au travail

article_suicidestelecomLes entreprises n’ont vraiment pas de chance : elles paient des salaires, des impots, et des cotisations sociales, et ne sont jamais remerciées en retour. Jamais, depuis 1983, notre pays n’a fait preuve d’autant d’hostilité à l’égard des entrepreneurs, et de l’entreprise en général. Dernier témoignage de cette ingratitude chronique : on se suicide au moindre désaccord avec son employeur. Je veux bien sûr parler d’Orange, ex-France Télécom, qui fait de nouveau l’objet d’une vague de suicides, après qu’une première « épidémie » ait frappé le groupe en 2008-2009.

On ne dira jamais combien le manque de confiance entre salariés et patrons est préjudiciable à la bonne santé des uns, et aux profits des autres. Les suicides au travail qui se sont multipliés ces dernières années chez Orange, Renault, dans le secteur bancaire, et ailleurs, achèvent de manière spectaculaire cette démonstration : plutôt que de parler calmement avec leur manager de leurs problèmes face à un travail vide de sens, ingrat et toujours plus surveillé, certains salariés préfèrent se donner la mort, en laissant parfois une lettre qui accuse M. Tartempion, chef de service, voire l’organisation de tout le service en question. Il est scandaleux de salir ainsi son entreprise, en risquant de l’envoyer au tribunal, d’une manière aussi lâche.

Il faut donc agir au plus vite. Pour enrayer la spirale de la violence, et remédier définitivement aux problèmes de santé publique qui se développent à Orange et ailleurs, interdisons une fois pour toutes les suicides liés au travail. On pourra, pour stress-au-travail1mieux dissuader ceux qui envisagent de se jeter du haut de la passerelle du technocentre de Guyancourt, ou de s’immoler par le feu dans leur agence Orange, condamner à de lourdes amendes, et à des peines de prison ferme, les membres de leur famille. D’ailleurs, ces derniers doivent être tenus pour responsables, sinon coupables : si le suicidé a fini par passer à l’acte, c’est bien que son entourage familial n’a pas su compenser, par son affection, les affronts et les attaques qu’il a subis sur son lieu de travail.

La diabolisation de l’entreprise doit cesser. Attaquons-nous à la racine du problème : les salariés ingrats doivent être châtiés, et retourner bien vite au turbin.

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10 Commentaires

Classé dans Divers

10 réponses à “Il faut interdire les suicides au travail

  1. vorotynsky

    c’est bien vrai, je pense même qu’il faut éliminer les plus faibles. Je propose donc que lors de l’entretien d’embauche: une prise de sang, un relevé adn. Car comme le dit un grand homme politique en 2007 (élu) lors d’un entretien dans le magasine philosophie, il paraitrait que nous naissions avec le gène du suicide. Donc facile à repérer les suicidaires. Ils ne cherchent qu’à nous faire culpabiliser. Amis patrons unissons nous, contre ces lâches.

  2. Ivan

    Rencontre des grands esprits, influence durable de votre pensée sur les courants politiques de ce siècle : toujours est-il que votre analyse rejoint celle que développe ailleurs Mme Iacub (http://www.liberation.fr/economie/2013/05/17/le-suicide-quel-travail_903770). Jugez par vous-même de la ressemblance plus que frappante:
    « On devrait donc déconsidérer le suicide comme moyen d’expression politique démocratique de la même manière que l’on traite les actes de terrorisme. Quand une bombe explose et fait des victimes, on ne dit pas que les terroristes ont voulu s’exprimer, même si tel est leur but. On les traite d’assassins. On pourrait dire la même chose des suicidés au travail. Ils sont des manières de terroristes du point de vue politique, car ils se servent du meurtre d’eux-mêmes comme arme au lieu de faire appel à la parole. Quant aux journalistes qui valident ces procédés, on pourrait les considérer comme des complices, voire des commanditaires. Un journalisme responsable devrait en effet affirmer : «Nous, on refuse de discuter avec des terroristes.» […] »
    Par quoi l’on voit que le strauss-kahnisme (tendance iacubienne) est un collectisme.

  3. Cher Maître,

    D’habitude, je bois vos paroles comme si le bon dieu du sens commun me les avait dictées depuis son mont Fuji de sagesse. Sauf aujourd’hui, je ne peux que contester votre proposition.

    En effet, il faudrait au contraire encourager les suicides au travail, et ce pour plusieurs raisons :
    1/ Le marché de l’emploi, très tendu, accueillera avec satisfaction ces libérations de postes inespérées.
    2/ Le salarié suicidé ayant cotisé pour une retraite qui n’aura pas lieu à être versée, c’est autant d’économies pour la France.
    3/ Les moyens en vue de se suicider relanceraient des pans entiers de l’économie : laboratoires pharmaceutiques (pour les dames), compagnie pétrolières (pour les plus courageux) ou fabricants bretons de cordages (pour les tradi) seraient bien inspirés de proposer des kits dévoués à cette pratique.
    4/ Le suicide étant par définition presque inattendu, le décès de personnes (souvent dans la force de l’âge) n’ayant pas eu le temps de prendre leurs dispositions patrimoniales va rapporter, à l’État, de conséquents droits de successions.
    5/ Mieux encore, la famille éplorée devra sûrement changer de logement (à plus forte raison si l’acte altruiste y a été commis), vivifiant de facto un marché immobilier qui en a bien besoin.

    Je sais que vous saurez retrouver le chemin de la raison et vous ranger à mes arguments. J’attends un nouveau billet correctif en ce sens.

    Amitiés félines

  4. Citizen Kohn.

    Le grave sujet abordé relève de toute évidence de la rupture abusive et unilatérale du contrat de travail. Fâcheuse perturbation d’une collectivité des plus artificielles. S’il était avéré que la cause de ce drame – malgré tout – humain résidait bel et bien dans le travail, n’est-ce pas celui-ci qu’il conviendrait, sinon d’éradiquer, de réformer profondément ? Meilleure distribution, allègement horaire, considération obligatoire : trois pistes de réflexion. Le ministère du Travail, puisqu’il semble exister et persister d’un gouvernement à l’autre, ne devrait-il pas régir l’emploi strictement et jusqu’au plus près du moindre contrat d’embauche d’un temps partiel dans la plus modeste commune de montagne ou autre province défavorisée ?
    Centralisation et pouvoir ultra régulateur, voilà le début d’un renouveau collectiste et prometteur !

  5. Anne de Bretagne

    Moi, de toutes façons, la mort, je suis contre. Alors tout le reste…

  6. Boris Zaroff

    Cher Maître, cher Tigre.

    J’ai une proposition de synthèse entre vos deux propositions apparemment incompatibles. Oui : il faut encourager le suicide, pour tous les arguments imparables énumérés par le Tigre. Mais que les travailleurs dépressifs aient la décence de se tuer dans la discrétion, afin de ne pas salir l’image de leur entreprise. Pourquoi ne maquilleraient-ils pas leur suicide en accident domestique (car il est hors de question qu’ils se livrent à leurs penchants abjects dans les locaux de leur entreprise) ? Il n’est pas si difficile, par exemple, de passer par-dessus son balcon en arrosant ses plantes, de se pendre en prétendant réparer la balançoire de ses enfants, ou encore de s’asperger « par erreur » d’alcool à brûler au démarrage d’un barbecue avant d’y mettre le feu… Il est vrai que tout cela demande un minimum de technique. On pourrait donc envisager d’inciter les entreprises – moyennant une nouvelle diminution de leurs charges sociales – à offrir des formations au suicide à leurs employés dépressifs.

    • Votre proposition est une bonne synthèse. Cela permettrait de rafraîchir un peu le modèle managérial de ces entreprises où les salariés boudent et font des caprices. Afficher dans le catalogue des formations un item « suicide assisté pour les dépressifs et les sous-performants » favoriserait la motivation de tous.

      • un passant

        Merci maître, merci Tigre, merci Comte.
        Balayé, Platon. Oublié, Socrate. Jamais le processus d’échange intellectuel qui permet au diamant de la vérité de s’extraire progressivement de la gangue de l’imperfection n’avait été exposé avec une telle clarté.
        Votre première analyse, maître, était stimulante mais brouillonne. Le rappel aux faits du Tigre en montrait les limites sans apporter les réponses. La proposition du Comte est si juste, si évidemment vraie, que mon cœur a bondi dans ma poitrine en la lisant.
        J’ajouterai simplement que de telles formations existent déjà, j’ai d’ailleurs eu la chance d’y participer. Bien sûr, l’époque ne permettant pas d’appeler un chat un chat, il s’agissait d’un « workshop d’amélioration de la collaboration ». Le formateur rappelait étrangement le sergent-chef de Full Metal Jacket et imposait les mêmes règles absurdes et indiscutables, les ateliers permettaient de « briser la coquille qui masque votre vraie personnalité » ou vous invitaient à contempler les échecs de votre vie. L’objectif avoué était de remodeler votre personnalité au travail, cela passait ou cela cassait.

  7. Anne de Bretagne

    Des salles de suicide à l’instar des salles de shoot ?

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