Pourquoi j’ai refusé d’être ministre

Comme chaque été, délaissant l’agitation médiatico-politique du petit monde germanopratin, je prenais soin de mon bronzage, lorsque qu’un coup de tonnerre résonna dans le ciel serein de mes vacances : trois ministres démissionnés, une crise politique majeure ouverte en plein mois d’août. Bien sûr, j’avais fait partie des seuls esprits clairvoyants, qui avaient prédit dès l’origine l’échec de ce gouvernement. Rien d’étonnant à tout cela. Evidemment, on allait avoir besoin très vite de personnalités compétentes, loyales et disponibles, pour combler le vide laissé par ce remaniement. Je ne m’étonnai donc pas de voir mon portable sonner, dès le 24 août à 13h52 : un conseiller de l’assistant du suppléant d’un sénateur socialiste (dont je tairai le nom par égard pour feu son père, que j’ai bien connu et qui n’a pas toujours été « l’atroce ordure » décrite par Michel Rocard dans Éthique et démocratie, p.124), m’affirma que mon nom était évoqué comme possible successeur d’Harlem Désir (secrétariat d’État aux affaires européennes).

J’appelai donc une bonne quarantaine de personnes proches des premiers cercles du pouvoir, afin de m’assurer que l’on connaissait ma disponibilité. Je pris sur moi d’imprimer 250 CV et de les envoyer par coursier à des amis, des connaissances, de simples noms croisés dans un cocktail à Sciences-Po. Power Bloch LadurieBien sûr, mon offre désintéressée fit du bruit : plusieurs anciens élèves m’assurèrent que mon nom revenait dans toutes les discussions, parfois même comme sujet de plaisanterie : Arnaud Montebourg fit rire tout le monde en faisant mine de découvrir mon existence (« Qui c’est ce gus ? »), et Jean-Pierre Jouyet me téléphona à deux reprises, hilare, pour me demander de « ne pas trop m’exposer » afin de ne pas faire d’ombre aux prétendants moins brillants.

C’est mercredi matin que je reçus des nouvelles encourageantes – à première vue, du moins. Harlem Désir m’appela directement en me précisant d’emblée qu’il avait « peu de temps ». Je l’assurai de la simplicité de mes exigences : un ministère d’État des Affaires étrangères, de l’Économie internationale, des Droits de l’homme et du Redressement collectiste me suffirait parfaitement, ainsi que je l’avais expliqué dans la lettre de candidature envoyée, la veille au soir, à 658 de mes contacts. Quelle ne fut pas ma surprise lorsqu’il me répondit (en se permettant de m’interrompre) qu’il n’était pas démissionnaire ! Je lui demandai pourquoi donc il s’accrochait bêtement à son poste alors que je pouvais le remplacer dès maintenant, et il eut l’outrecuidance de me raccrocher au nez.

Je décidai de m’épargner ces menues contrariétés et appelai sans relâche l’Élysée, au standard (François Hollande n’étant plus joignable sur son ancien n° de portable que j’avais noté lors du congrès de Rennes). Au bout de 4h de musique d’attente, on me signifia que le président de la République allait « bien sûr » me répondre « très vite » et qu’il fallait que je reste « gentiment assis à côté du téléphone ». Je raccrochai confiant, mais 30 minutes plus tard, François Hollande ne m’avait pas rappelé. On ne traite pas ainsi Fernand Bloch-Ladurie. Contrit, mais sûr de mon bon droit, je rédigeai une lettre bien sentie, aux termes de laquelle je refusai catégoriquement les offres qui ne manqueraient pas de m’être faites dans les jours à venir, mais qui ne correspondraient pas aux services insignes que je pourrais rendre à la France.

Najat sois ma collaboratriceJe souhaite donc bonne chance à ce nouveau gouvernement, et en particulier à Najat Vallaud-Belkacem, dont j’ai toujours admiré le sens politique, l’honnêteté, et la silhouette si féminine. Le chemin sera semé d’embûches, et je ne serai pas là pour aider à les surmonter. Soit. Tant pis. Je retourne à mes humbles travaux d’écritures, comme d’autres à leur charrue. La prochaine fois, peut-être ? Au cas où : je suis joignable à l’adresse blochladurie@gmail.com. Et je consulte mon profil facebook régulièrement. N’hésitez pas à me faire signe. À bientôt.

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1 commentaire

Classé dans Collectisme, gouvernance, politique

Une réponse à “Pourquoi j’ai refusé d’être ministre

  1. Le rejet de la CED en aout 1954.
    Votre non nomination à un Ministère en aout 2014.

    J’arrête là les exemples, mon clavier risque le court-circuit à force de pleurer dessus.

    Tous les 60 ans, la France d’après-guerre commet les erreurs qui la perdront.

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