Archives de Catégorie: tour de France

Le tour de France de FBL, étape 1 : Marseille

Appelé à visiter plusieurs villes de province dans les semaines à venir, j’en profite pour faire, au passage, mon devoir d’intellectuel : analyser les enjeux des municipales à venir, au plus près du terrain, et sans parti pris. Ce post est le premier d’une série de contributions qui renouvelleront sans doute le journalisme et les sciences politiques à la fois.

C’est avec une certaine inquiétude que je me suis rendu, en fin de semaine dernière, à la journée d’étude « Le collectisme à l’épreuve du localisme : épreuve(s) de la frontière, frontière(s) de l’épreuve », organisée à Marseille. Je compte quelques amis dans la cité phocéenne, dont j’ai déjà retracé, sur ce blogue, la contribution décisive à l’histoire politique française. Néanmoins, dans les criminalité_marseilleannées récentes, la tradition mafieuse de ce territoire, solidement établie depuis le XIXe siècle au moins, et renforcée par la pauvreté endémique d’une population à peine intégrée, s’est tragiquement développée. Pas une semaine sans qu’un enfant meure par balles, sans qu’un règlement de comptes fasse des dizaines de morts dans un bar, et sans qu’un journaliste ou un élu soit kidnappé, parfois assassiné sauvagement devant ses propres enfants. La criminalité gangrène tout, jusqu’aux bibliothèques universitaires d’Aix-Marseille où les trafics d’agrafeuses ont donné lieu à plusieurs avertissements et mutations, en 2013.

Fraîchement débarqué sur le quai de la gare Saint-Charles, je pris donc soin de protéger mon visage derrière mon col d’imperméable et d’épaisses lunettes de soleil, avant de téléphoner, d’une cabine, à mon contact local pour qu’il vienne me chercher en voiture banalisée, à trois rues de là. À peine monté dans la Renault Fuego, je fus projeté en arrière par le démarrage en trombe du chauffeur, qui prétexta un « différend » avec la police à propos d’une affaire de « pschitt », pour me faire subir une demi-heure de conduite sportive à travers les ruelles du centre ville. Tremblant et effondré sur le siège arrière, j’eus à peine le temps de voir la portière s’ouvrir, et deux solides gaillards me soulever par les aisselles en plaisantant sur « la grande badasse de Scienceupo », et me retrouvai plongé dans une arrière-salle crasseuse, faiblement éclairée par deux néons, où quelques quidamcolloque_Marseilles patibulaires jouaient aux cartes en buvant des mauresques. J’esquissai un mouvement de recul lorsque le plus imposant d’entre eux vint à ma rencontre, mais il me tendit simplement la main et se dit « ravi » que j’aie fait le voyage pour me joindre à leur colloque. Après avoir tenté d’expliquer que je ne jouais jamais à la belote, je compris, un peu tard, que mon interlocuteur n’était autre que Sauveur Patulacci, l’organisateur de la journée d’étude dont je devais être le « quinotte spikeur« .

Mon escapade marseillaise s’est donc réduite à des discussions universitaires, passionnantes certes, mais assez peu liées à l’actualité immédiate. En-dehors des communications, je pris néanmoins le risque de me hasarder dans un bar du quartier, en compagnie d’Ange et Toussaint, les deux doctorants en « infocomeu » qui m’avaient accueilli si chaleureusement, pour tailler le bout de gras avec quelques indigènes et en savoir plus sur les élections municipales. Sur un échantillon de 7 personnes, plus de la moitié (4, pour être précis) des votants exprimèrent l’intention de voter pour Jean-Noël Guérini. Lorsque je fis remarquer que celui-ci n’était pas candidat, un grand silence se fit, enfin rompu par César, le tenancier du café, qui murmura : « Té, on votera bien pour n’importe qui, peut-être même un [immigré] ». Pour relancer le débat, je fis alors quelques plaisanteries sur la corruption endémique des élus mais, devant le manque de répartie de mes interlocuteurs, je finis par renoncer, payai ma tournée, et allai écouter la table ronde suivante, « du collectisme au grand banditisme : trajectoire(s) sociale(s) plurielle(s) du réseau Tapie ».

Rentré à la gare le soir même, en avance de deux heures sur mon TGV grâce à la diligence de Toussaint (ou plutôt sa Fuego), je consultai la presse locale et rédigeai cette rapide synthèse. Les indices glanés sur le terrain sont clairs, à mes yeux : le prochain Zeribimaire de Marseille sera Karim Zeribi. Critiqué pour ses méthodes brutales et clientélistes, l’ancien footballeur professionnel et porte-parole de Jean-Noël Guérini en 2008, se présente sous les couleurs d’EELV et vient de s’allier avec le PS. Il suffit que la liste de gauche arrive en tête (ce qui nécessite tout au plus quelques milliers d’achats de voix) pour que M. Zeribi, homme de terrain et d’intrigues, prenne la tête de la municipalité en poignardant dans le dos Patrick Mennucci (au sens figuré, vraisemblablement). De toute évidence, on doit l’admettre : Marseille n’en a pas fini avec la corruption et la violence. Autant donner les clés de l’hôtel de ville à celui qui s’y connaît le mieux.

Rompu par cette journée d’enquête de terrain, et affaibli par la nourriture locale (le pastis, notamment), je dus prendre quelques jours de repos avant de mettre en ligne cet article. Rassurez-vous, chers lecteurs : les prochains arrivent très bientôt.

Publicités

3 Commentaires

Classé dans tour de France