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Comment réussir sa démission d’EELV, en 7 étapes

EELVIl faut reconnaître à l’actuelle direction d’EELV une certaine compétence : tous les militants n’ont pas encore démissionné, malgré un niveau peu commun de détestation réciproque dans leurs rangs. Mais il y a, derrière ce constat en demi-teinte, une raison plus profonde : pour quitter EELV avec succès, il faut un certain talent. François de Rugy, aujourd’hui, l’a fait de belle manière, en préparant avec grâce et subtilité sa candidature à d’hypothétiques primaires de la gauche. Comment le simple adhérent, ou l’obscur élu local, peuvent-ils espérer tirer un vrai profit de leur démission d’Europe – Ecologie ? Mode d’emploi.

  1. Inscrivez-vous en faux avec la ligne politique défendue par le parti / le gouvernement / le conseil régional / etc. Ces idées qui vous ont fait élire, ou qui ont simplement emporté votre adhésion il y a quelques années, sont maintenant périmées. Il est temps de faire son aggiornamento dans le sens d’un plus grand pragmatisme, guidé par une vision raisonnable et tactique de la pratique du pouvoir, et par le chantage du PS à l’inscription sur les listes.
  2. Ecrivez un livre pour tout expliquer à vos camarades et/ou à vos électeurs. Décrivez ce moment tragique où vous avez compris qu’en négligeant votre personne, le parti faisait l’impasse sur son propre avenir. Quelques idées de titres : Et pourtant j’y croyais ; En vert et contre tous ; Dany, c’est fini ; Mes vérités sont plus vraies que les vôtres. N’oubliez pas d’y insérer quelques anecdotes croustillantes sur votre histoire d’amour avortée avec la secrétaire nationale / déléguée thématique / etc.: quelques journalistes relaieront sur Twitter.
  3. Attendez que l’occasion se présente : remaniement ministériel, élection locale, fin des vacances d’été, ou remise du prix de l’humour politique. De_Rugy
  4. Accordez un entretien fracassant et vengeur à l’organe de presse de votre choix, où vous exposerez vos divergences avec vos anciens camarades, et rappellerez que vous avez toujours été attaché à l’union de la gauche, des républicains, de tous les hommes de bonne volonté, de la droite et du centre à l’exclusion du FN, bref, de tous vos électeurs potentiels, en visant large.
  5. Essuyez l’opprobre de vos anciens camarades, qui parleront inévitablement de « trahison » et de votre « ego surdimensionné », sans oublier des anecdotes mensongères sur votre infidélité conjugale ou vos contredanses en retard (quelle bassesse).
  6. Profitez d’un regain de popularité soudain chez les plus proches concurrents d’EELV, qui souligeront alors « la décision mûrement réfléchie d’un homme qui a toujours partagé nos valeurs », « l’aboutissement d’un parcours cohérent » et « la clarification nécessaire » de la part de celui (vous) qui a finalement toujours été socialiste / centriste / maoïste / républicain modéré / dionysiaque et solaire (rayez les mentions inutiles).
  7. Faites monter les enchères. Il ne sera pas inutile d’entamer un tour de France au contact des forces vives du pays (faites quelques photos en compagnie d’agriculteurs, de syndicalistes ou de punks à chiens, selon vos inclinations), ou bien de vous retirer sur votre circonscription pour prendre le pouls du vrai peuple, celui que l’appareil des partis a trop longtemps négligé.

Vous êtes maintenant mûr pour rejoindre avec armes et bagages la formation politique qui vous correspond le mieux, c’est-à-dire celle qui vous fera une place en position éligible au prochain scrutin, ou vous offrira un poste exécutif.

Des lecteurs taquins feront remarquer qu’à peu de choses près, ce parcours d’obstacles peut être reproduit pour les dissidents du PC, des Radicaux de gauche, du Modem ou même de petites formations de droite. Ils auront raison. Il me reste donc à souhaiter bonne chance à tous ceux que leurs convictions maintiennent dans un injuste anonymat, alors qu’ils pourraient, en quelques étapes, se faire à leur tour une place au soleil.

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Proposition n°12 (institutions) Eliminer les petits partis pour renforcer la démocratie

Cette année encore, l’élection présidentielle est l’occasion d’une débauche de candidats et d’argumentaires qui ont pour effet principal de reléguer au deuxième plan les vrais problèmes au profit des traditionnelles annonces à haute valeur électorale ajoutée.

En effet, pour ne pas froisser de possibles soutiens au deuxième tour, les deux favoris sont contraints d’accorder aux uns et aux autres une partie de ce qu’ils demandent, et à faire le jeu de la démagogie et de la surenchère, thèmes que les petits partis, dans leur stratégie d’outsiders, chérissent nécessairement.

Ainsi, le chômage, la dette publique (deux phénomènes dont les causes sont bien plus profondes qu’on ne le pense couramment) ou encore l’éducation ou les retraites se sont vus indûment projetés au-devant de la scène, alors qu’on attend du prochain président qu’il règle avant tout ce qui apparait aux yeux de n’importe quel analyste comme la seule vraie difficulté des années à venir : la recherche (et en particulier, le statut de l’enseignant-chercheur).

Par ailleurs, cette multiplicité des candidats brouille les cartes et empêche nombre d’électeurs de faire leur choix dans les conditions exigées par une vraie démocratie. On oublie en effet que la majorité des Français ne sont pas des Intellectuels rompus au monde médiatique et politique. Ainsi, en Corrèze, je ne suis pas persuadé que les électeurs soient tout à fait au courant que François Hollande est le candidat aux élections présidentielles, et que, lors des meetings qu’il tient là-bas, ils acclament autre chose que le maire de Thulles, le « gars du coin », le type « à la bonne bouille ». De toute façon, je ne pense pas qu’ils saisissent réellement l’enjeu d’une échéance qui dépasse leurs préoccupations quotidiennes : traire les vaches, nourrir les poules, etc.

Qu’en est-il alors de leurs repères politiques, quand tant de candidats agitent des thèmes et des programmes  parfois si proches ? Certains mêmes jouent sur une ressemblance physique pour voler des voix à d’autres (qu’on songe à JL Mélenchon et à François Hollande). Le jour des élections, gageons que nombre de Français, égarés et peu soucieux du détail, confondront les bulletins et accorderont leur suffrage au hasard.

Je demande qu’à l’avenir soient inscrits dans la constitution le nom des 4 partis qui auront le droit de concourir à toutes les élections. PS, UMP, bien sûr, mais aussi Europe Ecologie et un parti du nom de Parti Indépendant, qui regroupera tous les petits partis, à condition qu’ils soient susceptibles de recueillir, pour les élections concernées, un score supérieur à 4,7 %. Un collège de spécialistes en sciences politiques et en histoire contemporaine pourrait établir la liste des formations politiques en mesure de présenter un candidat aux primaires du Parti Indépendant.

Une telle disposition, inspirée par une exigence de clarté démocratique, se situerait par conséquent dans la droite ligne de la philosophie des Lumières. Cette flamme, il appartiendra au prochain président de la République de la raviver.

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Les oubliés de la présidentielle, II : Antoine Waechter

Ma note sur Marcel Barbu a inauguré une série de billets que je crois utile aux apprentis historiens (et même à quelques collègues qui seraient bien inspirés de remettre le nez dans leurs manuels) : l’histoire des candidats oubliés à la présidentielle sous la Vème République reste, à ma connaissance, à faire. En voici donc un nouvel épisode.

Antoine Waechter, fils de boucher alsacien, manifeste très tôt des dispositions pour la défense des animaux. Il en tire une thèse sur la fouine, et commence une brillante carrière de militant écologiste. Guidé par la conviction inébranlable que la Nature doit être préservée des attaques de l’Homme, et vice-versa, il milite dans plusieurs associations (Ecologie et Survie, Castors Alsace, Brûlons Fessenheim) et participe à la naissance des Verts, en 1984.

Il est désormais, au sein de ce parti, le représentant de la ligne dure qui s’oppose à la confiscation de l’écologie politique par la gauche. Cette orientation réussit à convaincre 3,8% d’électeurs à la présidentielle de 1988. Toutefois, elle est de plus en plus contestée en interne, au point que quelques apparatchiks guidés avant tout par le goût du pouvoir l’évincent à l’AG de Lille (1993). Il fonde alors le Mouvement Ecologiste Indépendant, qui se singularise par une communication inédite : en 1997, le clip de campagne d’Antoine Waechter le montre répondant aux questions d’un castor.

Son électorat peine à comprendre ces innovations radicales, les militants doutent et une fronde s’organise contre lui : en 2005, alors qu’il soutient le « Oui » au référendum sur le TCE, la base du MEI – sans doute par pure volonté de lui nuire – soutient le « Non ». Antoine Waechter décide courageusement d’une purge.

Fidèle à ses convictions, il soutient François Bayrou en 2007. Aux régionales de 2009, il est élu sur une liste Europe-Ecologie (avec laquelle il avait refusé toute compromission, au point de n’être que second de liste), avec le soutien du PS. En 2011, après avoir soutenu Nicolas Hulot aux primaires EELV, il hésite entre Eva Joly et François Bayrou.

Un homme indépendant, qui ne se laisse jamais enfermer dans un parti qui ne lui convient pas : tel est le fier castor d’Alsace, à qui les Verts, ces éternels ingrats, doivent tout.

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Mais où vont les Verts ?

Il est de bon ton, à gauche, et même parfois à droite, de moquer l’inconséquence des écologistes. On se souvient du mot de Georges Marchais : « Chauffer mon pavillon au poêle à bois ? Vous en faites pas, je trouverai bien autre chose à brûler le moment venu ! »

Pourtant, il faut le dire, et le dire avec toute l’amitié que j’ai pour Cécile Duflot et les siens : vous suivez une pente dangereuse, mes verts amis. Tantôt vous choisissez une candidate dont l’accent à couper au couteau et le physique ingrat donnent à la droite des bâtons pour la battre (et qu’on ne vienne pas me dire que Nadine Morano exagère, elle exprime à sa manière un bon sens qui fait souvent défaut aux élites politiques). Puis vous passez avec le Parti Socialiste un accord mi-figue mi-raisin, mi-chèvre mi-chou, qui laisse vos militants amers et vos électeurs pantois. Enfin vous vous écartez du porte-étendard de la cause verte, l’homme qui a mis toute une marque de shampooing au service de la protection de la nature, et a presque convaincu Jacques Chirac non seulement de partir au Nunavut, mais d’y rester.

Prenez garde, amis écologistes : il est possible que je ne vote pas pour vous. Il est probable que d’autres m’imitent.

 

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